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Chanteuse et juriste, ma double vie

VECU E TROILLET 12

«Dans le milieu musical, la concurrence est rude et l’art a une part de subjectivité. Dès lors, j’avais besoin de suivre une voie plus conventionnelle, rassurante. J’ai choisi le droit. J’y voyais une façon d’aider les gens et d’être à leur écoutes.»

© Corinne Sporrer

Piano, danse, théâtre, chant… Depuis petite, j’aimais toucher à tout. Ma sœur, Céline, de trois ans ma cadette, suivait ma voie. De tous les arts, la chanson nous faisait le plus vibrer. On chantait dans le chœur de l’école ou en famille. Puis un jour, en 2003, Céline s’est mise au piano pour composer une musique. Et elle me l’a envoyée. Je ne m’y attendais pas. Jamais on avait discuté de chanter ensemble ou de composer. J’ai trouvé ce qu’elle avait fait génial! Et j’ai écrit les paroles. On tenait notre premier titre: «The Blame». Une fois l’impulsion donnée, nous avons créé une série de chansons. L’aventure Mnémosyne était née. Dans la mythologie grecque, Mnémosyne est la mère des neuf Muses, qui représentent chacune une forme d’art, comme le chant, la poésie, la danse ou la comédie. Nous avions nos compositions mais ne connaissions rien à l’industrie musicale et n’avions jamais joué en public. Florent Bernheim, un ami d’enfance guitariste professionnel, nous a soutenues et a arrangé les morceaux. Dès 2007, nous avons fait nos premiers pas sur les scènes valaisannes avec nos titres et des reprises. Je ne m’attendais pas à ce que la musique vienne occuper une si grande place dans ma vie.

Vers le droit chemin

Dans le milieu, la concurrence est rude et l’art a une part de subjectivité. Dès lors, j’avais besoin de suivre une voie plus conventionnelle, rassurante. J’ai choisi le droit. J’y voyais une façon d’aider les gens et d’être à leur écoute. Je ne lâchais pas pour autant ma passion et chantais en parallèle à mes études.

J’ai obtenu un bachelor en droit à Genève puis un master en droit et criminologie à l’Université de Lausanne. Je suis partie au Canada en 2011 pour un stage au sein de la police montée. A ce moment-là et séparées par plus de 6000 kilomètres, ma sœur et moi préparions, via Skype, la sortie du premier album. Grâce à des fonds d’amis et de mécènes, nous avons autoproduit le disque. «The Blame», un mélange de pop anglaise et de variété française, est sorti en 2012. Les radios et la presse romande nous ont médiatisées. Nous étions ravies de l’accueil reçu.

D’aventures en aventures

Avec Céline, nos voix se complètent et s’harmonisent. Ma sœur a une intonation grave, bien nourrie, puissante. Par son côté velouté, elle dégage de la douceur. J’ai une voix aérienne, aiguë, avec de la sensibilité. Je me sens particulièrement à l’aise dans l’écriture, mais nous sommes polyvalentes. Parfois, j’écris les textes et elle compose. D’autres fois, c’est le contraire. Souvent, ce que je compose ou écris, Céline le chante mieux que moi. Et inversement. A croire qu’inconsciemment, on crée pour l’autre. Alors qu’on travaillait sur notre second opus, une amie nous a présenté deux musiciens de la chanteuse Maurane. Le feeling est tout de suite passé et ils nous ont proposé d’enregistrer l’album au Studio ICP, à Bruxelles. Cet endroit a vu défiler les plus grands: Aznavour, Bashung, Lady Gaga ou Pharrell Williams. C’était un rêve éveillé.

La rencontre rêvée

Entre-temps, nous avons eu la chance de rencontrer Michael Jones, guitariste de renom et ami de Jean-Jacques Goldman, après l’un de ses concerts. Ma sœur lui a donné notre premier CD pour avoir son avis. Une semaine plus tard, le chanteur nous appelait. Il avait apprécié notre univers musical et souhaitait travailler avec nous sur le deuxième album. Nous n’en revenions pas! Michael nous a aidées à peaufiner les textes en anglais jusqu’à en coécrire certains. Il a aussi apposé une ligne de guitare sur une chanson. A Bruxelles, nous avons enregistré l’album en cinq jours dans une ambiance conviviale. Mais le rêve ne s’est pas arrêté là. Nous avons masterisé le disque à Abbey Road, le studio des Beatles, à Londres. Le mastering c’est comme mettre une couche de vernis pour que les chansons passent bien en radio. Je me revois avec Céline nous prendre en photo devant le studio – un employé est venu nous dire que c’était interdit aux touristes. Pour nous, être là-bas, c’était fou! L’essentiel de mes vacances était alors consacré à préparer l’album. Ma sœur aussi a choisi la voie juridique et nous étions toutes deux en stage d’avocat à cette période. Tout gérer a été un challenge.

Le deuxième album, «Le lien», sorti en 2016, nous a ouvert de nombreuses portes comme le Montreux Jazz Festival, la soirée blanche à Saint-Tropez ou l’ambassade suisse à Rome. Nous avons aussi eu l’honneur d’assurer les chœurs de Phil Collins et, en décembre, nous avons chanté pour le Téléthon.

Au bout de mes rêves

Quand je chante, j’ai un peu le trac, mais le partage avec le public me nourrit. La voix est l’empreinte de l’âme. Toutes les émotions se transmettent par elle. On ne peut pas tricher. Quand on se met à nu devant les gens, il n’y a plus de barrières. Au niveau juridique, la musique m’a aidée à gagner en assurance pour aller plaider ou avancer un point de vue. Je ne ressens pas de frustration de ne pas faire que de la musique. Tant qu’on peut continuer, on ira le plus loin possible avec Céline. Si l’aventure musicale s’arrêtait demain, ce ne serait pas dramatique car nous avons amassé de si belles expériences.

Ce que nous avons vécu a été incroyable et jamais on ne nous l’enlèvera! Les souvenirs, les émotions, les voyages ou encore les amitiés tissées… je n’aurais pu vivre tout ça avec personne d’autre que ma sœur. Nous avons fait la rencontre de magnifiques personnes, comme dernièrement le producteur américain de Shakira. Nous travaillons actuellement avec lui et un talentueux producteur parisien sur notre prochain disque. A Los Angeles, nous avons déjà enregistré quelques titres qui diffèrent un peu par leur style de ce que nous avons proposé jusqu’à maintenant. Via les réseaux sociaux, les gens pourront bientôt découvrir notre nouveau son. Lorsqu’on sort une chanson, c’est comme si on dévoilait une nouvelle partie de soi… J’appréhende et j’ai hâte à la fois.


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