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    Drague: les codes changent avec les applications de rencontre

    A l’ère des applications de rencontre, la séduction semble à la portée de tous, et les relations faciles à nouer. A condition d’adopter une logique un tantinet... brutale.

    Publié le 
    5 Juin 2016
     par 
    Catherine Cochard

    Face à son écran, Christophe, 42 ans, se sent perdu. Célibataire epuis peu, le Genevois était pourtant enthousiaste en découvrant les apparentes facilités offertes par les applis de drague – Tinder, Happn ou OkCupid, entremetteurs stars des années 2010. Pour franchir le pas, il a choisi la première d’entre elles. Et lorsqu’une notification lui signifiant «It’s a match!» est apparue, il a immédiatement pris contact avec la personne qui, comme lui, l’avait choisi pour relation potentielle, avec invitation, même, à rencontre réelle autour d’un verre. Déconfiture totale: jamais le quadragénaire n’a reçu de réponse.

    Quelle erreur a bien pu commettre Christophe? Il avait fignolé sa langue française, ne s’était pas montré lourdement suggestif: juste amical et curieux de connaître l’autre. Bref, il s’était comporté comme il l’aurait fait dans un cadre de socialisation classique, bureau, bar ou concert… Et c’est là, précisément, qu’il a eu tout faux. Car l’usage des applications de rencontre a modifié les codes de la drague tels qu’on les concevait il y a encore quelques années sur les sites de rencontre, confirme Olivier Voirol, sociologue à l’Université de Lausanne (UNIL). «Ces applis jouent sur l’immédiateté et la simplicité technique. Celles-ci s’accompagnent cepen dant d’un rétropédalage en matière d’échange. La richesse du langage», verbal et non verbal, «s’y trouve remplacée par des codes». Adieu l’attaque éclair où un regard suffisait à faire savoir à Miss ou Mister qu’il était éligible au flirt, à la fréquentation de sa literie personnelle, voire plus si affinités. La séduction 2.0 s’apparente désormais à une approche typée félin, tout en stratégie.

    Vous avez dit «swipe»?

    Le gringue numérique a donc instauré ses «do» et ses «don’t», et mieux vaut les connaître avant de se lancer. Quelle que soit la génération à laquelle on appartient. «Le mec qui, dès qu’il a un match, te contacte en t’assaillant de questions et en voulant tout de suite te rencontrer, ça fait vraiment celui qui crève la dalle, explique Anna, trentenaire de Genève qui travaille dans les organisations internationales. En général, je bloque les individus ayant ce genre de comportement.» Autant dire que c’est la douche froide pour quiconque a la naïveté de croire que le virtuel donne à chacun la chance d’entrer en contact avec qui il veut.

    Au sommet de ce rude écosystème? Le swipe. Comprenez le mouvement de doigt sur l’écran. A droite pour dire oui, à gauche pour non. Un peu sec, certes. Mais, souvent raillées pour leur nature consumériste, les applications de dating correspondent à l’évolution de nos usages numériques. «Tinder est une application essentiellement mobile, explique Olivier Glassey, lui aussi sociologue à l’UNIL. On la transporte partout avec soi, on la consulte comme on le ferait de Google Maps ou de l’horaire des CFF. C’est un peu triste de comparer les relations humaines à des horaires de transports publics, mais le modèle de fonctionnement est le même.» Bus ou rencontre, il s’agit de connaître les opportunités à disposition et à proximité. Conscients de l’aspect zapping associé aux applications de dating, la plupart des utilisateurs ne s’en offusquent pas. Ils y trouvent même une certaine honnêteté. «Quand, dans un bar, tu regardes quelqu’un, c’est l’équivalent du swipe sur la droite, explique Charlotte, quadragénaire romande. Et si on te rend ton regard, c’est un match. Ensuite, dans un bar comme dans Tinder, tu peux adresser ou non la parole à l’autre.»

    «On entend souvent dire que le swipe est quelque chose d’assez rudimentaire, reprend Olivier Glassey. Mais lorsqu’on regarde les gens dans la rue ou dans un bar, le tri est semblable. La seule différence, et elle n’est pas négligeable, c’est que dans la vraie vie on a la possibilité de revenir en arrière, de regarder à nouveau la personne, de la découvrir.»

    Rebooster son ego

    C’est un reproche souvent fait à Tinder par ses utilisateurs: une fois qu’on a éliminé quelqu’un, on ne peut pas revenir sur son choix. «Le swipe est si rapide et si addictif que les utilisateurs ne se donnent pas toujours le temps minimal de la réflexion», note le sociologue. D’ailleurs, sur les applications de dating, bien souvent l’identité de l’autre est réduite à son apparence. «Cette frénésie de choix est le signe d’une forme de consommation accélérée, poursuit-il. On ne souhaite même pas apprendre à connaître l’autre. Sur les sites de rencontre, il existait déjà des dispositifs semblables, mais ils ne proposaient pas une telle logique productiviste regroupant l’identification et la rencontre de l’autre en temps réel. On navigue dans des possibles amoureux sans consacrer plus de quelques secondes à chaque potentialité.» - «Chacun est en contact avec plusieurs personnes en même temps, on chatte à gauche et à droite, il n’y a pas d’exclusivité et pas non plus la spontanéité d’une rencontre normale, décrit Charlotte. Ce qui, dans l’absolu, n’est pas problématique, puisque tout le monde en est conscient. Mais, dans mon expérience, cette manière d’entrer en relation avec quelqu’un ne permet pas d’avoir les fameux papillons des commencements...»

    Sans compter que, profitant d’un système qui favorise la quantité plutôt que la qualité, certains détournent ce cérémonial du swipe à des fins plus consuméristes encore. «L’expérience sur Tinder est très différente si on est un homme ou une femme, observe Anna, trentenaire travaillant à Genève. Des amis hommes m’ont dit ne même pas regarder les photos mais swiper toujours à droite pour maximiser les possibilités de rencontre. Alors que les filles vont passer plus de temps à analyser les utilisateurs avant de les accepter ou les recaler.»

    Espaces de rencontre légers, les sites et applications de dating ne sont pas pour autant des lieux qu’on fréquente en toute innocence. Pour une partie des utilisateurs, ils permettent de papillonner et de tester son pouvoir de séduction, en toute discrétion et sans contrepartie. Ils font d’abord office de reboosteur d’ego. Dans un univers aussi froid et désincarné où l’on peut accepter ou refuser les gens d’un balayage du majeur, certains ont l’impression d’avoir été élevés au rang de candidat potentiel pour une relation par une personne qu’ils ont également reconnue comme telle. «On découvre que quelqu’un nous a choisi comme on l’a choisi, analyse Olivier Glassey. C’est une forme de récompense symbolique.» Aussi le véritable objet de désir d’une part conséquente des utilisateurs est-il cette gratification même. A ceux-là, elle suffit amplement, ils ne cherchent ni n’ont envie de rien d’autre, pas même de rencontrer l’élu(e) qui les a également désignés.

    Or, pour les déçus qui pensaient vraiment aboutir à un rencard en chair et en os, le silence radio peut être déchirant. «Il y a une certaine dureté dans ce système, qui peut s’avérer impitoyable, observe Olivier Glassey. Certains vivent très mal le fait de ne pas être acceptés, de ne pas avoir un nombre élevé de matches. Ils peuvent se sentir blessés dans leur amour-propre et leur image d’eux-mêmes. Et, parce que les autres ne les ont pas choisis, se trouver renvoyés à une très grande solitude.»

    Par ailleurs, et en dépit du caractère mécanique du swipe, les différences socioculturelles se retrouvent dans ces espaces numériques, quoique de façon parfois plus insidieuse que dans le quotidien tangible. Si les trentenaires et quadragénaires n’y comprennent plus rien, c’est peut-être en effet parce que les plus jeunes utilisateurs des réseaux sociaux ont grandement imposé leurs codes relationnels sur ces plateformes. «Le statut social d’un adolescent, c’est-à-dire le degré de prestige dont il jouit auprès de ses pairs, est fonction de son capital «social», éclaire Claire Balleys, sociologue à l’Université de Genève. Sur Facebook, par exemple, cette popularité s’illustre par le nombre de réactions suscitées par les nouvelles publications de statuts ou de photos, que ces réactions se manifestent par un simple clic sur le bouton «j’aime» ou, mieux encore, qu’elles s’expriment par des commentaires et des partages.» La drague? C’est aussi un test de notre désirabilité sociale.

    Jamais sans mon lovecoach!

    Noyés dans un univers 2.0 qui promettait pourtant des opportunités infinies, analysés, triés, étiquetés en quelques clics de souris, les dragueurs ne retombent pas forcément sur leurs pieds en revenant à la séduction en tête à tête.

    Notamment les hommes. Face à des femmes qui remettent en question les basiques de la virilité, osent casser les codes de drague ancestraux et affichent sans complexe leurs préférences, ces messieurs se trouvent un tantinet désemparés. Au point, parfois, pour les éconduits, de chercher des solutions auprès des nombreux lovecoachs peuplant le web. Cette formule illustre d’ailleurs bien le changement sociétal qui s’est mis en place ces dernières années: on préfère s’en remettre à des gourous des relations amoureuses et sociales plutôt qu’à la spontanéité, la prise de risque que celle-ci suppose ne faisant manifestement plus recette.


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    En codifiant passablement la rencontre, les dispositifs de dating n’ont donc pas fini de bousculer nos modèles relationnels, ajoutant leur petite dose de cynisme à la complexité inhérente aux relations amoureuses. «L’intime et l’affectif constituent encore un domaine qui tente de résister à l’assaut des outils numériques, remarque Olivier Voirol. Même là, un tiers technique se glisse entre les individus. Ce qui nous oblige à réapprendre de nouvelles règles.» La séduction, même 2.0, c’est vraiment tout un art.

    Miniguide de la drague online

    Savoir choisir sa photo de profil Vous connaissez la chanson: l’occasion de faire une première bonne impression ne se présente qu’une fois. Il est donc déterminant d’opter pour une image de soi qui transmette clairement ses intentions tout en mettant en valeur ses atouts et gommant ses imperfections. On évitera de miser sur le mystère d’un portrait pris dans la pénombre ou de dos: à tort ou à raison, tout le monde pensera que c’est pour masquer vos défauts. On évincera aussi les photos de soi avec un ami. Là encore la technique est connue de tous: vous êtes le moins beau des deux. Quant à l’accessoire automobile rutilant tout droit sorti du garage, pas sûr non plus que ça fasse recette… Attention également à ne pas transmettre de message subliminal non désiré. Pour les filles, la moue façon «duckface» sera souvent interprétée comme une invitation directe à passer à la position horizontale. Et on ne parle même pas des prises de vue en contre-plongée menant directement du décolleté au nombril! Ni du «buttfie» ou «belfie», cette version du «selfie» côté... postérieur.

    Ne pas se précipiter Evitez de donner l’impression que vous êtes affamé. Dans le virtuel, c’est sur la base des comportements en ligne que l’utilisateur se fait une image mentale de la personnalité de son interlocuteur dans le réel. La moindre marque d’empressement – entrer directement en contact avec l’autre dès qu’il y a un match, le harceler de questions... – peut vous faire passer pour un gros lourd que personne ne voudra rencontrer.

    Soigner son orthographe Cela peut paraître étrange à l’heure où on ne prend parfois plus le temps de corriger les corrections automatiques de son smartphone, mais certaines personnes restent très sensibles à ce genre de détails. Pour ce type d’utilisateurs, un mot mal écrit s’avère rédhibitoire.

    Anne-Catherine Pozza

    Coach en relations amoureuses et auteure de «Les 7 mensonges à propos de l’amour».

    Femina: Quel est le profil de vos clients?
    Anne-Catherine Pozza:
    J’ai des clientes et clients âgés de 18 à 77 ans. Ils viennent pour toutes sortes de raisons, mais avec l’envie d’évoluer dans leurs relations amoureuses. Certains sont très timides, n’osent pas aller à la rencontre des gens et en souffrent. Il m’est aussi arrivé de travailler sur l’intime, d’indiquer comment redécouvrir le jardin de l’autre...

    Quelle est votre méthode?
    Je travaille sur l’estime de soi. Le but étant de montrer comment, en marchant les épaules et la poitrine ouvertes avec sur les lèvres un grand sourire et dans la bouche un goût de «je veux», on va dégager une onde de charme. Quand je vois quelqu’un qui marche comme ça dans la rue, j’ai envie de le rencontrer. Pas vous?

    En pratique, cela se passe comment?
    Je pose des questions pour comprendre le fonctionnement de la personne, pour repérer ses peurs. Puis, lors de mises en situation à mon cabinet – au cours desquelles le client, homme ou femme, me drague – j’interagis comme si je me faisais aborder pour de vrai. Nous discutons ensuite de ce qui n’a pas marché et j’invite mon client à adapter sa stratégie. Je ne donne pas de recette mais ouvre des possibles, en incitant à développer confiance et créativité.

    Comment vos clients peuvent-ils mesurer l’efficacité de la méthode?
    Quand ils reviennent me voir après un essai réel, ils peuvent suivre leur évolution sur un tableau de bord basé sur les objectifs qu’ils se sont fixés. Parmi les questions auxquelles ils répondent: «Ai-je obtenu son numéro de téléphone?», «Ai-je osé lui toucher la main?»...

    10 applis de dating parmi les plus populaires en 2016

    (selon le site Tomsguide)

    1. Coffee Meets Bagel

    2. Hinge (sur App Store et Google Play)

    3. How About We

    4. OkCupid

    5. Icebreaker (sur App Store et Google Play)

    6. Hitch (sur App Store et Google Play)

    7. Happn

    8. Tinder

    9. Plentyoffish

    10. Grindr

     

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