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    C’est pas moi, c’est les autres…

    La faute à pas d’chance. A mon patron, à ce monde injuste. Mais pourquoi a-t-on tant de mal à apprivoiser notre culpabilité? peut-être parce qu’elle est trop lourde à porter.

    Publié le 
    16 Mai 2017
     par 
    Aurore Aimelet

    Apolline, 5 ans, renverse son verre de lait. «C’est pas d’ma faute!», s’écrie-t-elle. Non, c’est son frère, à l’autre bout de la table. C’est nous qui, en lui parlant, l’avons distraite. C’est le verre instable, la table bancale, ce rayon de soleil qui éblouit la cuisine. Elle a 5 ans, il semble logique qu’elle tienne à son innocence. Sauf que nous, adultes et vaccinés depuis quelque temps déjà, nous nous défaussons de la même façon.

    Ce n’est pas nous, c’est l’autre, le monde, les circonstances, la faute à pas d’chance ou à Voltaire. Pour le psychiatre et psychanalyste Robert Neuburger (auteur notamment de «L’Art de culpabiliser» et «Exister: le plus intime et fragile des sentiments», Ed. Payot), «la meilleure façon de se débarrasser de la culpabilité est encore de la rejeter sur l’extérieur». Soit, mais pourquoi avons-nous tant de mal à apprivoiser ce sentiment quand, bon an mal an, nous savons accueillir la colère ou la tristesse? «Ces deux émotions ne font pas honte, explique Virginie Megglé, psychanalyste. Nous pouvons nous en libérer par des pleurs, des cris.» La culpabilité, elle, reste là. Sauf qu’elle est trop lourde à porter.

    Je ne tiens pas à me remettre en question

    La culpabilité nous fragilise. «Tout à coup, nous sommes pris en défaut, remarque Robert Neuburger. L’image de soi est altérée.» Nous avons tous une représentation idéalisée de nous-mêmes. Et voilà qu’une faute, réelle ou supposée, vient tout gâcher. «Endosser sa responsabilité revient à se remettre en question, constate la psychologue Lisa Letessier(auteure de «La Rupture amoureuse», Ed. Odile Jacob),  ce qui bouleverse le sentiment d’identité. Déçus de nous-mêmes, nous sommes en déséquilibre.» En revanche, si c’est le voisin, notre estime de soi demeure intacte. C’est une économie de pensées douloureuses.

    J’ai peur du châtiment

    Irréprochables, nous devons aussi le rester aux yeux des autres, le danger étant trop grand. «Derrière nos justifications, souligne Virginie Megglé, se cache une peur immense: celle de perdre l’amour et de se retrouver seul.» Impossible: le lien est pour l’individu une question de survie. Or, la culpabilité réveille des schémas liés à notre histoire et à nos expériences. Lisa Letessier poursuit: «Nous craignons d’être rejetés (schéma d’abandon), de déplaire (schéma d’abnégation) ou d’être découverts faillibles (schéma d’imperfection).» Nous anticipons, en cas de faute, la sanction. Et être «puni» à 50 ans n’est pas plus agréable qu’à 5.

    Je projette sur l’autre ce qui ne me plaît pas en moi

    Il existe un mécanisme de défense inconscient et très puissant pour éviter de tomber de notre piédestal personnel ou relationnel: La projection. «Nous reprochons à autrui ce qui nous appartient mais que nous refusons de considérer, reprend Lisa Letessier. Un impair, mais aussi un trait de caractère ou un sentiment.» Dans les couples notamment, c’est toujours l’autre, qui en demande trop ou qui aime moins. Mais l’avouer serait bien trop risqué, tant au niveau de notre identité que de notre sécurité. Heureusement, le psychisme a tout prévu.

    Que faire?

    Menez l’enquête Le psychiatre et psychanalyste Robert Neuburger suggère d’apprendre à se connaître. «Repérez ce que vous faites ou dites par devoir, par exemple, afin d’éviter tout sentiment de culpabilité.» Il s’agit d’identifier ce qui déclenche l’embarras, la honte pour réagir de façon moins automatique. «Et, pour alléger la culpabilité, donc l’envie de la rejeter, privilégiez les bonnes actions.» L’empathie, la bienveillance, la gratitude sont de puissants remèdes.

    Acceptez votre vulnérabilité «Ce n’est pas en se déchargeant de la faute sur l’autre que l’on se décharge de la culpabilité», explique Virginie Megglé, psychanalyste. La stratégie est éphémère et illusoire. «La perfection est un but vers lequel tendre, pas une réalité. Mieux vaut reconnaître sa fragilité, sa faillibilité. Nous sommes des êtres vulnérables. L’admettre nous rend plus forts car plus justes envers nous-mêmes.» La réconciliation avec soi allège bien plus que la culpabilisation.

    Osez ressentir la culpabilité Lisa Letessier propose de s’autoriser à ressentir ce qui est éprouvé pour se familiariser avec la culpabilité. «La méditation en pleine conscience, notamment, permet d’accueillir les émotions sans crainte, sans jugement. Il s’agit d’être à l’écoute de ce qui se passe en soi.» Si cela vous semble difficile, la psychologue conseille de vous interroger: «Que se passerait-il si vous étiez reconnu coupable?» Une façon de mieux cerner votre scénario intérieur.

    Ma solution

    Emma, 33 ans, infirmière «J’accusais les autres parce qu’en réalité je me sentais coupable de tout. A mes yeux, rien n’était jamais bien, jamais assez. Des phrases entendues dans l’enfance… Tout impair me renvoyait donc à cet état où j’allais devoir m’excuser, rembourser. C’est parce qu’il y avait trop de culpabilité que je la refilais aux autres! En comprenant d’où venait ce sentiment de n’être jamais à la hauteur, j’ai pu faire le tri et prendre ma part de responsabilité. Seulement la mienne. Ainsi, je donne plus facilement «sa» part à l’autre. Seulement la sienne.»

    A lire

    «Le Bonheur d’être responsable» de Virginie Megglé. Après avoir décrypté les mécanismes de la culpabilité, la psychanalyste se demande si nous ne souffririons pas d’abord de nous sentir inférieurs. Or, la fragilité est pleine de ressources (Ed. Odile Jacob, 37 fr. 20).

     

    Rubrique réalisée en partenariat
    avec «Psychologies Magazine»
    dont le numéro 372
    est disponible en kiosque.
    A consulter aussi sur psychologies.com

     


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