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Meryl Streep: «Je défends la cause des femmes depuis 50 ans»

Meryl streep rencontre

Dans «Pentagon Papers», la star incarne Katharine Graham, propriétaire et directrice du «Washington Post» dans les années 60 et 70.

© Getty

Ma mère m’a appris à être fière d’être une femme. Dès l’adolescence, elle m’a poussée à défendre mes idées mais aussi à savoir dire non!» Le ton de l’interview est donné. Dans la tourmente créée par les accusations de harcèlement sexuel visant le producteur Harvey Weinstein, Meryl Streep tient à réaffirmer l’ancrage profond de ses convictions et de ses actes.

«Je défends la cause des femmes depuis 50 ans mais je n’appelle pas cela du féminisme, plutôt de l’humanisme car cette lutte est aussi positive pour les hommes.»

La cérémonie des Golden Globes, le dimanche 7 janvier 2018, a encore été l’occasion pour l’actrice de passer des paroles aux actes. «Il n’y a rien de plus gratifiant que d’avoir la possibilité d’un geste militant dans son travail», explique-t-elle. «Au lieu de participer à la cérémonie avec mon mari ou l’un de mes enfants, j’ai choisi d’être accompagnée sur le tapis rouge par Ai-jen Poo, directrice d’un syndicat de travailleuses domestiques. C’est l’une de ces femmes qui vouent leur vie à notre cause. Utiliser ma voix pour aider celles et ceux qui sont marginalisés ou opprimés est un devoir.»

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Vers la fin de l’omerta

Avec des dizaines d’autres célébrités comme Jennifer Aniston, Reese Witherspoon ou Emma Stone, Meryl Streep a versé 500 000 dollars dans un fonds destiné à payer les frais de justice de femmes sans ressources victimes d’abus. Natalie Portman, Jessica Chastain et Cate Blanchett se sont également associées à ce projet, intitulé TimesUp, et qui vise à réunir 13 millions de dollars.

«L’objectif est de faire changer les choses d’ici 2020. Par exemple, à mes débuts dans le show-biz, lorsqu’on me demandait d’assister à des réunions pour un projet, il n’y avait quasiment que des hommes autour de la table. Producteurs, réalisateurs, scénaristes… toutes les personnes qui détenaient du pouvoir étaient des hommes. Aujourd’hui, sur dix responsables, deux ou trois sont des femmes et c’est encore loin d’être suffisant.»

Sans attendre que nous abordions le sujet du harcèlement sexuel à Hollywood, elle enchaîne:

«Regardez ce qui s’est passé avec Harvey Weinstein. Le conseil d’administration de sa société était uniquement composé d’hommes. Ils ont tout fait pour enfouir les affaires et faire taire les victimes. Or, cette omerta n’aurait jamais été possible si la moitié des postes de direction avaient été occupés par des femmes.»

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Et cette foi militante rejaillit jusque dans son choix de tourner dans «Pentagon Papers», son dernier film: «J’avais de multiples raisons d’accepter ce projet: le scénario est excellent, Spielberg est un grand réalisateur, Tom Hanks et moi voulions tourner ensemble depuis des années… mais j’ai surtout vu dans ce script l’histoire vraie d’une femme entourée d’hommes, qui a dû prendre des décisions lourdes de conséquences.»

Sur les écrans de Suisse romande le 24 janvier 2018, «Pentagon Papers» retrace la vie de Katharine Graham, propriétaire et directrice du «Washington Post». A la tête du quotidien dans les années 60 et 70, elle a dû choisir entre publier des documents top secret du Pentagone et risquer la prison, ou cacher la vérité aux lecteurs du journal. «Katharine n’avait pratiquement que des hommes sous sa direction. C’est elle seule qui a dû décider. Amy Pascal, la productrice du film et ancienne patronne des studios Sony, aime dire:

«Le monde change lorsque les femmes sont les propriétaires des sociétés et pas lorsqu’elles bossent pour des hommes.» C’est une phrase dont je veux me souvenir.

Pas de conspiration

Revenant sur l’affaire Weinstein, Meryl Streep se livre, comme pour prouver une fois de plus qu’elle n’a rien à se reprocher: «J’espère que le processus ira jusqu’au bout pour faire toute la vérité. J’ai trois filles et toutes désirent poursuivre une carrière d’actrice. Je suis très fière d’elles mais aussi inquiète, car Hollywood peut vous piéger. Elles ont déjà dû faire face à des situations discutables mais je suis confiante, car les choses sont en train de bouger.»

Et quelle solution entrevoit-elle pour modifier les comportements et le harcèlement sous toutes ses formes? «Il faut ouvrir la porte à davantage de diversité; plus de femmes, plus d’artistes de couleur et d’origine diverses. C’est possible. Il n’existe pas de grand complot hollywoodien consistant à écarter les minorités des leviers de décision. C’est juste une industrie qui compte une majorité d’hommes blancs… comme dans beaucoup d’autres business.»

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Son actu «Pentagon Papers», de Steven Spielberg. En 1971, la directrice du «Washington Post», Katharine Graham (Meryl Streep), et son rédacteur en chef, Benjamin Bradlee (Tom Hanks), luttent pour publier des documents secret-défense dévoilant l’implication politique et militaire des États-Unis au Vietnam de 1945 à 1967.

Son don inattendu «Je sais découper une dinde mieux que la plupart des bouchers de mon quartier!»

Son dernier fou rire «De tous mes films, ‘Mamma Mia’, basé sur les chansons d’Abba, est celui qui a eu le plus de succès au box-office. Cela mérite bien un fou rire et ça aide à relativiser les choses.» Elle vient de finir «Mamma Mia 2» qui sortira à l’été 2018.

Ce qui la dope Son mariage avec le sculpteur Don Gummer: «Don est mon roc. Sa seule présence suffit à me doper au travail ou dans les épreuves.»

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