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J’ai surmonté un accouchement traumatique

Femina 18 Temoin Accouchement Difficile

Dans mon corps, je sentais comme un élastique tendu à son maximum.

© Joëlle Neuenschwander

Depuis toute jeune, je m’imaginais avoir deux petits. Je me disais que deux enfants c’est toujours mieux qu’un seul, pour qu’ils puissent jouer ensemble.

Une semaine après ma rencontre avec Yves, nous parlions déjà de mariage. Pour nous deux, c’était une évidence. Peu après notre union, je suis tombée enceinte. Ma grossesse s’est bien déroulée. Comme toutes les futures mamans, j’allais vers l’inconnu et me posais des questions. Mais l’accouchement, je ne l’appréhendais pas particulièrement. Au bénéfice d’une formation en naturopathie, mon souhait était d’accoucher le plus naturellement possible, par voie basse et sans péridurale.

Lorsque le jour J est arrivé, Yves et moi sommes allés à l’hôpital. Les heures passaient, les contractions s’intensifiaient mais mon col de l’utérus ne se dilatait pas assez. Pour calmer mes douleurs, le personnel médical m’a injecté de puissants médicaments. Je me suis sentie encore plus mal, j’ai vomi. Puis ce fut la péridurale. Un très léger soulagement. Je voyais les médecins et les assistants défiler… Le temps commençait à presser, le bébé manquant toujours plus de liquide amniotique. La césarienne devenait une urgence. Le stress m’envahissait. Transportée en salle d’opération, on m’a ouvert le ventre. Je sentais sans vraiment sentir ce qui se passait. J’étais là sans être là. Mon ventre bougeait dans tous les sens, on «farfouillait» dedans. Puis la sage-femme nous a présenté notre bébé. Jade est née le 14 août 2013, en pleine santé. Mes souvenirs sont embués… Je dois l’avoir vue une ou deux minutes seulement.

Un vent de panique en salle d’opération

Tout s’est alors précipité. Yves a été brusquement éjecté de la salle d’opération. Je pleurais, je comprenais que c’était grave. On m’a endormie. Puis, plus rien. Et je l’ai vue, cette fameuse lumière au bout du tunnel. J’étais bien, au chaud, dans l’endroit le plus douillet au monde… J’étais attirée par elle. Mais non! Je ne pouvais pas. Je venais de mettre au monde ma fille, elle aurait besoin de moi. Je me suis véritablement battue pour rebrousser chemin. Lorsque je suis revenue à moi en salle de réveil, j’avais soif et j’étais dans les choux. Mon mari était à mes côtés, avec Jade qui pleurait. Et moi, je riais comme si j’étais ivre. Les médecins m’ont alors expliqué que ma matrice ne s’était pas rétractée comme cela aurait dû être le cas après un accouchement. J’avais perdu près de deux litres de sang. Ils avaient dû sortir mon utérus pour le «ficeler» et le réintroduire dans mon corps. Mon mari, qui avait assisté à la scène hors de la salle, avait cru que j’étais morte.

J’ai ensuite passé deux semaines à l’hôpital. Malgré les médicaments, je souffrais dans le bas du dos. Je ne pouvais pas m’occuper seule de ma fille. Quand elle avait faim, je devais appeler les infirmières. Je ne pouvais ni la changer ni lui donner son bain. Je me sentais démunie et vivais ce séjour à l’hôpital comme une peine de prison. Le jour programmé de ma sortie, un médecin m’a annoncé que je souffrais d’une infection… Pour trouver d’où cela provenait, je devais me soumettre à des tests. Le sol s’est effondré sous mes pieds. Je refusais de rester. Je n’en pouvais plus, je devenais folle. Après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, je me suis raisonnée. Radios, scanners, échographies, examens en urologie, tout y est passé. Le problème se situait au niveau d’un rein. Un hématome s’était formé – peut-être pendant mon opération en urgence – et il comprimait mon uretère. Alors que je pensais devoir seulement passer un examen, j’ai subi une nouvelle intervention. Quel choc! Peu de temps après, nous avons enfin pu rentrer les trois à la maison.

Accepter un corps cabossé

Les mois passèrent. J’avais toujours mal au bas-ventre. Je m’occupais de ma fille sans me plaindre, je devais être une bonne mère. Tel un robot, j’étais en mode «survie». Après un an, j’ai décidé de consulter. On m’a envoyée chez une spécialiste des accouchements traumatiques. Une heure d’entretien pour qu’au final elle me prescrive des antidépresseurs. Je ne les ai jamais pris. Je savais que mon mal était bien physique et non psychosomatique. Dans mon corps, je sentais comme un élastique tendu à son maximum. Mon gynécologue m’a alors proposé d’aller voir dans mon ventre à l’aide d’une caméra s’il y avait des adhérences et, cas échéant, de les brûler. Confiante, j’ai accepté. Suite à cette intervention, il m’a révélé n’avoir jamais vu autant de tissus «collés».

J’étais à la fois en colère d’avoir dû tant attendre et soulagée d’avoir enfin une explication. Malheureusement, ma joie a été de courte durée. Les maux sont réapparus et sont, aujourd’hui encore, bien présents. Soit toutes les adhérences n’ont pas été brûlées, soit celles-ci se sont reformées. J’ai pris conscience que je devais accepter ces douleurs. J’avais un corps avant d’avoir ma petite. J’en ai un autre depuis. Il est un peu cassé, mais c’est toujours le mien. J’apprends à vivre avec. Avant, je me focalisais sur les récits d’accouchements «normaux». Je jalousais les mamans pour qui «tout allait bien». Je me sentais seule. Et je culpabilisais.

A cause de ma souffrance, je pensais ne pas bien m’occuper de ma fille. J’ai rencontré une puéricultrice extraordinaire qui m’a fait réaliser que toutes les mères ont des difficultés, qu’elles aussi se sentent parfois perdues. Pour Jade, je suis la meilleure des mamans. Pour moi, Jade est la fille parfaite. Elle ressentait que quelque chose n’allait pas. Lors des rendez-vous médicaux, elle restait calme. Lorsque je subissais des examens, elle ne réclamait pas à manger avant que je sois disponible. Trois ans après mon accouchement, j’ai retrouvé l’envie d’avoir un autre enfant. Je sentais que mon mari, lui, avait peur. Nous en avons beaucoup discuté. Et je suis tombée enceinte. Mes proches ont été surpris. Cette fois, une césarienne a été programmée. Et je suis fière d’avoir dépassé mes peurs pour concrétiser mon rêve d’avoir un deuxième enfant. Ce bébé, c’est ma revanche sur la vie.


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