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Grève du 14 juin: Un an après, la bataille continue!

14 juin la greve continue feminisme

«La mobilisation a été un succès, mais les résultats politiques sont décevants pour l’instant. La pression de la rue reste indispensable pour forcer la main à une majorité peu pressée d’atteindre l’égalité.» - Léonore Porchet, conseillère nationale (Les Verts)

© Jean-Christophe Bott / Keystone

Il y a exactement une année, les rues helvétiques s’emplissaient de violet. Elles tremblaient sous le passage de plus de 500 000 femmes, toutes générations confondues, rassemblées dans un seul et même but, excédées par les mêmes injustices. Chantées dans la foule et inscrites sur les pancartes, leurs revendications étaient claires: arrêt des violences sexistes, valorisation du travail domestique, égalité salariale et des genres. Toutes se souviendront de cette grève qui, à l’instar de celle de 1991, a sonné l’heure du changement et fait résonner la colère des femmes. Comme un galet lancé dans une eau stagnante, on s’attendait à ce qu’il crée des vagues grandissantes, qu’il rompe les digues.

Et c’était vraiment bien parti: en octobre 2019, quelques mois après la manifestation, les élections fédérales ouvraient 84 des 200 sièges du Conseil national à des élues féminines. Jamais il n’avait été si près de la parité. Notons également la validation d’un congé paternité de deux semaines, approuvé par le Parlement en septembre 2019. Ces étincelles de victoire laissaient à espérer d’autres changements concrets, rapidement. Pourtant, une année plus tard, alors que les autocollants violets parsèment encore les rues et les sacs à dos, le bilan est plutôt maigre. Force est de constater par ailleurs que le nouveau coronavirus se moque bien de ralentir davantage une progression déjà timide, alors que le travail effectué majoritairement par des femmes, que ce soit dans les hôpitaux ou derrière les caisses, est fortement mis en lumière.

© Valentin Flauraud / Keystone

De l’espoir dans la déception

Or, ce n’est pas le moment de baisser les bras, ainsi que le souligne la conseillère nationale vaudoise Léonore Porchet (Les Verts):

«La mobilisation a été un succès, mais les résultats politiques sont décevants pour l’instant. La pression de la rue reste indispensable pour forcer la main à une majorité peu pressée d’atteindre l’égalité.»

Même son de cloche pour Caroline Dayer, docteure et chercheuse, spécialiste des questions de genre: «La vague violette du 14 juin 2019 a marqué les mémoires. Elle a permis de visibiliser les enjeux relatifs à l’égalité et au sexisme, de faire des rappels factuels de la situation en Suisse et de susciter des prises de conscience.»

Cinq femmes pour lesquelles cette volonté est une évidence nous détaillent le chemin qu’elles entendent prendre pour inscrire, enfin, l’égalité dans les faits.

Léonore porchet, conseillère nationale (les verts)

«Nous sommes unies dans cette lutte»

Quel objectif féministe vous tient particulièrement à cœur?
Mettre fin aux violences de genre, du harcèlement de rue au viol. Il s’agit d’une question encore plus urgente dans le contexte actuel, car on a constaté dans le monde entier une augmentation drastique des violences domestiques, notamment durant le confinement.

Deux autres objectifs essentiels?

L’éducation à l’égalité. Il faut permettre aux filles et aux garçons de prendre conscience des mécanismes sexistes dans lesquels ils évoluent pour éviter qu’ils ne renforcent certains comportements. Je citerais aussi l’égalité salariale et la revalorisation des emplois principalement occupés par des femmes, mal payés et mal traités.

Quand s’est consolidée votre vision du féminisme?

Quand j’ai réalisé, jeune, que les injustices dont j’étais la cible ou témoin ne concernaient pas seulement les femmes qui m’entouraient, mais toutes les femmes. Cette expérience collective des inégalités inspire une forme de combativité et de sororité.

Une pensée qui vous motive?

Jusqu’à présent, tous les droits des femmes ont été arrachés de haute lutte. C’est ainsi qu’on les obtient, en continuant à nous battre! Le chemin est long, mais on ne fait qu’avancer.

© Odile Meylan / 24Heures

Lucie Heuwekemeijer, créatrice de @harcelementlausanne

«Il est temps que ça Change»

Quel objectif féministe vous tient particulièrement à cœur?
Que les filles aient enfin accès à l’éducation, partout dans le monde. Et qu’elles n’acquièrent pas uniquement des connaissances basiques, mais puissent aussi suivre une formation par la suite.

Deux autres objectifs essentiels?

Le harcèlement de rue, car c’est un problème que je vis au quotidien. En Suisse, ce genre de comportement reste difficilement punissable, car il ne relève pas du pénal: la loi le classe dans la catégorie des «dérangements», cela doit changer. Je citerais aussi le mariage pour tous et toutes, car il confronte l’image de la famille patriarcale.

Comment s’est consolidée votre action féministe?

Etudiante, je m’enlaidissais exprès avant de me rendre au travail, le soir, afin d’éviter les commentaires des hommes dans la rue, mais ça ne changeait rien. Excédée, j’ai décidé d’agir en créant un compte Instagram, ainsi qu’une association, qui dénoncent le problème.

Une pensée qui vous motive?

La phrase criée le 14 juin 2019: «Transformons notre peur en rage, notre rage en force et notre force en lutte.»

© Lucie Heuwekemeijer

Ursula gaillard, traductrice et auteure

«Le partage des tâches et des préoccupations reste essentiel»

Quel objectif féministe vous tient particulièrement à cœur?
La pandémie nous a montré qu’il était urgent de valoriser les tâches essentielles à la vie, telles que les soins et l’éducation. Ce sont des secteurs qui restent majoritairement en mains féminines. En Suisse, il faudrait injecter dans le secteur public une somme équivalente à celle qui a été versée pour sauver l’économie. Avec un fonds pour garantir la rémunération des employées domestiques, qui peinent actuellement à joindre les deux bouts.

Deux autres objectifs essentiels?

Le partage des tâches et des préoccupations reste très important, car le souci des enfants, des malades et des personnes âgées continue à incomber surtout aux femmes, en plus des tâches ménagères. Dans ce sens, il faudrait instaurer un congé parental conséquent et obligatoire, aussi pour les hommes. Autrement, je suis très sensible à la conservation des archives de Marthe Gosteli, fondées en 1982. Il s’agit d’un trésor indispensable pour connaître l’histoire des femmes en Suisse, dont la préservation doit absolument être financée par les pouvoirs publics.

Comment s’est consolidée votre action féministe?

Comme je travaillais en tant qu’indépendante durant la grève de 1991, j’ai souhaité participer à ma façon en publiant un album consacré à cet événement. (Mieux qu’un rêve, une grève! Ed. d’en bas, 1991)

© Patrick Martin / 24Heures

Caroline Dayer, docteure et chercheuse, formatrice et consultante

«Il faut transformer les discours en actes»

Quel objectif féministe vous tient particulièrement à cœur?
Celui de poursuivre le long chemin qui consiste à passer de l’égalité formelle à l’égalité réelle, à transformer les discours en actes. Cela peut paraître bateau, mais tant que des personnes restent à quai en raison des inégalités sexistes, le cap demande à être maintenu. L’égalité dans les faits, c’est la coque du navire.

Deux autres objectifs essentiels?

La prévention et la réduction des violences sexistes et sexuelles. Et également la prise en compte de l’articulation des discriminations telles que le sexisme, la lesbophobie, la transphobie, le racisme, le classicisme, le validisme. Il s’agit de défier ces rapports de pouvoir et d’invisibilisation pour renforcer la solidarité.

Comment s’est consolidée votre vision du féminisme?

Je me souviens, dans mon enfance et mon adolescence, avoir constaté et vécu différentes formes de sexisme, sans avoir les outils pour les nommer. J’ai découvert les féminismes en cherchant des réponses au sexisme et aux injustices qu’il (re)produit. J’ai réalisé que sans de tels combats, j’aurais pu naître sans avoir le droit de vote par exemple.

Une pensée qui vous motive?

Je propose trois regards: un dans le rétroviseur, pour rendre hommage aux
pionnières; un dans les jumelles, pour sourire à celles qui arrivent et, finalement, un dans le miroir, pour se faire un clin d’œil à soi-même.

© Caroline Dayer

Manon Gay-Crosier, porte-parole du Collectif Femmes* Valais

«Nous ferons entendre notre voix»

Quel objectif féministe vous tient particulièrement à cœur?
Il y en a énormément, mais je voudrais que les femmes reçoivent des rentes équitables. J’étudie la médecine et lors d’un stage effectué chez un généraliste, j’ai constaté la précarité dans laquelle vivaient certaines retraitées. Femmes au foyer ou employées dans l’entreprise de leur mari, elles ont travaillé toute leur vie, mais se retrouvent avec des rentes misérables qui entravent leur accès aux soins.

Deux autres objectifs essentiels?

La fin des violences sexistes, avec une adaptation du système pour mieux soutenir les victimes. Il ne suffit pas de libérer la parole, il faut aussi mettre des choses en place pour l’accueillir. Sinon, je dirais le partage équitable des tâches et de la charge mentale.

Comment s’est consolidée votre vision du féminisme?

A 17 ans, alors que j’étudiais aux Etats-Unis, on m’a demandé d’aller me changer parce que les bretelles de mon soutien-gorge étaient visibles. Depuis, je me suis beaucoup documentée sur le féminisme et j’ai réalisé que les femmes étaient majoritaires sur la planète. La majorité des êtres humains souffrent donc de ces inégalités. C’est inadmissible.

Une pensée qui vous motive?

«Le futur sera féministe.» Les générations précédentes se sont battues pour avoir une voix. Elles l’ont obtenue et, aujourd’hui, nous nous battons pour la faire entendre. Et on y arrivera!

© Manon Gay-Crosier

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