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    Nos animaux, nos coachs de vie au quotidien

    Adaptabilité, sens du pardon, empathie, capacité à profiter de l’instant et à donner de l’amour inconditionnellement: et si nous écoutions les leçons de vie distillées par les animaux?

    Publié le 
    18 Juin 2017
     par 
    Saskia Galitch

    Il s’appelle «Ziggy». «Ziggy The Cat». Parfait inconnu en janvier 2017, il est aujourd’hui une star en librairie, rayons «développement personnel» et «bien-être». Et quand on dit star… Sorties en mars 2017 sous le titre «Agir et penser comme un chat», (Ed. L’Opportun, 2017), les leçons de vie de ce coach à pattes de velours se sont déjà vendues à 25 000 exemplaires. Pourquoi un tel succès? D’une part, la simplicité du propos. Transcrite et expliquée en langage humain par l’auteur français Stéphane Garnier, la «recette du bonheur» de ce Gourou Minou se résume en effet en trois mots bêtes comme… chat: «Vivez comme moi!»


    ©JP Kalonji

    D’autre part, le timing. Ce délicieux recueil plein de bon sens tombe effectivement pile-poil au moment où l’Occident commence doucement à envisager les animaux autrement, à comprendre qu’ils ont toutes sortes de choses à nous apprendre. Une vue de l’esprit? Un vœu pieux? Pas si l’on en croit les scientifiques qui se penchent sur cette problématique. Parmi lesquels le Dr Carri Westgarth, de l’Université de Liverpool, qui vient de publier une étude dont le bilan final se révèle assez… bestial, puisqu’il explique, en gros, que «vivre avec un animal domestique apporte clairement des bienfaits émotionnels et éducatifs, améliore les comportements sociaux et induit des bénéfices pour la santé humaine et la cohésion entre les personnes».

    Remèdes antistress

    Cela dit, il n’est pas indispensable d’être anthropozoologue et d‘ausculter à la loupe les relations entre l’Homme et ses frères dits inférieurs pour établir ce type de constat. De fait, ceux qui vivent et/ou travaillent avec des bêtes savent à quel point leurs compagnons sont d’excellents remèdes contre le stress, l’anxiété et la solitude, quand ce ne sont pas carrément des exemples à suivre.

    Etudiante vaudoise de 24 ans, Anne dit ainsi chercher la voie du lâcher-prise et de la décontraction en suivant les traces de sa très nonchalante, égoïste et m’en-foutiste «Chichine». Nicole, commerçante neuchâteloise de 58 ans, ne peut pas, elle, s’imaginer sans toutous. Non seulement parce qu’ils la motivent physiquement – «grâce à eux, je me promène par tous les temps, 365 (ou 66!) jours par an» – mais aussi en raison de leur «enthousiasme et de leur entrain communicatifs». Une double caractéristique qui séduit aussi Anouck Strahm, éducatrice spécialisée en comportement et coach canin diplômée dans la région lausannoise: «Même lorsqu’ils n’ont pas des conditions de vie qui correspondent à leurs besoins fondamentaux – ce qui est souvent le cas car les gens ne réalisent pas forcément qu’avoir un animal implique un certain nombre de responsabilités –, ils arrivent quand même à profiter à fond de chaque instant et sont dans le présent. C’est un trait de caractère qui m’a permis d’apprendre beaucoup de choses au fil du temps.»

    Quant à Marion Vicart, docteure en Sociologie spécialisée dans les interactions humains/animaux et auteure de l’essai «Des chiens auprès des Hommes» (Ed. Petra, 2014), elle note: «Proposez à votre chien de venir avec vous chercher le courrier à la boîte aux lettres et vous verrez qu’il sera aussi motivé et heureux de vous y accompagner que si vous l’emmeniez faire le tour du monde. Les canidés sont positifs et toujours partants pour vivre la moindre initiative… du moment que cet instant est partagé avec quelqu’un, le plus souvent son maître. Pour eux, peu importe ce qu’il y a au bout de la route (la boîte aux lettres ou les antipodes), ce qui compte, c’est le chemin parcouru ensemble. C’est pour moi une grande leçon de vie.» Elle conclut: «Ils ont une formidable capacité de nous communiquer cette énergie vitale qui les anime au quotidien: avoir un chien à ses côtés peut apporter l’élan dont nous avons besoin et qui, parfois, nous manque pour faire les choses!»

    Les poissons aussi

    Si chats et chiens sont donc de formidables «coaches de vie» pour qui veut les écouter, ils ne sont toutefois pas les seuls. Comme le confirme Pascale Ter Pelle, ergothérapeute à Genève, chevaux, ânes, lapins, cochons d’Inde ou oiseaux, etc. sont aussi des aides précieuses pour les adeptes de zoothérapie et de médiation par l’animal – techniques dont le but est l’amélioration de la vie sociale, émotionnelle, physique ou psychique. «Une vraie communication non verbale très bénéfique peut s’établir entre l’animal et l’humain, j’en ai la démonstration à quasi chacune de mes interventions», note la thérapeute, convaincue qu’elle a encore beaucoup à apprendre du règne animal.

    Pour Bertrand et Caroline, quadragénaires aquariophiles passionnés depuis une trentaine d’années, la dimension «apprentissage» ne fait pas de doute non plus: «On tente de reproduire artificiellement un système naturel. Pour réussir à recréer une symbiose et un équilibre parfaits sans que tout parte à vau-l’eau, il faut apprendre à se comporter avec respect et savoir rester humble face à la nature.» Amusés, ils reprennent: «Et puis quand on est en couple, on doit réussir à communiquer et se brancher sur la même longueur d’onde. Ça paraît bête, mais sur les forums Internet on voit qu’en dehors des températures et de toutes les contingences techniques, l’un des plus gros problèmes rencontré par les amateurs est le… CAF, soit le Coefficient d’Acceptation Féminine. Il faut dire que l’investissement en temps et en argent peut paraître insurmontable à des non-aquariophiles!»

    Bref, s’occuper de bêtes à poil, à plumes ou à écailles n’est peut-être pas un long fleuve tranquille… Mais n’en reste pas moins une source d’enseignements inépuisable.

    Des caractéristiques inspirantes

    Chat

    On le dit…
    - Indépendant, hypersensible, libre, égoïste, empathique, opportuniste, joueur… et tant de choses encore!


    ©JP Kalonji

    Grâce à lui, on peut notamment apprendre à…
    - S’aimer, s’accepter et s’affranchir du regard des autres.
    - Se montrer curieux – tout en restant un tantissoit circonspect!
    - Se libérer de nos prisons mentales et, par là même, acquérir un brin de distance.
    - Prendre le temps de buller et de calmer le jeu pour se ressourcer.
    - Tirer le meilleur de chaque situation.
    - Choisir soigneusement ses amis et partir du principe qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné…

    Poisson

    On le dit…
    - Capable de s’adapter, serein, opportuniste et stratège.


    ©JP Kalonji

    Grâce à lui, on peut notamment apprendre à…
    - Rester zen et prendre un peu de recul face aux petits tracas du quotidien. De fait, si nos pépères en aquarium s’excitent vaguement (et logiquement!) quand on les nourrit ou qu’ils se sentent agressés, ils ne sont globalement pas d’un tempérament nerveux.
    - S’entraider, comme le font par exemple les poissons-clowns et les anémones, les labres nettoyeurs avec les autres espèces des récifs coralliens ou encore les mérous et les anguilles, qui chassent en parfaite intelligence collaborative.
    - Choisir ses amis. Car oui, les poissons tissent des liens sociaux. Et comme le montrent des expériences récentes, ils aiment frayer avec des potes, si possible pas agressifs et coopératifs, avec lesquels ils vont donc pouvoir collaborer sans prise de tête…

    Chien

    On le dit…
    - Fidèle, enthousiaste, capable d’amour inconditionnel et de pardon, altruiste, empathique, désintéressé, loyal, affectueux, observateur…


    ©JP Kalonji

    Grâce à lui, on peut notamment apprendre à…
    - Profiter le plus possible de l’instant présent: un chien ne s’attarde pas sur le passé et ne s’inquiète pas de l’avenir.
    - Jouir de tout et célébrer les petits plaisirs que la vie nous offre au quotidien.
    - Se montrer capable de pardonner et de ne pas garder de rancune.
    - Aider son prochain sans attendre de retour – même si un petit merci semblerait normal.
    - Entrer en contact sans se mettre de barrières: un chien aime comme ça, il ne tient jamais compte de critères physiques ou sociaux.

    Rat

    On le dit…
    - Affectueux, intelligent, joueur, social, capable de s’adapter, câlin


    ©JP Kalonji

    Grâce à lui, on peut notamment apprendre à…
    - S’adapter à toute nouvelle situation.
    - Observer et réfléchir avant d’agir.
    - Comprendre que les rapports hiérarchiques ne sont pas forcément toujours insupportables. Chez les rats, la hiérarchisation est d’ailleurs essentielle au bon fonctionnement du groupe.
    - Agir avec douceur, selon le principe qu’on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre!
    - Communiquer et manifester ses émotions – tant la mauvaise humeur que le plaisir.
    - S’entraider pour la beauté du geste – comme ils le font entre eux.
    NB: Animaux sociaux, les rats ont besoin de rapports entre eux. Il est donc cruel (et de toute manière interdit!) d’en avoir qu’un seul!

    Oiseau

    On le dit…
    - Câlin, joyeux, curieux, coquin, bavard, communicatif et affectueux selon l’espèce choisie.


    ©JP Kalonji

    Grâce à lui, on peut notamment apprendre à…
    - Se montrer fidèle, tels les inséparables ou les perroquets qui ont besoin d’une relation stable.
    - Etre ouvert et curieux, comme les perruches.

    Cheval

    On le dit…
    - Doux, entier, empathique, authentique, chaleureux, hypersensible, non jugeant, ouvert au dialogue, complice, affectueux…


    ©JP Kalonji

    Grâce à lui, on peut notamment apprendre à…
    - Faire confiance. Hypersensible, il déteste ressentir la peur et la nervosité des autres. Autrement dit, pour s’entendre avec lui, il faut parvenir à dompter et transcender ses craintes.
    - Ne pas juger, prendre les gens tels qu’ils sont et, partant, s’accepter soi-même.
    - Ne pas tricher et être cohérent: en bonne éponge émotionnelle qui se respecte, il sent les messages doubles et y réagit à sa manière.

    A savoir

    Oui, les animaux ont une influence positive sur leurs «maîtres». Mais attention: ils ne SONT PAS des joujoux à prendre puis à jeter au gré de caprices. Ils demandent de l’attention, du temps et des soins spécifiques. Une lapalissade? Peut-être. En attendant, chaque année, à la veille des vacances d’été, quelque 10 000 bêtes sont lamentablement abandonnées en Suisse…

    Le choix de Yasmine Char

    Suite de notre série d’articles dans le cadre de l’opération #JeSuis-uneFemmeFemina. Aujourd’hui, la suggestion de Yasmine char, auteure et directrice de l’Octogone, à Pully.


    ©Zac Andrea Zaccone

    Je vis en compagnie d’une variété d’animaux rares. Je veux parler des hommes de la maison, un mari et deux adolescents. De tigre amadoué de nos débuts amoureux, mon mari a développé au fil des ans une belle palette animalière. Au choix: l’évolution hippopotame pour le côté «je flotte en apesanteur dans l’indifférence des tâches ménagères», lion rugissant dans ses moments de colère, chauve-souris car véritable homme de la nuit, girafe en version descente de lit entièrement dévolue aux enfants et j’en passe! Oui, je côtoie un homme-animal étonnant.

    Vient ensuite l’autre race, les adolescents. Une race où l’évolution est constante, voire secouante. En ce qui les concerne, j’irais plutôt chercher du côté des bêtes agressives lorsqu’on les pique, acrobatiques dans leurs écarts affectifs, volubiles surtout quand on ne leur demande pas leur avis, bref des animaux qu’on adore choyer à condition de ne pas attendre un retour sur investissement. Autant vous avouer qu’agrandir cette ménagerie n’a jamais constitué une priorité.

    Pourtant, un chat a récemment atterri dans notre microcosme. A le regarder vivre, qu’est-ce que je constate? Bien que nourri aux croquettes, il chasse souris, oiseaux et lézards qu’il torture longuement. S’attaque à mes chevilles quand il est contrarié. Se révèle docile ou pas, sans gratitude aucune.

    Et ce chat serait un coach de vie? Je vous laisse imaginer le désastre si je devais m’en inspirer. Laissons donc les animaux à leur fonction de simple compagnie et l’homme à la sienne. Expérience faite, je vous assure que nos proches sont nos meilleurs coaches. Regardons-les vivre, inspirons-nous de leur joie ou de leur peine, prenons le temps d’échanger et, surtout, arrêtons avec cette société malade de ses lubies. Je vous contrarie? Désolée pour ma franchise. En langage humain, ça se dit: appeler un chat, un chat.


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