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    «Le Suspendu»: l’association qui répand la solidarité à Lausanne

    Venu tout droit de Naples, le concept du «suspendu» investit la Suisse romande: grâce à une jeune association née à Lausanne, il est désormais possible d’offrir un repas ou un café à une personne démunie. Nous avons rencontré ses trois fondateurs, qui ont pris le temps de nous expliquer leur idée.

    Publié le 
    2 Octobre 2017
     par 
    Ellen De Meester

    Le concept est aussi simple que touchant: pour participer au mouvement, il suffit de se rendre dans un restaurant ou un café partenaires de l’association, et de demander à offrir un repas ou un café «suspendu». Ces quelques sous supplémentaires permettront à l’établissement de proposer une consommation gratuite à une personne qui n'en a pas les moyens. Ainsi, celle-ci pourra profiter d’un moment de tranquillité dans un lieu convivial et chaleureux.

    Créé en septembre 2017, «Le Suspendu» a été rejoint par trois établissements situés à Lausanne. Cette liste de partenaires, mise à jour sur le site de l’association, risque fort de s’allonger tout prochainement; mais pour l’heure, les trois restaurants concernés sont «Chez moi» au Flon, «La Grenette» à la Riponne, et le «Ium» au Tunnel, dont les équipes ont immédiatement accueilli l’idée à bras ouverts. On n’hésite pas à s’y rendre, pour offrir un café, un snack, ou un plat du jour à une personne dans le besoin!

    Le début d’une belle histoire

    Par un après-midi ensoleillé, Eva se promène à Lausanne lorsqu’elle croise un homme faisant la manche. Spontanément, elle s’assied auprès de lui et entame la discussion: «As-tu déjà mangé, aujourd’hui?», lui demande-t-elle. Ce papa quarantenaire qui a tout perdu suite à un accident lui répond par la négative. Avant de le convaincre d’accepter qu’elle lui offre un repas, Eva doit longuement insister, car l’homme se montre très pudique. Elle lui rappelle alors que la vie est faite d’opportunités, et qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait.

    «Pour moi, cela peut arriver à chacun d’entre nous, je ne souhaitait donc pas en rester là, je voulais faire plus», explique-t-elle.

    A la fin du mois de mai 2017, Eva lance un appel sur Facebook, elle qui «publie rarement sur cette plateforme». L’engouement est immédiat, à sa plus grande surprise, tant ses lignes émeuvent ceux qui tombent dessus par hasard: «Il y a eu beaucoup de likes, de partages, et de nombreuses personnes m’ont contactée pour me dire que cela les avait énormément touchés.»

     

     

    Suite à cette fameuse publication, la magie opère: Chloé Nahon et Keko Razzano rejoignent Eva dans l’aventure. Afin de transformer cette envie d’aider en une initiative concrète, tous trois lancent l’association «Le Suspendu», afin de répandre la solidarité dans les rues lausannoises. Nous les avons rencontrés à l’occasion d’un «Café Femina», et leur avons posé toutes les questions qui nous brûlaient les lèvres:

     

     

    FEMINA D’où vient le concept du «suspendu»?
    Le Suspendu Le concept nous vient du sud de l’Italie! La notion de «caffè sospeso» est née dans les bars napolitains durant la Seconde Guerre mondiale et consistait à payer deux cafés: le premier pour soi-même, et le second pour une personne qui ne peut se l’offrir elle-même.

    Peut-on tout suspendre?
    Oui, ou presque! Tout ce qui est de l’ordre des repas et des boissons est accepté, à l’exception des boissons alcoolisées.

    Quelle a été la réaction des trois établissements que vous avez contactés en première instance?
    Les restaurateurs se sont montrés très enjoués, très enthousiastes! Par exemple, le propriétaire du restaurant «Chez Moi» a mis environ 37 secondes à accepter notre proposition. En l’occurrence, nos premiers partenaires ont immédiatement accepté de s’organiser pour intégrer le suspendu à leur fonctionnement.

    Comment être certain que les bénéficiaires des «Suspendus» sont réellement des personnes dans le besoin ?
    L’idée part d’un acte de générosité, et on ne peut se vouloir généreux tout en contrôlant les gens. Les restaurateurs connaissent leur clientèle mieux que quiconque, et nous leur faisons totalement confiance.

    La Suisse est l'un des pays européens les plus généreux, en matière de donations caritatives: avez-vous pu témoigner de cette générosité en créant l’association?
    Au moment de lancer le site, nous avons rapidement senti que les gens avaient envie d’aider. Il s’agit surtout d’une question de temps, un temps qu’on ne prend pas. Là, nous leur donnons vraiment une opportunité de participer à cette solidarité urbaine, nous leur mettons toutes les clés en mains: en allant simplement déjeuner avec des amis, ils peuvent faire ce petit geste qui fera du bien à quelqu’un.

    Pourquoi les gens se montrent-ils aussi enthousiaste lorsqu’un tel concept leur est proposé, alors qu’ils se montrent plus indifférents lorsqu’ils croisent une personne faisant la manche?
    Certaines personnes peuvent avoir peur de la réaction des gens dans la rue: on ne sait pas toujours comment s’y prendre, on craint d’être maladroit. Il s’agit souvent d’un problème de communication, et d’un manque de temps. Toutefois, les gens reviennent à des choses plus humaines et réalisent que nous sommes allés un peu trop vite ces dernières années. Nous leur donnons l’opportunité de ralentir.

    Vous l’aurez compris: la balle est maintenant dans votre camp! A votre prochaine visite chez l’un des restaurants partenaires, vous pourrez offrir un suspendu, histoire de contribuer à cette jolie générosité urbaine.

    Informations pratiques

    Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de l’association «Le Suspendu», réalisé par l’agence de communication Konsept.


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