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#FeminaOpinion: Cessons de stigmatiser la «féministe parfaite»

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Quelle semaine pleine d’émotions, n’est-ce pas, Mesdames? Entre une Emma Watson qui montre ses seins, le lynchage médiatique de la pauvre Céline Perruche et l’approche du 8 mars, journée des droits de la femme (n’omettons jamais le syntagme «des droits de», sous peine de nous faire gronder…), il y a de quoi être exténué.

Vous savez, quand on répète un mot une centaine de fois et qu’au bout de quelques secondes, il perd tout son sens, devenant un absurde enchaînement de sons? Et bien le mot «féminisme» commence gentiment à me faire cet effet… A force de l’entendre sur toutes les lèvres, on en perdrait presque la définition.

Résumons la polémique: au début du mois de mars 2017, Céline Perruche, rédactrice en chef du magazine «Glamour», écrivait un édito intitulé «On peut être blonde et féministe». Dans ces quelques lignes, elle résumait son opinion du féminisme actuel, soulignant à quel point nous nous perdons dans cette immense notion et que certaines la défendent avec un tantinet trop de virulence, faisant de l’homme un ennemi et de la cause féminine une revanche. Je cite.

Et là, ce fut le drame. Si nous avions analysé de si près les «Confessions» de Jean-Jacques Rousseau, on aurait obtenu l’Agrég… Céline Perruche fut aussitôt accusée d’antiféminisme, et pas toujours de façon très courtoise.

La naissance d’une polémique

Cette fois Mesdames, le débat part un peu loin. Et lorsqu’une question devient trop complexe, trop difficile à définir, trop auréolée d’arguments différents, il faut la décortiquer, comme tentaient de nous l’enseigner nos professeurs de philo. C’est pourtant simple (disaient-ils): on considère la thèse, puis l’antithèse, avant de formuler une synthèse. Et, si possible, on fuit le «hors sujet» (ou «HS» pour ces maîtres français si friands d’acronymes). C’est parti pour la dissert’ de la semaine.

Enoncé

Dans son édito du mois de mars 2017, Céline Perruche semble stipuler que le féminisme contemporain tend à devenir une notion trop large, un «fourre-tout» qui fait couler trop d’encre de plumes non-crédibles, trop souvent utilisée pour attirer l’attention ou avec trop d’agressivité. Cette opinion peut-elle être considérée comme «antiféministe»?

Thèse

Avant d’accuser quelqu’un d’antiféminisme, il faudrait déjà réussir à définir ce qu’est un féministe. Et comme le ferait un étudiant pendant son Bac de philo, nous consultons le fidèle dictionnaire:

Selon lui, il s’agit d’une «doctrine qui préconise l’extension des droits, du rôle de la femme dans la société», dont certaines théories soulignent «l’égalité en dignité et en droits» des hommes et des femmes.

Voilà, c’est tout. Etre féministe actuellement, en Europe, reviendrait donc à préserver les droits que de grandes dames du passé se sont battues pour obtenir, et protester contre les inégalités encore en place dans le monde. Or – et le Petit Robert serait d’accord avec moi - «égalité» n’est pas synonyme de «domination».

Ainsi, quand Céline Perruche écrit que les «Chiennes de Garde» vont jusqu’à «[montrer] les dents avec rage à chaque insulte sexiste prononcée dans l’espace public», érigeant l’homme «en ennemi public numéro 1, crucifié à coups de mots aussi violents que leurs attaques, au point de nous mettre mal à l’aise», elle insinue que certaines femmes portent leur définition du féminisme trop loin, mettant à mal la véritable signification du mouvement. Et c’est vrai, non? (Bon, là n’est pas le moment de donner mon avis, celui-ci viendra dans la partie «synthèse.» Je tiens à réaliser l’exercice correctement, tout de même…) La rédchef de «Glamour» dénonce ainsi l’excès, l’exagération, la méprise ponctuelle d’un mouvement si important.

Antithèse

Afin d’illustrer le véritable raz-de-marée de critiques qui suivit cet édito, nous prendrons pour exemple l’excellent papier rédigé par Nadia Daam pour le site «Slate», intitulé «Allez-vous faire foutre, les féministes glamour». (Avec un «g» minuscule le «glamour», je précise… Mais on ne se sent pas visées du tout.) Pour résumer cet article (à lire absolument!), nous citerons ce passage:

«Aujourd’hui, […] les féministes comptent parmi leurs ennemis, en plus des masculinistes et des réacs, les féministes bon-teint, celles qui semblent bien décidées à se singulariser des féministes hardcore.»

L'auteure s’évertue ensuite à détruire avec brio chacun des arguments de Céline Perruche (qui, pour sa défense, disposait de bien moins de lignes pour exprimer son avis). Si je comprends bien, la rédactrice en chef de «Glamour» défendrait et appartiendrait donc à cette catégorie de féministes hypocrites trop «bon-teint». Par opposition, la véritable défenseuse de nos droits est celle qui a «le courage de s’indigner des insultes sexistes, que ce soit au travail, dans la rue ou à l’Assemblée générale.»

Et bien! Déjà que nous ne savions plus très bien comment se définit actuellement le féminisme, voilà qu’on tente de nous présenter une définition de «La Féministe»… Vous n’auriez pas plus compliqué?

Synthèse

Ah, voici venu le moment de donner mon avis. Sur la question de la définition du féminisme en tant que mouvement, je pense que nous devrions toutes écouter les propos d’Emma Watson, traitée d’hypocrite et d’antiféministe pour avoir dévoilé une partie de ses seins en couverture de «Vanity Fair» (Pardon?!):

Mais pour ce qui est du profil de la féministe idéale, l’opposition présentée plus haut me semble quelque peu exagérée. Entre les nanas «hardcore» en quête «de prépuces à déchiqueter avec leurs canines» et celles qui nonchalamment soupirent «oh, il y a des combats plus urgents dans le monde», il y a tout de même un océan, non?

Une féministe ne doit pas forcément détester les hommes. Elle ne devrait pas se sentir obligée de jeter tous ses produits de beauté à la poubelle et de laisser pousser tous ses poils, «parce qu’on déteste le diktat du corps épilé». Elle ne doit pas nécessairement s’énerver sans cesse, ni envoyer au bûcher tout macho qui, lors d’un instant d’égarement, ne se prosterne pas devant elle.

Cependant, la bataille est loin, très loin, d’être terminée. Et de ce fait, une féministe se doit absolument de s’indigner lorsqu’elle est confrontée à une injustice ou à une violence sexiste. Elle se doit de soutenir la cause féminine partout dans le monde (car oui, Mesdames, pendant que nous débattons, il reste beaucoup de pays où les femmes n’ont absolument aucun droit!). Elle se doit de protéger les droits acquis dans le passé par de véritables héroïnes, de parler fort, de manifester, de montrer sa force et son courage. Défendons-nous, élevons nos voix, mais ne stigmatisons pas «La Féministe» parfaite. Et surtout, puisqu’on sait si bien hurler, hurlons un peu plus fort pour l’Inde ou l’Arabie saoudite.

Comme toute femme, la féministe a le droit de faire de son corps ce qu’elle souhaite, et même de se conformer à des canons de beauté qui en répugnent d’autres («Oh Ciel, une fausse blonde en décolleté, elle ne peut quand même pas se proclamer féministe!») Que chacune fasse ce qu’elle désire de sa personne, tant qu’elle défende justement la cause des femmes dans le monde, sans susciter de violence ou d’excès de colère.

Conclusion:

Etre féministe, c’est fantastique. Le féminisme, c’est la liberté, l’égalité, la chance de pouvoir faire nos propres choix et d’élever nos voix. Et lorsque l’on en considère la véritable définition, l’essence même du mouvement, quelle femme se proclamerait non-féministe? Aucune. Nous sommes toutes dans le même panier. Pour défendre nos droits, soyons unies avant tout! #GirlPower


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