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Ancien médecin, je suis devenu peintre à New York

Femina 27 Temoin medecin Peintre

Je ne m’arrête jamais. Quand j’ai besoin de décrocher, je quitte la ville.

© Delphine Broggio/Delfilm

A l’université, je me posais déjà des questions sur mon avenir, mais je n’osais pas les exprimer. Mes parents, surtout mon père, me poussaient à faire des études. Pour lui, l’université était la voie royale et l’art ne menait pas à un «vrai métier».

A la grande fierté de mon père, j’ai obtenu mon diplôme de médecine en 1995. Mais après quelques années de pratique dans des hôpitaux romands, j’ai fait face à mon insatisfaction. J’ai toujours été doué manuellement et je ressentais le besoin de créer, de m’exprimer professionnellement avec mes mains. Enfant, je m’amusais à associer des objets, des formes ou des couleurs. Ma grande sœur ne voulait jamais jouer avec moi, alors la création me tenait compagnie. A l’école, j’adorais dessiner et peindre.

Avec les années cela s’est tassé, mais en 1996 ma vie prend un tournant. Mon père décède subitement et mon contrat à l’hôpital où j’exerce touche à sa fin. Je décide de ne pas chercher d’autre poste et, à 29 ans, je me sens libre d’aller voir ailleurs. J’avais les idées claires et une forte envie d’art: si je quittais la médecine, c’était pour un projet ambitieux. Grâce à mes économies et à l’héritage laissé par mon père, j’ai pu me lancer, prenant des cours de sculpture à l’excellente Ecole Têtard, à Lausanne. Tout était fluide, je m’exprimais avec mes mains et parvenais à créer ce que je voulais. Je me suis formé à la peinture aussi. Au début, je peignais dans ma cuisine, mais faire cohabiter peinture et aliments n’était pas sain et j’ai pris un atelier. J’explorais tout - et notamment le dripping, à la Jackson Pollock. J’avais une production intense.

Paris, Florence puis la Grande Pomme

En 2007, j’ai fait une exposition personnelle à Paris, un lieu mythique pour moi comme pour tous les artistes romands. Ça s’est très bien passé et, à mon retour, j’ai ressenti le besoin de légitimer mon art par un diplôme. J’ai choisi l’Angel Academy of Art, à Florence, une école d’art classique où j’ai surtout appris à dessiner le nu. Moi qui avais été fasciné par l’anatomie durant mes études de médecine, j’ai pu tirer avantage de mes connaissances scientifiques; d’autant plus que la représentation du corps humain apprend à comprendre les formes et constitue la base de ce métier.

En 2012, diplôme en poche, je désirais aller encore plus loin, me former à plusieurs techniques, disposer d’une formation complète et reconnue internationalement qui puisse me permettre, ensuite, d’enseigner la peinture. J’ai alors intégré un programme de master à la New York Academy of Art. On y enseigne l’art contemporain, la pensée critique, mais aussi des techniques classiques comme le portrait ou le nu, que j’ai abordé sous un autre angle. A Florence, il s’agissait de photoréalisme, tandis qu’à New York la tendance était plutôt à l’impressionnisme, avec notamment la succession des tons chauds et froids pour créer les volumes.

Après l’obtention de mon master, en 2016, j’ai décroché un emploi à mi-temps pour un peintre photoréaliste. Cela requiert beaucoup de technique, de patience et ma formation en Italie m’a sans doute permis de me démarquer. Je me sens particulièrement chanceux car il est rare dans le milieu d’être payé pour ce à quoi on a été formé. Le métier surprend, on crie parfois au scandale, mais l’histoire de la peinture a toujours compté des ateliers dans lesquels se côtoient le maître et ses assistants. C’était par exemple le cas dans le prolifique atelier de Rubens et, à New York, c’est courant. L’équipe compte une dizaine de peintres-assistants qui travaillent sous haute pression car les délais doivent être impérativement tenus et le photoréalisme prend du temps. Or, lorsque le succès arrive, il faut pouvoir satisfaire la demande.

L’envie de revenir en Suisse

Mon travail me laisse le loisir de concevoir mes propres peintures et sculptures. Je me plais à créer des œuvres qui prennent les gens dans une zone d’ombre ou de souffrance et qui les amènent vers quelque chose de joyeux. Le but est de rendre mon public plus léger, de changer son état d’esprit en le guidant vers la lumière. D’ailleurs, je travaille actuellement sur une série dont le sujet est «de l’ombre à la lumière». J’utilise le clair-obscur et je peins des danseurs qui évoquent la libération du corps. Le langage corporel est un moyen en soi de s’exprimer, universel et sans ambiguïté. J’ai déjà participé à une exposition collective à Jersey City, une ville qui fait face à Manhattan, en présentant le tableau grand format d’une danseuse.

J’ai une chance inouïe de pouvoir participer à cette scène artistique en plein essor, de profiter des opportunités, de me faire connaître localement, d’être présent dans les galeries de quartier et de pouvoir développer un réseau régional. Avoir cent admirateurs au niveau local permet de vivre de son art dans cette ville à l’énergie frénétique mais aussi exigeante. où l’on côtoie les meilleurs de chaque discipline et où tout le monde veut faire son trou. Les places sont chères et l’offre culturelle est frustrante par sa quantité. On aimerait tout faire mais le temps manque. Le repos? c’est quelque chose dont on ne parle pas. Je ne m’arrête jamais et quand j’ai besoin de décrocher, je quitte la ville.

Je donne aussi des cours privés de peinture, mais désire toujours devenir professeur en école d’art. J’ai ainsi pour objectif ultime de revenir m’installer en Suisse et enseigner. Petit, c’est ma mère qui me poussait à faire des travaux manuels et j’ai compris que c’est au travers de cette relation que l’artiste en moi a grandi. Elle a été surprise que je quitte la médecine mais m’a toujours soutenu. Elle-même vient d’une famille d’artistes. Ma grand-mère a peint des aquarelles extraordinaires et je me souviens également avoir terriblement jalousé la créativité de trois cousins qui peignaient. J’ai passé du temps à chercher ce qui faisait de moi quelqu’un d’unique. Je l’ai trouvé et j’ai embrassé mon rêve de tout mon être.


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