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    Les begpackers, ces blancs qui mendient en Asie

    Des touristes occidentaux qui font la manche à Hong Kong, Singapour ou Kuala Lumpur pour pouvoir continuer à voyager? Un phénomène qui choque les autochtones, et qui a donné naissance au hashtag #begpackers, en pleine expansion. Bonnes vacances.

    Publié le 
    8 Juin 2017
     par 
    Julien Pidoux

    «T’aurais pas 100 roupies pour manger?»

    Depuis le début de la saison touristique en Asie, c’est un peu la consternation sur les réseaux sociaux, de Singapour à Kuala Lumpur en passant par Bali. De nombreux touristes occidentaux - qui ont donc vraisemblablement payé plusieurs centaines de francs leur billet d’avion - ont été «spottés» en train de faire la manche dans la rue. Qui pour continuer leur voyage en Asie ou autour du monde (!), qui pour manger, qui pour pouvoir rentrer à la maison ou s’acheter… une moto (re-!). Les autochtones, stupéfaits voire très en colère face à ce comportement, en ont carrément inventé un néologisme. Voici donc venu l’ère des begpackers, jeu de mots entre le verbe beg, mendier, et le terme de backpacker, routard.

     

     

    Le profil de ces néo-clochards: ils sont la plupart du temps jeunes, voyagent sac au dos et privilégient l’Asie du sud-est. Mais pas seulement. Couples trentenaires, voire amies quinqua «bien sous tous rapports», différents profils ont été pointés du doigt sur Twitter ou Instagram, au fur et à mesure que le hashtag #begpacker(s) prenait son envol.

    Mendier pour un tour du monde 

    Maisarah Abu Samah, Une habitante de Singapour, témoignait ainsi dernièrement sur France24 de sa surprise: «J’ai été très étonnée, c’est la première fois que je vois ça. D’abord, chanter ou vendre des babioles dans la rue est soumis à une réglementation très stricte à Singapour, ce qui rend la chose rare.(...) Pour nous, c’est très bizarre, on ne comprend pas qu’on puisse demander de l’argent aux autres pour voyager. Mendier n’est pas un acte très valorisant, ceux qui le font sont vraiment dans le besoin (...) Mais pas pour quelque chose qui est considéré comme un luxe.»

     

     

    C’est bien là le noeud du problème. En Asie comme ailleurs, on mendie d’abord pour survivre. Pour ne pas mourir de faim, parce qu’on est malade, réellement dans le besoin. Or ces gens s’affichent parfois avec leur sac à dos de marque, leur appareil photo. Leur réserve de snacks à leurs côtés.

    Certes, pour attirer le passant et espérer voir quelques pièces ou billets tomber dans leur escarcelle, certains jouent d’un instrument ou chantent, d’autres vendent quelques babioles, la plupart disposent un petit carton expliquant leur démarche en anglais. Un message comme «Support our trip around the world» (soutenez notre voyage autour du monde, véridique) passe donc mal. Très mal. Auprès des autochtones mais aussi auprès d’autres backpackers.


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    C’est le cas de Terrence, utilisateur d’Instagram (@tvsmithmy). «Je suis en colère car je ne voyage pas sans avoir suffisamment de fonds. La plupart d’entre nous ne le faisons pas. Nous avons un programme, et nous rentrons à la maison quand l’argent vient à manquer.» Pour lui, il y a danger. «Bientôt, des pays pourraient imposer des conditions aux voyageurs, comme un montant minimum à avoir en travelers cheques ou une carte de crédit valide.» Suite à sa publication, de nombreux utilisateurs ont partagé leurs expériences similaires, à Hong Kong, en Malaisie, en Chine et ailleurs. Surtout, ils mettent en avant l’inégalité de traitement entre touristes occidentaux et touristes asiatiques: ces derniers doivent souvent avoir une somme d’argent à disposition ou un billet de retour pour pouvoir entrer dans certains pays, notamment européens.

     

     

    Pour beaucoup d’entre eux, réagissant à chaud sur le web, s’asseoir sur un trottoir et quémander de l’argent serait devenu un trend, une expérience à faire une fois dans sa vie. Au même titre que manger des insectes, faire de la tyrolienne au-dessus de la jungle ou donner à manger à un bébé tigre/éléphant/orang-outan (à choix). Et surtout le faire savoir à la planète entière en postant le cliché adhoc sur la toile. Un genre de frisson à bon compte, en somme.

    #travelporn

    Et comme là où il y a de la gêne il n’y a pas de plaisir, certains petits malins n’hésitent pas à utiliser les différentes plateformes de financement participatif (type Fundmytravel ou gofundme) pour partir à l’autre bout du monde. Si la très grande majorité des demandes de crowdfunding sur ces sites sont pour des voyages de type humanitaire, quelques-uns souhaitent trouver le mécène qui les aidera à vivre une relation longue distance ou partir à la découverte de grottes et de cultures différentes (à nouveau, des exemples véridiques).

     

     

    Après la folie du food porn - où nous avions été inondés de clichés d’avocado toasts, de burgers dégoulinants ou de smoothies aux couleurs improbables - on assiste désormais à celle du travel porn. Il suffit de voir la profusion des hashtags #vanlife, #travelporn et autres #ontheroad pour s’en assurer. Parce qu’aujourd’hui, si tu n’as pas fait trois mois de vacances sac au dos à l’autre bout du monde, tu as un peu raté ta vie. Une pression sociale qui pourrait se résumer en une phrase lapidaire: «Quoi, t’as 25 ans et tu n’as pas encore fait de tour du monde? Non mais allo, quoi!.»

     

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