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    8 mars, Journée de la femme: où en est-on?

    Mercredi 8 mars 2017 s’ouvre la Journée internationale consacrée à la femme. Tour d’horizon, à l’heure où le conservatisme chahute les acquis des dernières décennies.

    Publié le 
    5 Mars 2017
     par 
    Nicolas Poinsot

    Le monde ne suffit pas, clamait James Bond. Une journée, une seule journée ne suffit pas non plus pour évoquer, surligner et combattre les inégalités toujours actuelles entre hommes et femmes. Car si la tendance est à un post-féminisme porté par la croyance que tout, ou presque, a été réglé en matière de parité, de respect, de justice, dans la réalité on est encore assez loin de sortir le champagne. La preuve: 65% des femmes se sentent moins bien considérées que les hommes, selon un sondage Mingle Trend effectué en 2015. Et ce n’est pas juste subjectif. Nombreux sont les exemples, et les études autour du globe, prouvant que la balance entre les genres reste désaxée.

    Mais 2017 révèle un tournant: le féminisme ou, plus largement, l’aspiration à une équité dans le traitement des deux genres n’apparaît plus comme le combat de femmes contre des hommes. Cette vision appartient au passé. La montée en puissance d’un certain conservatisme dans les sociétés occidentales traverse désormais indifféremment les esprits, qu’ils soient masculins ou féminins. On l’a vu avec l’élection de Donald Trump: outre-Atlantique, des millions de femmes ont adoubé un candidat qui humiliait ses interlocutrices et promettait de partir en croisade contre l’avortement. Paradoxe? Plus maintenant.

    Pour cette imminente Journée de la lutte pour les droits des femmes, l’heure n’est donc plus à la désignation d’ennemis, mais plutôt à un rappel concret de ce que signifie désirer l’égalité entre les sexes: davantage qu’un acte militant, une certaine vision du vivre-ensemble et du respect d’autrui.

    Il reste des priorités à régler

    Les salaires de la honte C’est peut-être l’un des droits les plus enfantins à obtenir. En théorie. Dans la pratique, étrangement, et en dépit de tous les discours de bonne volonté, une femme reste souvent moins payée qu’un homme à compétences et taux d’occupation identiques. Certes, quelques professions sont épargnées grâce à des conventions collectives et autres barèmes de salaires calculés sur l’ancienneté. Mais, globalement, l’inégalité de revenus due au genre demeure criante: en termes de salaire horaire, une collaboratrice gagne ainsi (en moyenne européenne) 15% de moins qu’un collaborateur à la même fonction, selon Eurostat. Et l’écart grimpe à 19% en France, à 20% en Suisse (et 30% chez les cadres!)… Et ce, même si le principe de l’égalité salariale est souvent inscrit dans les lois.

    C’est dire s’il ne s’agit pas là d’une broutille, ni d’un truc à régler quand on aura le temps, en 2060, mais d’un fossé à combler d’urgence. Le pire, c’est que cette discrimination débute dès l’enfance, affirme une étude britannique. Les filles toucheraient en effet 25% d’argent de poche en moins que les garçons. Et ce n’est pas près de changer puisque si la réparation de l’injustice est souvent dans les bons mots des décideurs, elle est bien plus rarement inscrite dans leurs agendas. Ainsi, à en croire les dernières estimations du Forum économique mondial, la parité au travail sera enfin d’actualité dans… 170 ans. Et si on accélérait?

    Des sciences occultées La bosse des maths n’est pas sexiste, elle touche indifféremment filles et garçons. On le constate dans les classes du secondaire scientifique, comme le bac S en France, où près de la moitié des lycéens sont des lycéennes. Le problème, c’est la suite. Les filières de mathématiques et physique-chimie de l’enseignement supérieur sont soudain désertées par les jeunes femmes; la biologie un peu moins. Avec, à l’arrivée, une disparité taille XXL: dans le monde, seuls 28% des postes de chercheurs en sciences sont féminins, mentionne un récent rapport de l’Unesco. Et ce chiffre diminue encore au niveau des fonctions décisionnelles.

    Qu’y a-t-il derrière cette déroute? Des clichés, souvent, qui amènent les femmes à se convaincre de leur illégitimité dans le domaine. Et ce sentiment vient s’ancrer très jeune. Une étude de l’Université de Provence publiée en 2014 montre que, dès l’école, les filles sont persuadées d’être moins bonnes que les garçons dans les matières scientifiques. D’où la naissance, ces dernières années, de plusieurs initiatives visant à promouvoir les carrières féminines dans les labos, telles que «For Women in Science» de la fondation L’Oréal avec l’Unesco ou, en Suisse, l’«EPFL WISH Foundation-Women in Science and Humanities». L’énergie ne manque pas, donc.

    Femmes dans le viseur Les violences et le harcèlement envers la gent féminine sont devenus un élément banal du paysage. Effrayant, mais confirmé par les statistiques. En France, une femme sur sept a subi une agression sexuelle au cours de sa vie, révélait en 2016 une enquête de l’Institut national d’études démographiques. Et près de 100% des utilisatrices des transports en commun de Paris, du Caire et de Londres ont déjà été harcelées durant leur voyage. Pis: dans les métros britanniques, la hausse de ces comportements est telle que les autorités envisagent de créer des wagons exclusivement réservés aux femmes. Et cette joyeuse évolution semble difficile à combattre. En Turquie par exemple, les violences domestiques commises par des hommes augmentent et concernent aujourd’hui 40% des foyers. En Russie, c’est la récente rétrogradation des violences conjugales dites légères de crime à délit – pour désengorger les tribunaux, dixit les défenseurs du projet de loi – qui inquiète les associations locales.

    Pourquoi, dans la conscience collective mondiale de 2017, est-il si peu scandaleux de s’en prendre à des femmes?

    Certaines avancées sont menacées...

    Haro sur l’avortement A l’image du droit d’accès à internet ou de celui de n’être pas réduit en esclavage, on a la naïveté de croire que certains droits ne peuvent que progresser. Erreur. L’autorisation d’avorter, un acquis perçu comme une évidence dans bon nombre de pays, est en train de régresser, une première depuis les années 60. Sous l’influence d’une mouvance conservatrice qui regagne des points au sein de la société occidentale, plusieurs Etats européens sont tentés par une restriction, voire une suppression de ce droit. Cet automne, en Pologne, des manifestations massives ont permis de geler un projet visant à rendre l’avortement illégal. Si le danger est pour l’instant évité, de nouvelles propositions de loi pourraient tenter de changer la donne.


    Beyonce se produit lors d'un concert pour Hillary Clinton, 4 novembre 2016 à Cleveland. ©Brooks Kraft/Getty Images

    En Hongrie et en Roumanie, les partis au pouvoir souhaitent quant à eux modifier la constitution pour donner le droit de vie au fœtus, ce qui de facto compliquerait la pratique de l’IVG. Idem dans la Turquie d’Erdogan. Quant à l’Espagne, elle a réussi dès 2015 à restreindre concrètement le droit d’avorter en exigeant l’aval des parents pour les patientes mineures – et le pire fut évité, puisqu’elle envisageait d’aller bien plus loin. Plus récemment, c’est le chantre officiel de la liberté qui vient d’être touché: aux Etats-Unis, où l’ère Obama avait ouvert une voie progressiste dans le domaine des mœurs, l’administration Trump vient de priver de subventions publiques les ONG soutenant l’avortement. Mesdames, bienvenue dans «XIXe siècle le retour»!

    Un habit qui fait le moine Autre question que l’on pensait réglée une fois pour toutes: celle du sein libre d’aller nu sur la plage, bataille gagnée contre la censure dans les lointaines années 70. Le topless était donc devenu un élément du paysage balnéaire aussi banal que ses dunes, ses vagues ou ses parties de volley. On le croyait durable, donc. Mais la carte postale vintage de l’époque de grand-maman semble aujourd’hui étrangement transgressive. Certes, les campagnes de prévention contre le cancer sont passées par là. Mais c’est le regard, surtout, qui a changé. Or, en matière de nudité féminine, l’obscénité est avant tout dans l’œil de celui qui regarde et condamne. Et qu’observe-t-on, en 2017? Que le monokini a quasi disparu de la surface du sable. Il lui arrive même d’être pourchassé par les forces de l’ordre! En Argentine par exemple, le 28 janvier 2017, la police a expulsé des femmes qui bronzaient seins nus sur une plage, provoquant des remous dans tout le pays et des manifestations dans la capitale.

    OK, il y a peut-être plus grave que le droit au naturisme sur une plage publique. Reste que, dans cette histoire, le téton est un peu la partie émergée de l’iceberg. Car les femmes sont de plus en plus jugées sur le ratio peau dénudée/tissu. Oui oui, comme dans les années 50. Et en la matière, elles ne font jamais juste. Garde-robe couvrante? Nana coincée. Tenue légère? Expression des mœurs de celle qui la porte…

    Dans cette double contrainte du ni trop ni pas assez, la jupe est devenue malgré elle le cœur de la bataille. D’un côté, plusieurs écoles australiennes et américaines viennent de l’interdire, au motif qu’elle distrairait les garçons et les inciterait à des gestes et des propos inappropriés. D’un autre, en France cette fois, une jeune fille avait été exclue de son établissement parce que sa jupe, jugée trop longue, était assimilée à un signe religieux ostentatoire. Donald Trump, enfin, a récemment exigé que les membres féminins de son gouvernement s’habillent «comme des femmes» - autrement dit: sexy! A quel style se vouer pour ne pas subir les bûchers de l’Inquisition sociale? Plutôt que chercher réponse à cette équation insolvable du monde moderne, peut-être pourrait-on rendre sa liberté au dressing des femmes, simplement?

    ... Mais on compte aussi des acquis concrets

    M. Propre se décarcasse Les effets ne sont pas encore spectaculaires, mais certains: la plupart des hommes sont soucieux de mieux répartir les tâches ménagères. Un changement de mentalités opéré au cours de ces dernières décennies, qui se traduit dans les chiffres. Selon l’Office fédéral de la statistique, en 2013 la gent masculine consacrait une heure hebdomadaire de plus qu’en 2010 au nettoyage, à la cuisine ou aux soins des enfants. Une étude genevoise, publiée en 2016, montrait même que le partage de la poutze et autres activités domestiques était effectif chez 49% des couples travaillant à temps plein même si, chez 39% d’entre eux, c’est toujours madame qui gère seule les tâches quotidiennes. Mais parfois, l’homme en fait plus que sa partenaire: c’est le cas d’un quart des duos français, relevait une enquête parue en 2015. Ces progrès indéniables favorisent, du coup, un meilleur équilibre entre temps consacré au travail et temps voué à la sphère privée, pour elle comme pour lui. Mais il serait dommage de se reposer sur ses lauriers. En Suisse, les femmes consacrent encore globalement deux fois plus de temps aux tâches ménagères que leurs compagnons. Pourtant, les effets positifs d’une répartition plus égalitaire sur la relation ne sont pas négligeables. Selon plusieurs études, les couples qui partagent la panosse font davantage l’amour et présentent moins de risques de rupture.

    La politique se féminise Il fut un temps où diriger un pays rimait surtout avec chromosomes XY. Une époque révolue. Aujourd’hui, des leaders respectés tels qu’Angela Merkel, Theresa May ou Beata Szydlo (Pologne) mènent le bal en Europe. La Suisse n’est pas en reste avec Doris Leuthard et Simonetta Sommaruga, membres d’un Conseil fédéral à 27% féminin. Des grandes villes suivent le mouvement, avec Anne Hidalgo maire à Paris, Virginia Raggi à Rome, Manuela Carmena à Madrid, Ada Colau à Barcelone… Pourtant, le Vieux-Continent n’est pas le champion mondial dans ce domaine. Un pays d’Afrique fait bien mieux: le parlement du Rwanda compte en effet près de 65% de députées, et son gouvernement accueille nombre de femmes ministres.

    Quid de l’avenir? Les lois en vigueur devraient permettre de continuer à faire avancer les choses dans le bon sens. En France, par exemple, un texte datant de 2000 oblige les partis politiques à présenter des listes de candidats pour les élections législatives affichant une parité parfaite. Un bémol, cependant: en cas de non-respect, seules des pénalités financières sont prévues. Et cela n’a pas manqué. Jusqu’ici, peu de listes ont été réellement équilibrées.

    Discriminations positives Dans les entreprises, ce sont les conseils d’administration (CA) que certains aimeraient voir se féminiser. Contre une certaine logique, des disparités anachroniques se perpétuent. Ainsi, si 60% des nouveaux diplômés européens sont des filles, la plupart des CA conservent une forte dominante masculine.

    La Norvège a été la première à réagir en imposant, dès 2003, un quota de femmes dans les boards de ses firmes, afin de viser 40% de représentation féminine en quatre ans. Mission accomplie. Mieux, en 2014, la proportion grimpait à 40,5%. La France affiche cette même volonté avec la loi Copé-Zimmermann de 2011 qui a permis de franchir le cap des 25% dans les grandes sociétés. L’Allemagne a aussi sorti son texte en 2015. Mais ces initiatives sont isolées. Ainsi, un projet similaire de l’Union européenne est actuellement gelé après l’opposition de plusieurs Etats, dont le Royaume-Uni, le Danemark et la Hongrie. Quant à la Suisse, elle se distingue comme l’un des pires pays du globe en la matière, ne recensant que 6% de femmes dans ses CA.

    Plus d’infos

    A lire Le dossier publié le 8 mars 2017 sur femina.ch, dans lequel les Femmes Femina livrent leur avis sur cette journée si particulière.

    A assister Table ronde «Femme aujourd’hui», le 7 mars 2017 à 19 h, à la Vidondée, Riddes (VS). Programme sur Facebook @semainedela femme

    Une journée des dérapages

    Depuis son officialisation par les Nations Unies en 1977, la «Journée internationale des droits des femmes» semble devenue la «Journée de la femme». Ce qui n’est pas tout à fait la même chose dans l’intention. Ce glissement sémantique reflète la récupération marketing et commerciale de l’événement. La principale intéressée, la femme, est d’abord perçue par certaines marques comme un porte-monnaie en puissance (avant d’être regardée comme représentante d’un genre discriminé dans la société, mais de cela, on s’en occupera plus tard).

    D’où pléthore de situations burlesques, rapportées avec une délectation atterrée par plusieurs blogs. Le 8 mars 2016, outre les désormais habituelles remises chez les parfumeurs, esthéticiens et boutiques de prêt-à-porter, on a vu le très macho Jean-Marie Bigard chef d’orchestre d’un show marseillais réservé aux humoristes féminines, Festi’Femmes. Avec, au centre de l’affiche, un maître de cérémonie grimé en matrone à gros seins. Rires (jaunes) de nombreuses internautes, évidemment. On remarque aussi une inhabituelle floraison d’émissions 100% féminines chaque 8 mars, alors que, durant les 364 autres jours de l’année, il n’y a, environ, que 17% d’intervenantes spécialisées sur les plateaux. La cerise sur le gâteau? Peut-être bien cette élection de Miss Stade, à Caen, en Normandie, habilement agendée pour coïncider avec la «Journée de la femme». La sacrée veinarde qui décrochera le titre, «bénéficiera de nombreux avantages, comme donner le coup d’envoi de la rencontre face à l’AS Monaco». Voilà un droit fondamental enfin acquis, n’est-ce pas?


    A lire aussi:
    10 choses à retenir de la Women’s March 2017
    Egalité salariale: les Françaises invitées à stopper le travail le 7 novembre à 16 h 34
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