témoignages

    Un accident de la route m’a redonné le goût de vivre

    Il y a un an, Leïa est sortie indemne d’un grave carambolage. Un «miracle» qui va lui être salutaire. cette jeune trentenaire va perdre 25 kilos et démarrer une nouvelle vie.

    Publié le 
    21 Septembre 2015
     par 
    Jennifer Keller

    L’accident a eu lieu le 10 juin 2014, à 7 h

    Je me rendais à Lausanne pour démarrer une formation dans la promotion. Il faisait beau et j’écoutais de la musique. C’était une belle journée, pleine de promesses. Peut-être les prémices d’une nouvelle vie. Je voulais y croire. J’en avais besoin. Je venais de traverser une série d’épreuves qui m’avaient réduite en miette: à trente ans, j’étais séparée d’un mari violent, sans enfant et sans emploi fixe. Loin, bien loin de la vie que je m’étais imaginée.

    Enfant d’immigrés, j’avais pourtant eu jusqu’à mes 25 ans un parcours sans faille: des études universitaires, un beau poste dans l’enseignement, un mariage. Ma voie était tout tracée. Il aura fallu qu’un de mes élèves vive un drame – dont je ne peux toujours pas parler, secret de fonction oblige - pour que tout bascule. Laissé à lui-même, sans soutien familial, j’ai vu impuissante l’enfant basculer dans la colère et la violence. Révoltée par l’inertie du système social et judiciaire, prenant cette histoire trop à cœur, j’ai sombré dans la dépression. Moi, qui avais toujours été un roc... Mon mari n’a pas supporté et les violences ont commencé. Ca été le cercle vicieux : plus j’allais mal, plus il devenait violent et plus mon état empirait. Dans un ultime sursaut de survie, j’ai arrêté l’enseignement et quitté mon époux pour me réfugier chez ma grand-mère. Un havre de paix, loin de tout, où j’ai pu commencer à panser mes plaies.

    Une année et demie après, j’en étais là, sur cette route qui menait à Lausanne

    Encore fragile, mais de bonne humeur à l’idée des nouvelles perspectives professionnelles qui s’ouvraient à moi. Je me trouvais à hauteur d’Yverdon, quand j’ai vu dans le rétroviseur une voiture arriver à vive allure. J’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas. Comme elle zigzaguait, je me suis rabattue sur la droite pour la laisser passer. Une fois devant moi, elle a ralenti d’un coup. En voulant l’éviter, j’ai embouti le muret qui longe l’autoroute à 120 km/h. Et sans que je comprenne comment, je me suis retrouvée sur la piste de gauche, à contre-sens de la circulation. En vie, mais en mauvaise posture. Heureusement, un autre automobiliste est venu à ma rescousse. Il m’a sortie de l’auto et a attendu à mes côtés que la police arrive. Quant au chauffard, il a poursuivi sa route.

    C’est en voyant l’état de ma voiture que j’ai compris à quoi j’avais échappé. Elle était fracassée. Je n’avais pour ma part qu’une entorse à la nuque ainsi que deux brûlures mineures au bras et à l’épaule causées par l’airbag et la ceinture de sécurité. J’avais eu une chance incroyable! En état de choc, j’étais totalement survoltée. C’est seulement une fois entourée de ma famille que l’adrénaline est retombée et que j’ai pu verser ma «larmichette».

    Je ne m’en suis pas tout de suite rendu compte, mais l’accident a tout changé. Cela faisait des années que j’étais en stand-bye, dans une bulle, loin du monde. Or, j’étais en vie! C’était un signe: il fallait que je sorte de la situation d’échec dans laquelle je me trouvais.

    La formation n’a pas eu lieu

    Mais portée par ce nouvel élan de vie, j’ai postulé un peu partout. Et j’ai été engagée dans le café d’un centre commercial pour faire du service. C’était à mille lieues de ma profession. Je pensais que je détesterais, mais j’ai adoré l’ambiance café, le contact avec les clients… Quand on travaille dans un tel milieu, on est un peu comme un coiffeur, on devient le confident. Ces relations humaines m’ont fait un bien fou. J’ai repris confiance en moi. Je me suis sentie libre et légère. Je recommençais à zéro.

    C’est là que j’ai réalisé que j’avais perdu du poids. Lors de l’accident, je pesais 76 kilos. Je n’en faisais plus que 66. J’ai continué à perdre pour arriver à 50 kilos aujourd’hui, sans régime. L’accident m’a permis en fait de lâcher prise et ça s’est traduit au travers de mon corps.

    Au début, j’ai trouvé cette perte de poids agréable

    Ca correspondait à la nouvelle dynamique de ma vie. Moi qui avais toujours été la petite boulotte rigolote, soudain, je plaisais. Les kilos fondant, le regard des autres a véritablement changé: je n’étais plus juste jolie, mais aussi «comestible» au regard des hommes. Ce nouveau désir, j’ai encore de la peine à le gérer. J’ai toujours la même attitude, souriante et prompte à la plaisanterie. Si avant, ça passait, à présent, c’est parfois interprété comme une invitation. Je dois prendre garde à ne pas me faire passer pour une allumeuse. Gérer ma nouvelle image, sans me dénaturer, c’est un défi de tous les jours.

    Reste que l’année s’est écoulée dans une belle insouciance. J’ai recommencé à sortir. A m’amuser. A vivre au jour le jour. Et puis, comme si la vie me poussait à passer à une autre étape, le café a fermé. J’ai enchaîné avec un poste de responsable de vente dans une boutique de prêt-à-porter, un travail qui me permet de bien séparer ma vie privée de ma vie professionnelle. Et c’est précieux. Mais le monde de la mode est trop superficiel pour moi. Je sens que j’ai besoin d’autre chose. J’ai à nouveau envie de lever le nez et d’avoir des projets. Moi qui croyais avoir fait une croix dessus, je repense à l’enseignement. J’ai parmi mes clientes de nombreuses enseignantes avec qui j’ai tissé de bons contacts et qui m’ont dit – hasard de la vie? - que les écoles cherchaient du monde. Cela fait son petit bonhomme de chemin. Je pense notamment à l’enseignement spécialisé. S’il faut s’impliquer, autant bien le faire. Et puis, dans ce cadre-là, je ne serais pas seule cette fois. On y travaille en équipe, avec des psys et d’autres professionnels.

    Côté amour, j’ai rencontré un homme avec qui j’ai entamé une histoire d’égal à égal. C’est la première fois que j’ai une relation équilibrée. Et ça fait du bien. Mais je ne veux rien précipiter. J’ai d’abord envie de quitter le domicile de ma grand-maman. Oui, de prendre mon envol et de trouver un vrai chez moi, pour aller au bout de ma reconstruction personnelle. Seule, mais libre et en paix avec moi-même.

     

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