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Faire durer l'amour et trouver le bonheur: 10 questions à Jacques Salomé

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Il est des livres qui nous trouvent, comme s'ils répondaient à un appel inconscient, et veillent, dès lors, en permenence sur notre table de chevet. Concentré de savoir, de sagesse et de tendresse, «Un zeste d’éternité» est l'un de ces ouvrages uniques et précieux, qui nous accompagnent et nous aident, nous soufflant des réponses aux questions les plus personnelles et les plus difficiles que nous osions nous poser. Par cette oeuvre, publiée en mai 2017 aux Editions de L'Homme, Jacques Salomé signe un véritable concentré de sagesse et de tendresse, une oeuvre lumineuse et émouvant qui aborde les thèmes les plus essentiels de la vie: le bonheur, le couple, la famille, la paternité, le passage du temps, la communication, les épreuves de la vie... une lecture absolument indispensable. La préface, rédigée par Valéria Salomé, est l'ouverture touchante d'un livre sublime.

L'écrivain français a accepté de nous accorder cette interview.

FEMINA Votre livre est une compilation de conseils et de vos concepts les plus célèbres, la quintessence du savoir que vous avez accumulé durant des années: que souhaitez-vous transmettre à vos lecteurs par cet ouvrage?
Jacques Salomé
Ce nouveau livre, «Un zeste d’éternité», message d’amitié et de gratitude à mes lecteurs, est un miracle. Il témoigne une fois de plus de l’incroyable puissance des mots me reliant à eux. Je l’ai imaginé comme un chemin nourricier qui conduit vers les possibles de soi, étant parsemé par de témoignages qui invitent à quelques démarches simples: apprendre à s’aimer, oser se respecter, prendre le risque de se responsabiliser, et pourquoi pas de s’initier à la communication relationnelle.

J’invite ainsi à amplifier la puissance créatrice de la parole (même silencieuse dans mon cas aujourd’hui !) pour construire ensemble un monde meilleur, ensemencer ainsi une «zeste d’éternité».


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Pourquoi avoir choisi le titre «Un zeste d'éternité»?
C’est l’expression qui revient en réponse au temps qui passe. Mon éditeur à beaucoup apprécié le parfum poétique de mon écrit «Bien vieillir» pour décrire l’avancement en âge et l’opportunité propre à chacun d’entre nous d’accroître encore et encore la vivance de notre vie.

Dans la mouvance de notre existence, il y a une part d’infini, une continuité, un héritage que nous laissons à nos enfants, une sorte de vivance, et dans le même temps, il y a cette part d’imprévisible, du relatif, de limite propre à l’être humain… me concernant aussi.

Mes écrits sont porteurs du changement, d’une étincelle de bonheur (si nous savons l’accueillir !) pour traverser le temps… Ce livre est comme un cadeau adressé aux lecteurs – une invitation pour découvrir par les témoignages apportés, les bienfaits de la communication relationnelle - une autre façon de dialoguer avec soi-même et avec l’autrui, en adoptant quelques règles d’hygiène relationnelle.

Parlez-nous des «règles l'hygiène relationnelle», que vous énumérez dans votre livre: sont-elles difficiles à appliquer aujourd'hui?
J’enseigne que toute communication se construit sur 4 ancrages:

- Savoir demander (avec des demandes ouvertes, qui laissent à l’autre le plus de liberté pour répondre oui ou non).

- Savoir recevoir (accueillir sans disqualifier, amplifier ce qui vient de l’autre quand c’est bon pour nous).

- Savoir donner (sans contrepartie, sans troc relationnel).

- Savoir refuser (prendre le risque de faire de la peine, de frustrer ou de décevoir en disant non quand cela ne correspond pas à notre position, quand la demande ou l’attente de l’autre ne permet pas de se respecter).

La Méthode ESPERE® (Energie Spécifique pour une Ecologie Relationnelle Essentielle) que j’ai conçue est une approche globale qui permet de proposer des relations plus vivantes, moins aliénantes, plus ouvertes et en réciprocité avec autrui. Elle s’appuie sur des concepts, des outils et des règles d’hygiène relationnelle qui sont accessibles à chacun et directement transmissibles.

Sur quoi est basée cette méthode?
Le principal outil de cette pédagogie relationnelle est la visualisation (je montre par des objets symboliques ce dont je parle). Présenter un outil comme l’écharpe relationnelle pour visualiser «la relation», ne prend pas beaucoup de temps surtout si on l’associe à une des règles d’hygiène relationnelle parmi les plus évidentes: que nous sommes toujours trois dans un échange: l’autre, moi et la relation qui nous relie. Et encore:

- que cette relation a deux bouts et que chaque protagoniste est responsable de son bout.

- qu’il est fondamental dans cette relation d’apprendre à faire des demandes.

- qu’il est important de ne pas confondre la personne avec sa réponse.

- qu’il est déconseillé de parler «à propos» de l’autre (tu…), mais de parler «à» l’autre (je..)

- qu’il est essentiel de différencier la personne de son comportement.

C’est vrai que cela entraîne des résistances par rapport à nos modes de fonctionnement passés, et donc quelques obstacles propres à chaque personne (en fonction de son vécu) qui tente leur mise en pratique.

Dans la communication relationnelle proposée, je défends l’idée de responsabilisation. J’estime qu’être capable de se positionner sans se laisser définir par l’autre, s’affirmer dans ses choix et se responsabiliser face aux évènements de l’existence, permet de mieux se construire et surtout devenir «auteur» de sa propre vie!


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Vous établissez un lien entre la qualité de nos relations privilégiées et notre bien-être physique: comment pouvons-nous nettoyer notre «tuyauterie relationnelle»?
Oui, il y a un lien étroit entre la santé physique et la qualité des relations vécues.

Il y a quelques relations essentielles (avec des personnages clefs de notre vie) qui ont tissés notre existence, qui nous ont modelés ou impressionnés au sens fort du terme: les relations parentales, amoureuses, professionnelles, pour lesquelles il y aurait un nettoyage et des réajustements à faire, pour se réconcilier avec nous-mêmes. J’invite à une hygiène relationnelle, donc à un nettoyage qui permettra en particulier de remettre chez l’autre les messages toxiques qu’il a pu déposer sur nous, de lui restituer symboliquement, (à l’aide d’un objet et d’un mot explicitant qu’il s’agit d’une démarche symbolique) la violence des comportements, des gestes, des attitudes qu’il a pu avoir envers nous.

Car une relation en santé pour soi sera celle qui n’entretiendra pas les ressentiments, les reproches, les rancœurs ou les accusations sur autrui. C’est une forme de relation qui nous permet de sortir de la victimisation (fixation sur les manques) pour passer à l’affirmation (reconnaissance et énoncé de ses besoins).

Il convient à chaque personne de prendre la responsabilité de son propre développement personnel et spirituel, pour apprendre à connaitre et à satisfaire ce que j’appelle leurs besoins relationnels: besoin de se dire, d’être entendu, d’être valorisé, d’être reconnu, besoin d’intimité, besoin de créer, besoin de rêver. Cette démarche me semble essentielle, car elle permet de retrouver de l’énergie, de régénérer l’image de soi, de retrouver de la confiance, de se réapproprier une estime et d’agrandir en nous l’amour de soi.

La qualité de nos relations est l’équivalent d’un humus tonique, vivifiant permettant d’embellir non seulement nos pensées et notre corps, toute notre façon d’être au monde.


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A l'ère de la surcommunication virtuelle, pensez-vous que nous avons perdu ou négligé la faculté de communiquer véritablement? Si oui, pouvons-nous la récupérer?
Il convient d’être clair sur le mot «communication». Nous vivons dans un monde où nous consommons de la communication jusqu’à saturation, par les médias. Ce n’est pas parce que je m’exprime, que je communique! Ce n’est pas parce que je donne ou que je reçois d’informations, que je construis quelque chose de durable avec l’autre, que je me relie à lui.

Ce que j’ai développé et je souhaite transmettre par mes écrits, c’est une communication d’un autre type, dite «relationnelle». J’insiste sur ce mot. La communication relationnelle s’oppose à la communication de consommation, qui, elle, ne s’inscrit pas en nous, ne laisse pas de trace. La communication relationnelle, comme une «mise en commun», nous relie non seulement aux autres hommes et à l’univers, mais aussi à notre propre histoire.

Nous sommes des êtres de relation et la communication est la sève de notre existence. A tout moment nous pouvons apprendre à mieux vivre nos relations, à travers un positionnement clair, respectueux et responsable par la parole, le dialogue. La communication devient ainsi le remède le plus efficace contre la peur, le non-amour de soi, la culpabilité et la violence. Cette mise en commun nous permettra d’aller au-delà du silence des mots, pour dépasser la violence des maux… Un combat que je mène maintenant depuis plus de 40 ans pour que l’on enseigne la communication relationnelle à l’école comme une matière à part entière, le seul antidote à la montée accélérée de la violence.

Vous écrivez qu'ancrer son couple dans la durée est possible: pourquoi cela semble-t-il moins évident aujourd'hui?
Un couple qui dure suppose non seulement un apprivoisement des corps, mais aussi un ajustement des croyances, des valeurs et des systèmes relationnels mis en place dans la famille d’origine et dans les expériences de vie propres à chaque partenaire.

Vivre en couple aujourd’hui, c’est vivre dans cet embrasement de deux différences qui veulent survivre à l’éblouissement de la rencontre, rester vivantes et s’épanouir réciproquement dans le cheminement d’une existence dans la durée. Il appartient à chacun de prendre sur soi, de gérer l’incroyable distance ou décalage entre les attentes de l’un et les réponses de l’autre.

Parler de la durée de vie d’une relation amoureuse, c’est être confronté à deux niveaux d’interrogations très différents: l’amour et la relation. L’amour ne peut se contenter de son propre bonheur. Il lui faut aussi la qualité et la créativité d’une relation pour se survivre à lui-même. La relation, pour la rendre durable, harmonieuse, vivante, a besoin d’être entretenue. C’est à dire qu’il est nécessaire de la nourrir de messages positifs, valorisants, vivifiants, en évitant trop de messages toxiques, qui, autrement, peuvent empoisonner le quotidien et blesser même le désir de poursuivre ensemble les partages ou les projets d’une vie commune.

N’oublions pas que ce qui maintient deux êtres ensemble dans la durée, ce n’est pas le sentiment d’amour, mais la qualité de la relation qu’ils vont se proposer l’un à l’autre.

Dans votre ouvrage, vous accordez une grande place au soin de soi, et cela à tous les niveaux: selon vous, avons-nous tendance à en sous-estimer l'importance?
J’ai beaucoup écrit sur la relation à soi-même, sous un angle peu habituel dans notre culture qui déprécie de longue date tout ce qui ressemble de près ou de loin à un quelconque intérêt pour soi, même si une «culture du moi» s’est fortement développée ces dernières années, avec quelques dérives. La question que je soulève et sur laquelle j’invite à réfléchir est «Comment être ou devenir à la fois un bon (ou un meilleur) compagnon pour soi et pour les autres?».


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Vous consacrez également un chapitre entier aux livres et à l'écriture: quel rôle joue la littérature dans votre vie?
Comme vous l’avez remarqué, je suis un amoureux de la lecture. Elle a été un tremplin, me permettant de survivre et de grandir, d’accéder à des nouveaux horizons.

Enfant, durant mon séjour au sanatorium pour traiter ma tuberculose osseuse, je me souviens du professeur de philosophie, mademoiselle Pelisson, très cultivée, qui m’avait pris en amitié. Les murs de sa chambre étaient tapissés de livres que je pouvais choisir. Je lisais tout ce que je trouvais : de Robinson Crusoé, Jules Verne, à Stendhal, Walter Scott, Balzac, Conrad... J’ai lu Sartre, par exemple, à l’âge de treize ans. Qu’est-ce que j’ai retenu de «La nausée»? Des bribes, une perception diffuse - que la vie ardente se dérobe à ceux qui ne savent l’aimer – mais, peu importe, ça fait partie de mon bagage, de ma richesse que je continue à l’agrandir. Les livres m’ont enthousiasmé, m’ont porté, transporté.

Dans ma maison, j’ai reproduit un grand rêve, une aspiration de jeunesse: l’abondance des livres, que je peux prendre sans demander. Elles couvrent les murs, les coins, les recoins, les placards, les escaliers… Elles m’accompagnent généreusement.

Aujourd’hui, c’est par écrit que je réponds au défi que je me suis donné dans cette existence en plein mouvement. J’ai ce merveilleux rêve d’un monde meilleur, où l’écologie relationnelle puisse être valorisée et respectée par l’apprentissage d’une conduite plus responsable de la part de chaque être humain. J’écris pour permettre à ceux qui me liront de grandir de l’intérieur, d’aller au-delà de certaines désespérances, de dépasser des comportements toxiques envers soi-même et envers les autres ou encore plus simplement, d’avoir le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue à pleine Vie.

Pour terminer: quel est le conseil le plus important que vous pourriez donner à vos lecteurs en quête du bonheur?

Qu’il est possible de s’aimer.

Pour cela, il est important d’oser rompre avec la peur et de s’accorder avec le désir de se découvrir dans le merveilleux de ses propres ressources.

Note

Jacques Salomé, décoré de la médaille d’Officier de l’Ordre National du Mérite, par le Ministre de l’éducation nationale pour ses travaux sur la communication à l’école, rêve qu’un jour la communication puisse être enseignée à l’école comme une matière reconnue à part entière et que l’espace de la vie de tous les jours soit un lieu d’écoute et de réelles rencontres.

Ses nouveautés littéraires :

«Un zeste d’éternité», Edition de l’Homme, mai 2017

«Des choses à vous dire», Edition de l’Homme, janvier 2016

«J’ai encore quelques certitudes», Albin Michel, octobre 2015

L'auteur sera présent à Morges, en tant qu'invité au salon Le Livre sur les Quais, le 1er, 2 et 3 septembre 2017.

Nous remercions chaleureusement Jacques Salomé d'avoir bien voulu nous accorder cette interview!


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