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«Être jaloux, c’est d’abord souffrir»

«Être jaloux, c’est d’abord souffrir»
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FEMINA A l'origine du sentiment de jalousie, y a-t-il toujours cette immense souffrance que vous décrivez dans votre ouvrage?

GIULIA SISSA Qu’il s’agisse d’un sentiment d’anéantissement ou d’un pincement de cœur, d’une vie bouleversée ou d’une soirée gâchée, la jalousie est, tout d’abord, douleur. Stendhal et Proust le savaient bien. Les penseurs qui mettent en avant l’amour-propre, la vanité, ou la possessivité ne font que chercher des excuses pour ne pas admettre cette vérité dérangeante. «Mon plaisir et ma liberté peuvent causer votre angoisse, votre sentiment d’abandon. Je ne veux rien savoir de tout cela! C’est vous qui avez mauvais caractère. Soignez-vous!»

Les femmes et les hommes vivent-ils la jalousie de la même manière?

Vaste question! Les biologistes darwiniens théorisent une différence essentielle: les hommes seraient plus sensibles à l’infidélité sexuelle; les femmes à la désertion affective. Je ne me reconnais pas du tout dans ce partage! Quand je suis jalouse, c’est toujours à cause de situations érotiques. Et je vois une différence d’ordre culturel. Dans bien des sociétés, les hommes sont à la fois infidèles et jaloux, les femmes doivent être fidèles et renoncer à la jalousie.

Que la jalousie ait pu être perçue comme une émotion positive durant l'Antiquité est très étonnant! Comment explique-t-on cela?

Dans le monde grec, la jalousie, c’est de la colère érotique. Et la colère est une passion noble, digne d’individus qui ne se laissent pas couvrir de boue, comme le feraient des esclaves. C’est le sentiment d’une offense que l’on ne mérite pas, de la part de quelqu’un dont on attend respect et gratitude. À cette peine, s’ajoute le désir de reprendre le dessus. Les héroïnes antiques passaient à l’acte meurtrier. Il ne s’agit pas d’en faire l’éloge, bien entendu. Mais il y a de petites revanches qui font du bien. Passer à l’acte de parole, par exemple!

Jalousie et infidélité vont-ils toujours de pair?

L’amour est désir du désir d’autrui. Lorsque ce désir se déplace vers une autre personne, nous en souffrons. La jalousie n’est pas une pathologie de l’imagination. Le plus souvent, on nous rend jaloux. C’est une situation actuelle et réelle. Ensuite, comme il arrive après un traumatisme, il est possible que l’on devienne très sensible, mais tout ne se passe pas dans notre tête ou dans notre enfance.

Pourquoi ne faut-il pas refouler sa jalousie?

Je cède la parole à Freud. Il ne faut pas refouler, parce que le refoulé fait retour, sous une forme déguisée. Ceux et celles qui dénient leur jalousie lui font une place bien plus importante qu’ils n’y croient. J’ajouterai qu’avouer sa souffrance et ses craintes est la seule façon d’être compris, par la personne qui nous fait souffrir et par notre entourage.

Dans votre conclusion, vous écrivez «l'adultère fait du bien». N'avez-vous pas peur de choquer vos lectrices et lecteurs qui ont souffert d'une infidélité?

L’adultère fait du bien… à l’adultère, bien sûr. Car quoi qu’on en dise, être infidèle excite, rajeunit, dynamise. Cela remonte le moral! Être trompé ou abandonné, en revanche, nous blesse. La personne singulière, dont le désir est unique pour nous, s’amuse ailleurs. C’est cela, le choc! La jalousie nous ramène au tragique de l’amour. Le plaisir de l’un peut devenir le déplaisir de l’autre. J’ai voulu être honnête, dans ce livre. Honnête sur l’histoire de la jalousie, mais aussi sur l’expérience que nous en avons. J’ai connu le frisson des commencements. J’ai éprouvé l’«étreinte de la douleur». Je parle à partir de cela.

Vous terminez en enjoignant les hommes à «se regarder dans les yeux d'une femme». Qu'est-ce que cela signifie?

Les femmes sont bien placées pour savoir que l’amour n’est pas volonté de s’emparer d’un être humain, mais «attention profonde» à l’égard de quelqu’un qui, pour des raisons mystérieuses, nous plaît plus que d’autres. Nous désirons que cette personne nous désire. Nous souhaitons réciprocité, intimité et singularité. Et nous savons que tout cela est bien fragile. Lorsqu’un homme se débarrasse du langage de la performance et de la maîtrise, pour admettre que ce à quoi il tient, c’est l’amour d’autrui, voilà qu’il a appris la leçon du grand maître, Ovide! L’art d’aimer, c’est l’art de se faire aimer.

Giulia Sissa, «La jalousie, une passion inavouable», Editions Odile Jacob.

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