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Âge d'or: 40 est-il le nouveau 30?

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Julia Roberts, 49 ans, et Monica Bellucci, 52 ans.

© Reuters/Jean-Paul Pelissier; Luke MacGregor

Dictature du jeunisme oblige, le «cap 40» reste bien mal coté chez celles qui le vivent. Il tend même à susciter une certaine panique. Ainsi, Carole, une superbe graphiste fribourgeoise de 39 ans, voit-elle approcher l’échéance avec «angoisse». Pourtant, selon les innombrables publicitaires, tendanceurs, blogueurs, journalistes et essayistes à s’être penchés sur le sujet, cette terreur est devenue quasi injustifiée. Mieux, les quadras et les quinquas constitueraient carrément l’ultime objet du désir. Un vœu pieux? Peut-être pas tant que ça. De fait, à regarder nos copines, nos collègues de bureau, des inconnues dans la rue ou même… nos miroirs, en repensant à l’aspect qu’avaient nos Mamies aux mêmes âges, l’idée que «+40 est le nouveau 30» ne paraît pas si farfelue.

Encore moins quand on feuillette des magazines ou qu’on allume sa télé. De plus en plus de people dans la fleur de l’âge font en effet craquer de jeunes Apollons, telles Kylie Minogue ou Mariah Carey. Et quand elles ne se baladent pas sur la plage au bras de leur conquête, ces femmes fatales +40 viennent faire de l’ombre aux rôles jusqu’ici chasses gardées des jeunettes: James Bond Girl à 50 ans pour Monica Bellucci, égérie de Guerlain pour la sublime Angelina Jolie, 41 ans, ou ambassadrice de Calzedonia (et Givenchy!) pour l’impeccable Julia Roberts, 49 ans. Même le très caliente calendrier Pirelli s’y met: dans son édition 2017, véritable révolution, il consacre le sex-appeal des seniors. Jusqu’à sublimer l’érotisme d’Helen Mirren et Charlotte Rampling, jeunes septuagénaires. Et cette désirabilité affichée n’est pas qu’une posture marketing. Selon le dernier rapport annuel du site de vidéos pornographiques PornHub, la catégorie la plus prisée chez les hommes européens en 2017 a été… la MILF, cette «maman qui fait fantasmer les ados boutonneux».


Isabelle Huppert, 63 ans; Julia Roberts, 49 ans; Monica Bellucci, 52 ans.
©Stephane Cardinale/Getty; Reuters/Jean-Paul Pelissier; Reuters/Luke MacGregor

Quant au cinéma plus classique et à l’industrie télévisuelle… Là encore, les quadras, quinquas voire même sexagénaires sont mises en lumière, «ce qui aurait été impensable il n’y a pas si longtemps», note Gianni Haver, professeur en Sciences sociales et spécialiste de l’image à l’Université de Lausanne. Dans les faits, plus chics, chocs et superbes les unes que les autres, ces anciennes jeunes premières enchaînent régulièrement les grands rôles. Que l’on pense à l’irrésistible Karine Viard (51 ans), bientôt à l’affiche de «Jalouse» ou à la toute fraîche cinquantenaire Sophie Marceau, indéboulonnable chouchou du public français. Que l’on songe encore à la sexy-génaire Isabelle Huppert, qui met Hollywood à ses pieds, ou à la hotissime Monica Bellucci (encore elle!) qui, à 52 ans, joue les prima donna dans la saison 3 de «Mozart in the Jungle», où elle enflamme les sens du héros… et des fans de la série!

Pas de généralisation

Evidemment, voir ces icônes évoluer sans perdre leur charme tout en gagnant en expérience a donc de quoi rassurer les angoissées du calendrier ridulaire. Ce d’autant que des artistes comme le photographe Oliviero Toscani ne jurent que par les femmes «mûres», qu’ils qualifient à longueur d’articles et d’expositions de «particulièrement désirables». Mais cet engouement médiatique est-il représentatif de la réalité? Notre société s’est-elle vraiment décalée temporellement? Quarante ans est-il bien le nouvel âge d’or des femmes, comme l’assure Sandrine, blogueuse et rédactrice Web pour qui «cette dizaine permet de passer de la réalisation de ses désirs à une réalisation de soi»? On s’en doute, rien n’est si simple. Ni si tranché. A commencer par l’oubli systématique dans ces belles analyses des problèmes liés à l’emploi. «Qu’on le veuille ou non, on est senior à 45 ans, relève Cornelia Hummel, maître d’enseignement et de recherche au Département de sociologie de l’Université de Genève. Or, allez donc trouver un job à cet âge-là!» Désolée de se montrer rabat-joie, elle poursuit: «La généralisation du phénomène est assez caricaturale. Parce que franchement, une agricultrice du fin fond de la France ne verra pas forcément cette période de la même manière qu’une Parisienne jouissant d’un revenu de cadre supérieur!»

Plus tempérée, la sociologue française Claudine Attias-Donfut, coauteure de «Grands-parents, la famille à travers les générations» (Ed. Odile Jacob), estime, elle, que «si ce glissement s’effectue lentement, il ne va pas moins finir par toucher toutes les couches sociales». D’ailleurs, pour elle, une chose est certaine: que l’on soit en ville ou à la campagne, entrer dans la quarantième dimension n’a plus rien de dramatique. Si nos grands-mères étaient comme mises en… quarantaine et placées dans la case «vieillarde en devenir» sitôt ce chiffre fatidique atteint, il est désormais acquis que la vie ne se met pas entre parenthèses au motif que le nombre de bougies d’anniversaire a augmenté. Les raisons de cette mutation sociétale? «Toutes les étapes importantes sont repoussées dans le temps», expliquent de concert nos experts. En gros, les jeunes étudient plus longtemps, ont tendance à rester chez papa-maman jusqu’à plus soif, se marient et font des enfants plus tardivement. Conséquence directe: «Si la vieillesse commençait dès 40 ans il y a une petite trentaine d’années, ce n’est aujourd’hui plus le cas», martèle Claudine Attias-Donfut. Un avis partagé par le psychologue français Serge Hefez, qui écrivait récemment: «La quadragénaire se sent encore belle, jeune et, cerise sur le gâteau, elle s’est débarrassée de tous ses complexes. La vie lui appartient. Elle a profité de sa trentaine pour construire son foyer, s’installer dans sa vie professionnelle, apprendre à gérer les deux (…). Elle a compris les rouages du système et elle n’est qu‘à la moitié de sa vie.»

Le temps travaille pour nous

Gianni Haver approuve: «La quarantaine est aujourd’hui investie d’une manière d’être qui était autrefois réservée à des gens plus jeunes.» Est-ce à dire que la fameuse crise existentielle liée au «big 4-0» est également repoussée? Elle l’est. Selon une grande étude internationale menée conjointement par des chercheurs autrichiens et américains, cette «middle-life crisis» éclatait à 40 ans en 2010, plutôt vers 42 ans en 2015 et se fera ressentir autour de 50 ans en 2050. Certes. Comment comprendre cette évolution? D’abord, par les progrès de la médecine et l’amélioration des conditions de vie, relève Cornelia Hummel. Elle précise: «Il est clair que quelqu’un qui a 65 ans aujourd’hui n’aurait pas été dans la même forme dans les années 1950!»

Par ailleurs, ajoute Gianni Haver, ce recul des âges est aussi imputable aux avancées importantes dans «la cosmétique, la chirurgie plastique et les soins corporels, grâce auxquels on peut adoucir les effets du temps. De même, une meilleure prise en charge médicale et une diffusion à large échelle d’informations liées à la ménopause permettent de relativiser le côté catastrophique de cette période comme acte final de la féminité. On sait maintenant que tout ne s’arrête pas avec les règles!» Pour Claudine Attias-Donfut, qui abonde, ce changement de paradigme est aussi lié à des questions d’émancipation: «Les quadras 2017 bénéficient des combats sociaux gagnés par leurs aînées. Elles ne sont plus réduites au rôle de «femme de», peuvent davantage tenir compte de leurs propres besoins et ne sont plus uniquement au service des autres», remarque la chercheuse. Elle poursuit: «Avec l’allongement de l’espérance de vie, on a encore de belles perspectives pour le futur!» Un futur que Gianni Haver voit se dessiner également sur la carte du Tendre: «La non-éternité du couple et de la structure familiale compte dans ce recul de la vieillesse. Avant, on ne se posait pas trop de questions. On se mariait et basta.


Kate Winslet, 41 ans; Sharon Stone, 58 ans; Sophie Marceau, 50 ans.
©Reuters/Neil Hall; Taylor Hill/Getty Images; Reuters/Benoit Tessier

Maintenant, on se quitte, on divorce. Puis on pense à se reconstruire. Pour ce faire, on tient à rester attirant et, du coup, on constate un étirement de la période de séduction!» Et, partant, une prolongation de la soumission à la dictature de l’image? Tout est affaire de personne. Mais Florence Foresti a tranché. L’humoriste de 42 ans, qui fait le point sur sa «mi-vie» dans son nouveau spectacle estime en effet qu’il faut «réhabiliter la féminité et la maturité plutôt que d’essayer à tout prix d’être plus jeune et plus sexy que ce qu’on est.» Reste à prier pour que les fidèles de la déesse Jouvence l’entendent…

Témoignages

Caroline, 43 ans, assistante de direction, Yverdon On fait une montagne de ce passage mais franchement… ça n’a pas été si horrible que ça et je ne peux pas me plaindre. Au contraire. Je préfère celle que je suis aujourd’hui à celle que j’étais à 20 ans. Et cela malgré quelques pattes d’oie et des petites poignées d’amour que j’assume d’ailleurs pleinement. J’aime les bonnes choses et n’en ai pas honte! Aujourd’hui, je me connais, je sais ce qui me fait vraiment du bien et ce que je dois absolument fuir. Je repère les situations toxiques en un quart de seconde, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Le fait de prendre de la bouteille et de l’assurance me permet de dire gentiment non - ce que j’étais incapable de faire auparavant et qui m’a valu un nombre de galères invraisemblable, notamment professionnelles. Bon, si j’écoute mon mari, je ne suis pas encore au top en matière de refus et je me laisse encore trop souvent refiler du travail supplémentaire. Mais on ne se refait pas, du moins pas complètement! Ce que je serai à 50 ans? On verra bien… j’ai encore le temps d’y penser!

Béatrice, 46 ans, blogueuse, Paris Je me suis lancée dans Les Chroniques d’une Fashion Quadra voilà quatre ans. A l’époque, je cherchais des blogs mode et beauté pour les femmes de 40 ans mais ce que je trouvais ne me correspondait pas. Aujourd’hui, j’ai de nombreux échanges avec mes abonnées - qui ont majoritairement entre 40 et + 50 ans. Ce sont des femmes comme moi, qui se posent des tas de questions. Le point commun entre nous? Une espèce d’apaisement, une forme de sagesse que je ne vivais pas à 30 ans car j’étais prise dans un tourbillon: trois enfants en bas âge, les courses, le ménage, les activités sportives, l’école… J’étais constamment dans l’urgence, à toujours tout programmer. Je ne vivais que pour eux et je passais à côté de moi. A 37 ans, j’ai finalement quitté une vie bien rangée mais dans laquelle je ne me reconnaissais pas pour me réaliser. J’ai rencontré par la suite mon mari, l’Amour de ma vie, avec lequel j’ai eu un quatrième enfant. Lui en avait déjà deux. Nous sommes donc depuis neuf ans à la tête d’une famille recomposée de 6 garçons! Ce qui a fondamentalement changé, à la quarantaine, c’est ma perception des choses et l’importance que je leur donne ou pas. Nos parents vieillissent et cela nous renvoie à notre âge… au fait qu’on n’est finalement pas trop vieux pour faire des projets! Plus réfléchie, je sais profiter de l’instant présent et suis détachée de ce que les autres pensent de moi, ce qui était impossible avant, car j’étais dans le paraître. Je m’assume maintenant avec mes qualités et mes défauts et je suis bien mieux dans ma peau. En résumé, 40 ans et +, c’est un peu l’adolescence avec l’expérience de l’adulte, bref l’âge rêvé pour tenter des projets et être enfin soi!

Je suis une Femme Femina

Le choix de Romaine Jean Suite de notre série d’articles dans le cadre de l’opération #JeSuisuneFemmeFemina. Aujourd’hui, la suggestion de Romaine Jean, journaliste et rédactrice en chef de la rédaction Société de la RTS.

La dictature de l’apparence a ses codes et ils sont stricts. Mieux vaut être beau, jeune et si possible bien né, dans ce monde-là. Vieillir n’est pas de mise et les victimes du régime sont nombreuses.

Même le champ politique n’échappe pas à la loi du paraître. Le destin du président Hollande aurait-il eu la fin que l’on sait, s’il avait eu le physique d’Obama? Et ce dernier quitterait-il la Maison-Blanche sous les ovations, s’il n’avait soigneusement orchestré son image. La communication plutôt que le message.

Les règles de la société de l’apparence sont strictes, sauf que chacun peut choisir de s’y conformer. Ou pas!

Qu’est-ce qui rend les gens heureux? La fameuse étude de Harvard, qui liste les conditions du bonheur, tourne en boucle sur les réseaux sociaux. Ce n’est ni l’argent, indique-t-elle, ni la gloire, ni la beauté mais bien les relations humaines harmonieuses. Et la constance des valeurs. Isabelle Huppert vient de mettre Hollywood à ses pieds, à force de talent, de travail et de respect de son art. Charlotte Rampling sublime la scène dans ses «Danses Nocturnes», face à un public qu’elle honore. Tous les jours, des femmes et des hommes, anonymes, rayonnent au service d’une cause.

La dictature de l’apparence n’a finalement que les apparences de la dictature. A chacun de choisir son maître.

Quelques titres pour aller plus loin

«La société du paraître Les beaux, les jeunes… et les autres», Jean-François Amadieu, Ed. Odile Jacob, 2016. Un essai passionnant consacré à la tyrannie des apparences.

«Bien dans mon âge, tout commence à 60 ans», Roselyne Bachelot, Flammarion, 2016. Avec son bagout et son franc-parler habituel, l’ancienne ministre française de la Santé livre ses petits secrets bien-être.

«40 c’est le nouveau 30 - L’âge de se faire plaisir», Julia Vignali et Olivia Karam, Flammarion, 2016. La journaliste, notamment connue pour avoir animé l’émission «Les Maternelles», sur France 5, analyse le phénomène du recul de l’âge en compagnie de spécialistes.

«Au secours! J’ai 40 ans (depuis 4 ans)», Gaëlle Renard, Ed. Charleston, 2015. Entre roman et journal intime, une exploration délicieuse et pleine d’humour de la galaxie 40 +…


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