témoignages

    La danse guide mes pas

    Garance se passionne très jeune pour la danse. Perfectionniste, elle y voit un monde à explorer dans lequel la progression et la découverte sont infinies. Devenue danseuse professionnelle, elle vit son rêve à l’américaine.

    Publié le 
    30 Octobre 2017
     par 
    Valeria Aloise

    Une étincelle. Un coup de foudre. Une révélation. Lorsque j’ai découvert la danse contemporaine, j’ai su que je voulais en faire mon métier. A 15 ans, j’avais une dizaine d’années de danse à mon actif. Hip-hop, moderne, jazz… pour devenir danseuse professionnelle, il fallait passer par la danse classique. Et j’avais du retard.

    Les danseuses classiques commencent toutes petites. Cette discipline ne m’avait jamais attirée. Je lui trouvais un côté trop formel et essentiellement axé sur l’esthétisme. Je m’imaginais enfermée dans une cage sans pouvoir exprimer ma personnalité. Mais il fallait que je me lance. J’ai travaillé dur. Je dormais peu. J’allais à l’école la journée et dansais le soir, les week-ends. Après mon bac, j’ai auditionné dans des écoles à l’étranger pour intégrer un bachelor en danse. Plusieurs m’ont acceptée.

    La guerrière

    J’avais eu un vrai coup de cœur pour une école à Leeds et je n’ai pas hésité à la choisir! J’étais prête à quitter Neuchâtel, ma famille et mes amis. Je devais le faire car en Suisse je n’avais pas les outils pour décoller. Avant de partir, j’ai teint mes cheveux blonds en brun. J’avais besoin de marquer physiquement ce nouveau chapitre de ma vie. Les premiers temps, je pensais beaucoup à mes proches restés en Suisse. Puis, Leeds est devenu mon chez-moi. Les cours de danse quotidiens m’ont permis de faire des liens entre le classique et les autres styles de danse. J’ai saisi tout ce que la danse classique pouvait m’apporter et comment l’utiliser dans le contemporain.

    Mes camarades de classe m’appelaient «the warrior» – la guerrière – car je ne m’arrêtais jamais. Je voulais constamment repousser mes limites et faire mieux. Cela m’a joué des tours. En fin de deuxième année, j’étais à mon top niveau. Durant les vacances d’été, je suis allée à Londres pour faire des stages et développer mon réseau. Je ne me suis pas du tout reposée. J’ai été victime d’une fracture de fatigue à la cheville, à quelques semaines de la reprise des cours.

    L'échec

    Comme il n’y a pas eu de choc, je n’avais pas réalisé que ma cheville était cassée. Je suis rentrée en Suisse passer des examens médicaux et quand le verdict est tombé, ça a été un drame! Loin de me laisser abattre, j’ai décidé de retourner en Angleterre. En béquilles, je ne pouvais pas danser. J’ai senti mon corps changer. Mon esprit pensait «danse». Mon physique, lui, ne suivait pas. J’ai dû me résigner à rentrer à Neuchâtel à Noël et à y rester jusqu’à la rentrée suivante.

    J’ai vécu cette période comme un échec, consciente qu’en Suisse j’étais bloquée dans mon développement professionnel. Même si j’avais parfois l’impression que tout était fini, je n’ai jamais rien lâché. Faire comprendre à mon entourage ma frustration et toutes les conséquences de ma blessure a été difficile. Mais ma passion m’a toujours aidée à surpasser les obstacles sur mon parcours. J’ai fait de la rééducation et persévéré pour retrouver la forme.

    Force et souplesse

    De retour à Leeds pour ma dernière année, je n’étais plus celle d’avant ma fracture. Artistiquement, cette blessure m’a fait gagner en maturité et devenir une meilleure danseuse. J’ai appris à lâcher prise pour pouvoir avancer. La danse est un mélange entre puissante détermination et totale vulnérabilité, comme un café corsé avec une goutte de lait frais.

    Après avoir obtenu mon bachelor «avec félicitations», je me suis envolée pour New York. L’atmosphère me plaisait. Elle pousse les gens à se dépasser et à chercher le meilleur d’eux-mêmes. Cette ville me ressemble! Le métier de danseur est très instable. On virevolte d’opportunité en opportunité avec autant de souplesse que possible.

    Le métier de danseur est infini dans l'exploration et la découverte de l’autre comme de soi

    Repérée lors d’une audition, j’ai intégré une compagnie de danse reconnue appelée Amalgamate Dance Company. Je travaille aussi avec une chorégraphe pour des représentations qui se tiendront à New York. Je ne m’arrête presque jamais.

    Je prends part à une série d’autres projets artistiques et me suis également formée à la méthode Pilates pour pouvoir l’enseigner. Je me suis reconnue dans cette discipline qui – tout comme la danse – allie force et souplesse. Aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir aider les autres en partageant mes connaissances du corps et de l’esprit. Ce sont des éléments essentiels que je dois moi-même constamment entretenir dans ma vie de danseuse.

    Ressentir les autres

    L’apprentissage du danseur se rapproche d’une école de la vie. La danse est une discipline dans laquelle l’interaction avec les autres est primordiale: savoir travailler avec d’autres corps, se comprendre, ressentir des émotions… sans se parler. Souvent, lorsque je dis que je suis danseuse, les gens ont l’image de la ballerine. Mais le métier de danseur a tellement de facettes! Il est infini dans l’exploration et la découverte de l’autre comme de soi.

    Bien sûr, c’est une profession exigeante. La recherche de la perfection peut nous jouer des tours et nous déshumaniser. C’est pourtant notre côté humain qui fait de nous de meilleurs artistes. Il existera toujours un danseur avec une plus belle ligne ou exécutant de meilleurs sauts. L’objectif n’est pas d’être le meilleur mais plutôt de se développer perpétuellement à travers la danse. Mon corps est mon instrument de travail. Je dois en prendre soin, avoir une bonne hygiène de vie et être bien dans ma tête. Impossible de monter sur scène et s’exposer si l’on n’est pas en phase avec soi-même.

    Je dois sans cesse trouver l’équilibre entre travail, entraînement, grain de folie, vie normale d’une jeune femme de 27 ans. Ma famille m’a parfois vue souffrir et douter. J’ai eu beaucoup de chance, mes parents m’ont en tout temps soutenue. Tous deux sont restaurateurs d’art. Mon père aurait voulu être peintre mais mon grand-père l’a poussé à avoir un métier sérieux. Il n’a pas voulu reproduire ce schéma et m’a laissé vivre mes rêves. Même lorsque j’ai traversé des périodes difficiles, mes proches ont eu la force de m’encourager. Ils m’ont poussée vers ce qui me rend heureuse, même si cela signifie être loin d’eux. Ils m’ont comprise. Là où il y a la danse, il y a ma maison.


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