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Challenges minceur: à la source du phénomène

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© Instagram Emrata

Si vous suivez un minimum ce qui se passe sur les réseaux sociaux, vous êtes au courant que, depuis quelques années, la mode est au «challenge». Si certains ne sont pas trop dangereux (et encore) comme les défis sportifs qui vous promettent les fesses de Beyoncé et les abdominaux de Gigi Hadid en 1 mois, il y en a d’autres qui sont préoccupants.

On a récemment eu droit au challenge de la feuille A4, dont le buste ne devait pas dépasser; le «collarbone challenge» dont le but était de faire tenir un maximum de pièces de monnaie dans le creux des clavicules; le «belly button challenge» soit réussir à toucher son nombril en passant un bras derrière le dos; plus ancien, le «tigh gap» qui consistait à avoir un maximum d’espace entre les cuisses ou «l’iPhone 6 challenge», le défi de celles qui font disparaître leurs genoux derrière un smartphone.

Une photo publiée par Maggie JM (@maggie_jmr) le

Aujourd’hui, il y a l’«ab-crack» qui veut qu'une fente abdominale soit dessinée de la poitrine au nombril. En vérité, ce hashtag existe depuis 2014, mais récemment il a été relancé par la photo d’un mannequin: Emily Ratajkowski.

Interloquées par ces pratiques, nous avons décidé de demander l’avis d’un expert en la question. Gianni Haver, professeur de sociologie de l’image et d’histoire des médias à l’Université de Lausanne, nous éclaire sur le phénomène.

FEMINA Pourquoi ces challenges lancés par des inconnues sont autant suivis et reproduits, alors qu’auparavant les adolescentes se référaient plutôt aux célébrités?
Gianni Haver
Sur la Toile, la logique c’est la reconnaissance par des lieux d’intérêts communs, pas comme une rencontre dans la rue. Le fonctionnement de ces défis s’apparente à une forme de rumeur: le début n’est pas forcément connu, mais suit un effet boule de neige qui crée le buzz. La reconnaissance ne vient pas d'une personne en particulier, mais du nombre de clics ou de «followers» que l'on parvient à générer.

A votre avis, quand le phénomène a-t-il commencé à se développer?
L’idée de défi, de flirt avec l’impossible, est apparue bien longtemps avant Internet. Je pense, par exemple, aux rites de passage de l’adolescence vers l’âge adulte.

Comme nous vivons dans une société de sécurité, les jeunes mettent en scène des situations de prise de risques. De ce fait, la Toile - sur laquelle on sociabilise plus que dans la rue – va légitimer ces défis et donner des moyens de se comparer. Le nombre de clics est une forme de validation.

Une photo publiée par AbCrack (@_abcrack) le

Pour ce qui est de l’historique Internet, cela n’a pas pu commencer avant le Web 2.0 car on ne parlait pas de «réseaux sociaux» auparavant; mais dès le début de cette nouvelle plateforme, les premiers défis sont apparus.

Pensez aussi à l’arrivée de la caméra pour Monsieur-Tout-le-monde. Dans les années 90, les gens se filmaient en sautant de leur toit, ce qui faisait la joie des programmes TV. C’est de l’exhibitionnisme façon prise de risque: cela nécessite un public pour être validé, et Internet amplifie cet effet.


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L’idéal du corps féminin évolue-t-il? Si oui, vers quel modèle?
Concernant les «défis minceur», on a moins affaire à un désir de montrer une prise de risque qu’à un besoin de correspondre à un idéal, souvent proche de l’anorexie. Actuellement, il y a une contradiction entre un idéal de grande minceur et un autre de formes inatteignables.

Il me semble quand même que depuis les années 1970, on est resté dans une idée de minceur associée au «bien-être». Le fait est que cette période correspond à une «non-pénurie alimentaire» contrairement à jadis, ce qui a donné lieu à une volonté de contrôle.

C’est tellement ancré dans les mentalités que les mouvements qui tentent d’en sortir peuvent être considérés comme des «subcultures» (glamourisation de la femme sportive, bodybuildeuses, femmes rondes). Ces modèles de pensée concurrents sont balayés. Pourquoi? Parce que nous sommes sociabilisés à être attirés par un certain type de beauté.

Il faut aussi ajouter que cette notion de «bien-être», qui nous vient des Trente Glorieuses, a vu lui succéder une logique de l’effort: le bien-être pour être un «winner» et pas un «looser». L’industrie cosmétique par exemple vous dit «faites-vous du bien»; mais pour avoir accès à ces soins, il faut travailler.

Dans l’univers de l’apparence, on retrouve ça: il faut accroitre le capital beauté comme on accroit son C.V.

On connaît un peu la réponse, mais tout le monde peut-il atteindre les résultats dont il rêve?
(Rires) Bien sûr que non, je dirais même qu’ils ne sont atteignables que par un très petit nombre. Le problème, c’est qu’il y a toujours énormément de retouches partout, une forme de virtualisation du corps de la femme via Photoshop.

Si l’idéal absolu peut faire fantasmer, heureusement, la plupart des gens font la différence entre ça et la réalité. Mais il est aussi vrai que quelqu’un qui se rapproche de cet idéal s’en sortira mieux dans la vie.

Que diriez-vous à une adolescente confrontée à toutes ces images, à tous ces «défis»?
Je n’ai pas d’enfant, mais je dirais que les adolescents ont besoin de ce genre de chose. La bonne posture d’un parent ne doit pas être le rejet complet, car au fond c’est notre génération qui a mis en place le système de valeurs actuel.

Il est dur de trancher entre «c’est bien» et «c’est mal». Bien sûr que ce n’est pas bon, mais ça fait partie du monde adolescent. Après… certaines personnes restent coincées dans cet univers. Ce peut être dangereux, il faut alors intervenir.

Un dernier mot pour conclure?
Ces challenges sont le reflet de la société dans laquelle on vit: on est en plein dans une logique de défi, de compétition légitimée par Internet.

Il y a 50 ans, une Chinoise et une Scandinave n’avaient pas les mêmes préoccupations. Aujourd’hui, elles sont ensemble derrière leur feuille A4...

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