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Athlétisme: Lea Sprunger, la mue d’une championne

Femina 48 Lea Sprunger Accroche

Lea Sprunger, championne d'athétisme suisse.

© Noura Gauper

Sur son très beau site internet, chaque chapitre porte un mot-clé: Déterminée, Passionnée, Persévérante, Respectueuse. Lea Sprunger arrive au rendez-vous pile à l’heure (matinale: l’après-midi, c’est pour l’entraînement, six jours sur sept). Décontractée mais réfléchie, volontiers drôle, elle répond à tout, qu’il s’agisse de sport ou d’amitié, d’argent, d’amour ou de désir d’enfant. Ajoutons à sa liste Vive, Directe, Drôle, Sans tabou, Ambitieuse. Et Aimante.

Car, outre l’athlétisme et son compagnon, elle aime sa famille, ses amis, sa région. La fille de La Côte apprécie sa vie à Lausanne mais se réjouit de trouver une maison du côté de son village natal ou de Nyon, sa ville de sport. C’est là qu’à dix ans – il n’acceptait pas les enfants plus jeunes – le club COVA Nyon enrôla la gymnaste de Gingins qui brûlait d’y rejoindre sa sœur, de quatre ans son aînée, une certaine Ellen Sprunger dont on entendit parler peu après.

Le sport comme une évidence

Le sport de haut niveau, compulsion héritée des parents? Pas du tout. Certes, le père, charpentier devenu responsable du secteur impression d’un syndicat international, a toujours pratiqué le football, comme joueur puis entraîneur. La mère infirmière (elle a mis son métier entre parenthèses pour élever leurs quatre enfants) n’est pas branchée sur le sport. Ils donnèrent une seule consigne: une activité physique au moins une fois par semaine.

Assez directifs, ces parents adorés. «Une éducation… carrée – stricte serait exagéré; mais il y avait des principes à respecter. Avec un enfant tous les deux ans, ça se comprend!» L’ex-charpentier venu de Bâle-Campagne perfectionner son français et la jeune Bernoise élevée entre Payerne et Signy ne parlaient schwytzerdütsch que quand les enfants ne devaient pas comprendre mais leur donnèrent «une éducation suisse allemande». La championne n’a eu aucune peine à réapprendre le dialecte pour parler aux médias.

Le sport, donc, comme exercice imposé, mais pourquoi l’athlétisme? Pour faire comme Ellen, tandis que Ralph choisissait le foot, et Nadia, la cadette… tout: tennis, volley, basket, athlétisme. Le sport professionnel, c’est l’apanage d’Ellen et Lea, la persévérance perfectionniste comme héritage des parents.

Et des entraîneurs. Avant l’actuel, Laurent Meuwly, il y eut, de dix à dix-neuf ans, Jacques Binder, âme du COVA Nyon et son prof de gym au collège secondaire. La jeune Lea se jeta comme Ellen dans l’heptathlon, l’exigeant pot-pourri de sept disciplines prôné par Binder: «Un bon athlète est polyvalent, et c’est bénéfique s’il décide de se spécialiser.»

L'objectif? Les JO de Tokyo en 2020

Juste! Lea passe au sprint, puis au 400 mètres, avec et sans haies, non sans s’aligner sur 200 m et 300 m. En 2012, aux JO de Londres, elle est capitaine de l’équipe de Suisse de relais 4 x 100 m, qui rabotera d’un bon bout le record national à Athletissima. La suite est connue, des compétitions en avalanche, y compris les Jeux de Rio, des performances en cascade, des triomphes et quelques déceptions. Et maintenant, en ligne de mire, les JO de Tokyo en 2020.

Que cachent ce grand front et la silhouette longiligne? Une femme de tête. «Je suis très directe. Avec l’âge, j’ai appris à savoir ce qui est bon et où je vais. Auparavant, j’étais une éponge qui absorbait tout sans pouvoir s’exprimer - parfois jusqu’à l’explosion. On pouvait me croire insensible… c’est tout le contraire mais je n’arrivais pas à communiquer. J’apprends!»

Une famille en perspective

Après le gymnase sport-études à Lausanne, constatant qu’elle ne parvenait pas à obtenir les aménagements nécessaires à ses entraînements, notamment trois mois par hiver en Afrique du Sud, Lea quitta la Faculté des Hautes études commerciales de l’Université de Lausanne pour un bachelor genevois en management et communication. De quoi travailler à 30% pour un organisateur d’événements sportifs, jusqu’à ce qu’elle puisse vivre de son sport. Elle a créé de toutes pièces le Romande Energie Run, course populaire qui lui tient à cœur, 5e édition en septembre 2018!

Lea ne pense pourtant pas qu’au sport. Certes, elle reste très proche de ses amies d’enfance du COVA Nyon, et de ses amies «de course» telles Marisa Lavanchy, Joëlle Golay, Clelia Reuse, même après leur retraite sportive, et aussi de «nouvelles» comme Ajla Del Ponte, Sarah Atcho et d’autres camarades. Mais son cercle amical doit beaucoup à son bref passage en HEC. De jeunes femmes qui sont toutes dans la vie professionnelle. Sans parler de son compagnon Jonas Addor, rencontré en HEC. Elle compte bien, retraitée après les JO de Tokyo, voyager avec lui, de la Colombie de la grand-mère de Jonas à la Nouvelle-Zélande. Avant d’avoir des enfants. Plusieurs! Ses envies professionnelles doivent encore mûrir et elle se sent prête à imiter sa mère qui se consacra longtemps à ses enfants. Telle est la force du souvenir d’une enfance parfaitement heureuse, et du lien qui rattache chaque jour Lea Sprunger à sa famille.

Son actu «Le camp d’entraînement, un mois à Potchefstroom en Afrique du Sud, au milieu de nulle part.» Et en public? «J’ai été invitée le 15 novembre 2017 à Milan par le consulat suisse, pour une rencontre avec les Suisses de la région.»

Ce qui la dope «L’objectif que je me fixe: toujours aller de l’avant!»

Son don inattendu «La pâtisserie. Mes favoris? Le crumble aux pommes, la tourte de Linz. Et bien sûr j’aime préparer la tresse du dimanche, comme le faisait ma mère.»

Son dernier fou rire «Je ne sais absolument plus pourquoi, mais c’était avec mon copain, sur mon canapé. Il pique rarement des fous rires, c’était un joli moment.»


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