témoignages

    Je bichonne les jeunes mamans

    Mère de deux enfants, Elisa a créé SuperMamans, un réseau gratuit destiné aux jeunes mères de famille. En offrant des repas, elle donne un coup de pouce bienvenu à la sortie de la maternité.

    Publié le 
    12 Septembre 2016
     par 
    Caroline Stevens

    Lorsque j’ai accouché de ma fille, en janvier 2015, ma mère et ma belle-mère se sont relayées auprès de moi pour m’aider. A mon retour de la maternité, j’ai pu faire des siestes pour récupérer tandis que l’une s’occupait du ménage. J’ai ainsi pu profiter des premiers jours de ma fille tout en étant particulièrement choyée. De temps en temps, des copines passaient à la maison pour me déposer un repas ou faire un brin de causette. Cet environnement réconfortant et aimant m’a fait un bien fou. Je me suis sentie reconnue et valorisée dans mon nouveau rôle de mère, encadrée par des personnes généreuses qui ne comptaient pas leur temps. A vrai dire, j’ai réalisé que j’étais privilégiée et je me suis assez vite demandé comment rendre la pareille.

    Le 31 octobre de la même année (ce jour est à marquer d’une pierre blanche!) j’ai profité de l’absence de ma fille pour regarder l’émission «Les Maternelles» sur France 5. Cela faisait des semaines que je rêvais d’avoir un moment à moi pour me prélasser dans le canapé sans avoir autre chose à faire. Et j’ai n’ai pas été déçue par les sujets du jour. Il était question d’un site internet français, MumAround, qui organisait des échanges entre jeunes mères. L’une des participantes avait lancé un service gratuit de livraison de repas à domicile pour celles qui viennent d’accoucher. J’ai trouvé l’idée absolument géniale et me suis tout de suite dit qu’un système de ce type devrait exister en Suisse. J’ai parcouru internet et les réseaux sociaux, interrogé des amies et j’ai réalisé que d’autres mamans trouvaient l’idée excellente. Ni une ni deux, je me suis lancée dans l’aventure en créant un groupe Facebook, SuperMamans. J’ai assuré les premiers services seule avant d’être rejointe par d’autres. Assez vite, le groupe Facebook est devenu une plateforme d’échange et de partage d’émotions.

    Repas et enthousiasme

    Mon métier de sage-femme m’a rendue sensible aux besoins spécifiques des jeunes mères. Je connaissais les aspects techniques et concrets liés à la grossesse et au post-partum, les procédures et les différentes méthodes d’allaitement. Mais c’est mon expérience personnelle qui m’a pleinement fait prendre conscience du bouleversement que représente l’arrivée d’un bébé au sein d’un foyer. Tout au long de la grossesse, l’entourage est aux petits soins avec la future mère, mais ensuite? Les mamans ont aussi le droit de se faire accompagner et bichonner après la naissance. D’autant plus qu’entre les tâches ménagères, la fatigue de l’accouchement et de l’allaitement, il devient de plus en plus difficile de trouver du temps pour souffler. Enfin, le mythe de la femme sans limites, capable de gérer tous les aspects du quotidien a la dent dure.

    Mon concept est simple: mettre en relation des femmes prêtes à filer un coup de main avec de jeunes mamans prêtes à recevoir de l’aide (ce qui n’est pas toujours facile à accepter pour elles). Qu’il s’agisse d’un premier enfant ou d’une famille nombreuse, le système est le même. Une MamanCadeau apporte un ou plusieurs repas à domicile durant une, deux, voire trois semaines. L’accent est mis sur le fait maison. La livraison peut inclure un moment de discussion ou, si la maman est trop occupée ou fatiguée, un simple échange de paroles sur le seuil de la porte. On fait attention aux allergies autant qu’aux préférences alimentaires. Si quelqu’un dans la famille déteste le fromage ou les champignons, on zappe! Certaines participantes préparent de véritables festins, des menus de plusieurs plats pour des familles entières. L’enthousiasme est définitivement au rendez-vous.

    Partages et expériences

    Depuis la création de SuperMamans, le groupe Facebook a réuni plus de 3500 membres. C’est un succès, même si je sais que pas mal d’amies figurent dans le lot. Un site internet a suivi quelques mois plus tard. J’y présente les mamans de contact, région par région, qui peuvent ainsi être sollicitées par simple mail. La demande peut venir de la future mère ou d’un proche, il n’y a pas de règle. Les mamans de contact s’occupent de relayer l’info et d’approcher l’une de nos MamanCadeau en fonction du lieu et de leur disponibilité. SuperMamans n’est pas destinée à devenir une activité lucrative. C’est avant tout une histoire d’entraide et de gratuité. Toute nouvelle maman mérite d’être entourée de soins délicats et attentifs, quelle que soit sa situation. D’ailleurs, il n’est pas rare que des amitiés se créent durant ces échanges. Les discussions servent souvent de pont vers des sujets plus vastes et concrets, des partages d’expérience qui enrichissent l’une et l’autre. Je suis comblée lorsqu’une MamanCadeau me confie à quel point donner lui a apporté en retour.


    A lire aussi:
    My Travel Dreams: le blog voyage d'une maman globe-trotteuse
    «Mom Hair», le concept qui culpabilise les mères
    «Cela fait seulement 16 heures que je suis une maman, et j'ai échoué»


    A l’heure des échanges virtuels, inventer de nouveaux liens, réels et concrets, est à mes yeux une nécessité. En ce sens, les retours que je reçois de la part des MamanABichonner et des MamanCadeau me donnent raison. Reste qu’organiser tout cela demande du temps et de l’énergie et je dois parfois réfréner mon enthousiasme. Idéalement, j’aimerais parvenir à régler tous les frais fixes (flyers, petites surprises pour les MamanCadeau) grâce à des dons et des soutiens dans un avenir proche. Je suis confiante, vu l’intérêt croissant et les réactions positives que suscite mon projet.

    Les grands-mamans s’y mettent

    En avril, j’ai reçu du renfort: plusieurs mamans se sont spontanément présentées pour offrir leurs services. Du coup, chaque canton a désormais sa MamanCadeau. Désormais, chaque mois, onze femmes sillonnent la Suisse romande pour jouer les anges gardiens auprès d’une quarantaine de jeunes mères. Depuis peu, le concept a été étendu aux grand-mères, qui peuvent elles aussi participer à l’aventure. Je n’imaginais pas que les retraitées actives et généreuses étaient si nombreuses. Le calcul est simple: plus on a de mamans généreuses, plus on peut entourer les autres. Mon rêve ultime serait d’avoir des âmes bienveillantes dans toute la Suisse. Je pense que ça se fera puisque j’ai reçu des messages de Suisse alémanique et du Tessin. J’aimerais pouvoir récompenser ces mamans pour leur engagement par la suite, leur offrir des cadeaux, reconnaître de manière symbolique le travail accompli.

    Il y a quelques mois, j’ai accouché de mon deuxième enfant, un petit garçon. Naturellement, les autres SuperMamans ont voulu me bichonner à cette occasion. Malgré quelques réticences (je me disais que je n’en avais pas réellement besoin) j’ai accepté. Et j’ai compris à quel point se montrer vulnérable lorsqu’on aimerait assurer à 100% est une véritable leçon d’humilité.

    A lire également
    lizbeth marquez canapé migrante
    Lizbeth peine, comme nombre de personnes migrantes qualifiées, à décrocher un emploi.
    O
    Portrait d'Hélène, médium
    Hélène se voit comme intermédiaire avec le monde spirituel.
    O
    Stéphane, ancien acrobate au Cirque du Soleil
    Stéphane a fait partie de la troupe du Cirque du Soleil
    O