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    Martina Voss-Tecklenburg: son métier, entraîneur de foot

    Un jour, Martina Voss-Tecklenburg a désobéi à sa mère. Inspirée par les athlètes qui «donnent tout», elle est devenue footballeuse, puis entraîneur de l’équipe de Suisse féminine.

    Publié le 
    16 Avril 2017
     par 
    Julien Caloz

    On dit qu’il faut toujours écouter sa mère, mais si Martina Voss-Tecklenburg avait obéi à la sienne, elle n’aurait sans doute jamais fait carrière dans le football. «Maman ne voulait pas que je joue dans un club, se souvient l’Allemande. Elle me disait que j’étais une fille, que j’étais maigre et petite.» Son père, lui, ne disait rien. «Il n’avait pas voix au chapitre», se marre-t-elle. Nous sommes en 1982 et Martina, adolescente de 15 ans, doit se contenter de jouer au foot avec les enfants de son âge, dans le quartier de Duisbourg où elle est née.

    Le problème, pour sa mère, Hildegarde, c’est que l’apprentie joueuse est douée balle au pied. «J’ai toujours été parmi les meilleures», sourit aujourd’hui la blonde de 49 ans. Ses qualités sautent aux yeux. Elle est vite repérée. «Mon professeur de sport est venu vers moi et m’a dit: «Tu es trop forte. Tu dois faire du foot.» Il a ensuite appelé un club de la ville pour que je passe un test.» La tentation est trop forte. Un soir après l’école, Martina Voss-Tecklenburg désobéit à sa maman et sèche la partie du quartier pour participer à l’entraînement. L’histoire est en marche. «Ils m’ont dit que j’étais vraiment talentueuse et qu’il fallait que je reste avec eux. Alors, quand je suis rentrée chez moi, j’ai lancé à mes parents: <J’ai 15 ans, j’aimerais pouvoir faire du foot et décider seule>. Ma mère a fini par me laisser essayer.»

    Dans sa nouvelle équipe de filles, avec un vrai maillot et sur un vrai terrain, Martina flambe. «J’ai joué pendant trois mois, et on a remporté la Coupe. Il y a eu des articles sur nous dans les journaux. Ma mère était fière de moi.» Tout va très vite, ensuite. La jeune femme dispute le premier de ses cent vingt-cinq matchs internationaux un an plus tard (1983), dribblant ses adversaires comme les préjugés. «A l’époque, le football féminin n’était pas encore reconnu. L’équipe d’Allemagne venait tout juste d’être créée. On me demandait souvent pourquoi j’avais choisi ce sport de garçons.» Et pourquoi, au fait? «C’est difficile à expliquer. C’était à l’intérieur de moi.»

    Des merveilles de passes

    Sous le regard de ses parents, qui se rendent parfois au stade, Martina délivre des merveilles de passes décisives. «C’était ma spécialité, sourit-elle. Je jouais sur l’aile droite. J’étais très rapide et je faisais de bons centres.» L’apprentissage ne se fait toutefois pas sans contraintes. Quand ses copines vont au cinéma ou en discothèque, la jeune footballeuse enchaîne les déplacements. «A 22 ans, je jouais à Siegen, une ville située à 160 km de chez moi. Cinq fois par semaine, je faisais donc 320 km aller-retour pour m’entraîner. Cela a duré cinq ans et, les trois dernières années, je suivais une formation commerciale en parallèle. Cela laissait peu de temps pour les sorties. J’ai perdu des amies. Mais je ne regrette rien.»

    Tout donner sur le terrain

    La passion, toujours. Et des modèles pour grandir. «Mes idoles ne sont pas forcément les plus talentueuses de leur discipline, mais ce sont celles qui ont toujours tout donné sur le terrain. Ce sont Steffi Graff et Boris Becker en tennis, ou Pierre Littbarski et Fritz Walter en football, car ils avaient un vrai sens du collectif.» Les athlètes paralympiques la nourrissent aussi. «J’ai toujours admiré les sportifs handicapés qui, en repoussant leurs limites et en se relevant des coups durs, transmettent des valeurs. Il y a tellement d’énergie à en retirer.»


    ©Alessandra Leimer/Mise en beauté: Brigitte Aeschbach

    Au cours de sa longue carrière de joueuse (1982-2000), elle en a beaucoup retiré. Devenue sélectionneur de l’équipe de Suisse, elle transmet désormais sa force à ses protégées. Car Martina n’est pas une coach comme les autres. Quand la plupart des équipes en déplacement restent cloîtrées dans le confort douillet de leur hôtel, celle qui adore la littérature – «Je lis de tout: des polars, des biographies ou des histoires d’amour» – emmène ses joueuses à la découverte du pays qui les accueille. «En Israël, c’était très important pour moi de leur montrer Jérusalem. Je voulais qu’elles comprennent l’endroit où elles étaient. Comme au Togo, où nous avons assisté à un match de première division des garçons. Devant le stade, on a vu quatorze hommes adultes sortir d’un petit bus VW. Puis trois autres sur deux vélomoteurs. C’étaient les joueurs. J’ai dit aux filles: «Regardez! Ça, c’est la réalité!»

    Martina Voss-Tecklenburg se sait privilégiée. Tout à la fois joueuse douée, maman comblée (elle a une fille de 23 ans, qui travaille dans la communication des footballeurs de Duisbourg) et sélectionneur respectée, elle a mené tous ses combats avec le soutien d’une famille aimante sans laquelle, dit-elle, rien n’aurait été possible. «J’ai dû éduquer ma fille seule en jonglant avec mes obligations professionnelles. Ma famille (ndlr: ses parents lui ont donné deux frères et deux sœurs) m’a énormément aidée. Sans elle, je n’aurais jamais pu continuer dans le football. Je lui suis très reconnaissante.»

    Ce qui la dope Me lever le matin et regarder par la fenêtre. J’entends les oiseaux qui chantent, je vois la nature. Je me réjouis de ma journée et de la vie.

    Son don inattendu J’ai toujours été bonne en lettres. J’avais un don pour écrire des poèmes. J’en rédige d’ailleurs toujours aujourd’hui.

    Sur sa shamelist Je ne sais pas bien chanter, mais j’adore ça! Du coup, je chante partout: sous la douche, dans la voiture ou lorsque je suis seule à la maison.

    Son dernier fou rire C’est dur à dire, parce que je ris tout le temps. J’ai beaucoup d’humour. Mais j’avoue que je ris souvent de moi-même et de mes propres blagues.

    Son buzz La situation politique dans le monde et en Europe me préoccupe, surtout les questions liées à l’asile. On a vu les résultats des élections aux Etats-Unis, et j’ai l’impression que les gens vont beaucoup voter à droite en France.


    ©AFP Photo/Bertrand Langlois

    Sa news Femme Nous avons appris récemment que la SSR diffuserait le foot féminin jusqu’en 2022. Je suis fière de voir que toute mon équipe et moi-même avons contribué à développer le jeu des filles dans la sphère médiatique.

    Son actu L’Euro féminin approche (du 16 juillet au 6 août 2017). Nous préparons actuellement le tournoi en disputant de nombreux matches amicaux. Puis nous en tirerons les enseignements et travaillerons sur les détails.


    ©Keystone

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