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Rossy de Palma: «Avant j’aimais tout le monde, sauf moi»

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«Pour moi la réalité est très hardcore, alors heureusement que je vis dans un univers de créativité.»

© Ruven Afanador

Rossy de Palma entre dans le foyer des artistes de l’Opéra de Lausanne comme elle entre en scène. Truculente, débordante d’énergie et généreuse. Le temps d’enlever sa toque noire couverte de flocons de neige, révélant ainsi son inimitable frange et deux tresses facétieuses, l’artiste nous colle deux bises comme si on se connaissait de longue date. Tout en s’installant, elle peste contre sa longue écharpe en laine blanche qui laisse des fils inélégants sur son pantalon noir, «Ces deux-là sont en conflit d’intérêts!» s’amuse Rossy. Elle plante ses yeux verts ourlés de fard rose-rouge dans les nôtres. En deux secondes, on est captivée par cette femme dont l’incroyable aura n’a d’égale que son parfum entêtant et subtil. «La Picassa» (le surnom que lui a valu son profil unique et atypique) est un monde en soi, et on se laisse embarquer dans son sillage avec délectation, au rythme de son accent chantant.

«Je suis une artiste sociale»

Depuis le 22 décembre, l’artiste espagnole se glisse chaque soir dans le costume sur mesure d’Eva, une insupportable diva dans Le chanteur de Mexico, à l’Opéra de Lausanne. Sur mesure, vraiment? «Contrairement à Eva, je n’ai pas un ego surdimensionné, même si j’aime attirer l’attention sur moi quand je suis sur scène. On ne dirait pas comme ça, mais il y a une timide à l’intérieur de moi», raconte celle qui n’a jamais pris un cours de chant.

«Quand la diva chante 'Je suis comme la Carmen de Bizet, je suis née libre et libre je mourrai', alors là je me sens proche du personnage. C’est une femme libre. Tout comme moi aujourd’hui.»

Si elle insiste sur ce dernier adverbe, c’est que cette liberté a un goût de nouveauté pour elle. A cinquante-trois ans, elle apprécie d’être enfin maîtresse de sa vie. «Comme pour beaucoup de femmes de ma génération, terminé le temps où on croyait qu’on ne pouvait s’aimer sans être aimée par quelqu’un d’autre. Moi j’ai mis un peu de temps à l’apprendre, entre quarante et cinquante ans. Avant j’aimais tout le monde, sauf moi. Ma fille Luna a dix-huit ans, et elle s’aime déjà elle-même. Je trouve cela formidable!» raconte Rossy, qui ne croit pas au prince charmant. Ni aux contes de fées d’ailleurs. Une prise de pouvoir, de conscience et de confiance des femmes par les femmes qu’elle revendique et encourage.

«Je crois beaucoup à la sororité. Entre femmes, on doit se donner de la force. La parole féministe a été tellement utilisée que maintenant elle est comme une veste devenue trop petite: on ne peut pas la déchirer, mais on est à l’étroit.»

Si elle enfile les tenues à paillettes d’une diva libre et capricieuse sur la scène de l’Opéra de Lausanne, Rossy de Palma est aussi abonnée aux rôles de bonniches truculentes au cinéma, avec septante films au compteur. Sous la houlette de Patrice Leconte, Pedro Almodóvar (avec lequel elle a joué sept films) ou Amanda Sthers pour ne citer qu’eux, elle a su comme personne magnifier le petit personnel pour en faire briller le joyau intérieur. «Je suis une artiste sociale. J’aime beaucoup divertir les gens, les faire rire ou pleurer. Mais ce qui compte pour moi, c’est de leur laisser une petite poussière de réflexion, quelque chose qui puisse les faire évoluer ou se sentir mieux», confie-t-elle. Une manière thérapeutique pour cette touche-à-tout d’échapper à la réalité par la musique, la poésie, le chant, la danse…

«Pour moi la réalité est très hardcore, alors heureusement que je vis dans un univers de créativité.»


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Amoureuse de la lune

Cet univers, la petite Rossy l’explorait en démontant ses poupées, à Majorque où elle est née et a grandi. «Je vidais tout pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur des choses. Il n’y avait rien.» Son premier chagrin d’amour, c’est la lune qui le lui a causé à l’âge de douze ans.

«Le jour où j’ai appris que la belle lumière blanche de la lune ne venait pas d’elle mais du soleil, j’ai compris qu’elle était imparfaite. Et j’ai appris à l’aimer comme ça», raconte Rossy.

Une enfance exploratrice, bercée entre un père maçon originaire des Asturies et une mère femme au foyer qui a préféré taire ses dons d’artiste, trop complexes à gérer à son goût. «Mon père s’est fait tout seul, il a travaillé toute sa vie et je ne l’ai jamais vu rester au lit parce qu’il était malade. C’était mon héros. Ma mère lui a appris à lire et à écrire, raconte Rossy qui admirait son ouverture d’esprit. Un jour, elle nous a expliqué avec un dessin, à mon petit frère et moi, comment fonctionnait l’appareil génital féminin. Alors que les filles de mon âge étaient paniquées quand elles avaient leurs règles, moi je pouvais le leur expliquer!» Une curiosité que cette autodidacte ne se lasse pas d’explorer. Là où sa mère taisait sa complexité, sa fille la surexploite. Avec tout le talent qui caractérise aujourd’hui la flamboyante quinqua. «Petite, j’avais toujours l’impression que je ratais quelque chose, que l’exceptionnel se passait ailleurs. Dans mon entourage, je ne voyais rien d’amusant. Et un jour, je me suis rendu compte que peut-être, à un moment donné, j’étais trop pressée de vivre. Aujourd’hui, je suis en investigation, j’apprends à me connaître et à m’aimer pour ce que je suis.»

Son actu «Le chanteur de Mexico», de Francis Lopez, à l’Opéra de Lausanne, les 27, 28, 29 et 31 décembre 2017. «Madame», d’Amanda Sthers, au cinéma actuellement.

Sa superstition «Je ne suis pas trop superstitieuse, à part pour le sel ou les miroirs cassés. J’aime bien embrasser la scène vite fait avant d’y monter la première fois.»

Son rituel «La première chose que je fais le matin, c’est dire merci, merci, merci pour ce que j’ai et que j’essaie de valoriser.»

Son parfum «Je porte Eau de Protection, by Etat Libre d’Orange, un parfum que j’ai créé en 2006.» A base de gingembre, poivre noir, bergamote et rose ensorcelée.

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