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    C’est quoi papa la vanité?

    Notre soif de sécurité désirerait une terre ferme sous nos pieds alors que tout est éphémère et précaire.

    Publié le 
    27 Janvier 2014
     par 
    Alexandre Jollien

    Ce soir, à la prière, nous avons lu un extrait de «L’Ecclésiaste»: «Vanité des vanités, tout est vanité et poursuite du vent, dit Qohelet.» Le tonique refrain a fait naître bien des sourires dans la joyeuse assistance. Qu’il est bon ce petit temps où la famille se réunit pour descendre au fond du fond. C’est si simple: demeurer en silence, laisser aller ce qui se présente à l’esprit, puis écouter un texte qui convertit le cœur et ensoleille l’âme. C’est aussi la chance d’exprimer les possibles malentendus, les inévitables colères, le chagrin, et de dire ses désirs et ses joies.

    Un texte qui ensoleille l’âme

    Ce matin, au temple de Jogyesa, ma fille m’a rappelé que nous avons commencé par méditer une minute par jour. Cette graine, semée au cœur de notre intimité, grandit. Elle a souri quand son papa a perdu un sac plein de cadeaux. Et elle a ajouté: «En Suisse, quand tu perdais une bouteille de Coca, tu paniquais, tu t’agitais, tu criais. Et là, pour un sac plein de belles choses, tu ne bouges pas une oreille, tu cherches juste une solution.» Entre-temps, le zen est passé par là. Millimètre par millimètre, il s’agit de nous laisser gagner par la sérénité, sans la chercher comme des forcenés.

    Aujourd’hui, nous suivons avec la plus grande attention le récit du riche et sage Salomon. Le roi d’Israël a tout essayé ou presque sous le soleil. Vanité des vanités, tout est vanité. Augustin me demande: «C’est quoi papa la vanité?» Je lui montre le jouet qu’il serre dans sa main: «Cette petite peluche super que tu tiens. Demain, tu peux la perdre et ce sera carrément le drame». Tout ce qui est sous le soleil est fragile comme de la buée, de la fumée. Rien n’est solide. Papa part en voyage et il n’est pas impossible que l’avion explose.» Notre soif de sécurité désirerait une terre ferme sous nos pieds alors que tout est éphémère et précaire. L’existence ressemble à une bulle de savon. L’ascèse c’est de danser avec l’impermanence, arrêter de lutter inutilement et abandonner les résistances. Et le refrain de «L’Ecclésiaste» nous convie à perdre paisiblement nos illusions une à une. Pour l’heure, il nous enseigne au moins deux choses: l’implacable fragilité du monde, tout ce que je crois solide et assuré peut disparaître tout d’un coup. Il nous apprend aussi à ne pas nous raidir, pour nous lancer corps et âme dans l’aventure humaine et savourer chaque instant sans craindre de tout perdre. D’ailleurs, voici la grande leçon: ne pas nourrir de faux espoirs, ne pas réifier la réalité ni s’accrocher à nos vaines certitudes, mais profiter du plaisir qui nous est offert chaque jour sous le soleil.

    Des occasions de dire merci

    On se prend décidément trop au sérieux à vouloir un bonheur sans ombre, un amour parfait. Le roi d’Israël et son cinglant diagnostic n’ont rien de cynique. Plus l’œil est avisé, plus le cœur peut aimer librement. Débarrassés des futiles espérances, nous pouvons d’autant mieux donner notre affection, sans servilité. Suivre «L’Ecclésiaste», c’est dégager une voie souveraine, à l’écart de tout désabusement et loin des rabat-joie qui ne font que déplorer le sale état du monde et restent stérilement repliés sur eux-mêmes. Quel est le premier pas qui inaugure ce chemin? Peut-être, se nourrir de ce qui est bon. Manger, boire, aimer. Le roi d’Israël a tout essayé. Il a eu des vignes, des jardins, des trésors en abondance. Il n’a refusé aucun plaisir à son cœur. Tout est vanité.

    Aujourd’hui, il nous guide comme par la main et nous met en garde contre nos tentatives de fuir la réalité et ses lois. On peut aller à l’autre bout de la terre chercher le bonheur, mais nos ennemis intérieurs prendront l’avion avec nous. Cela aussi est vanité et poursuite du vent. Personne n’échappe à sa condition. La sagesse n’est pas une baguette magique qui guérit de tous les tourments. Humblement, nous pouvons déjà apprendre à vivre parfaitement imparfaits sous le soleil et goûter aux plaisirs simples qui s’offrent ici et maintenant. Ce soir, en me couchant, éreinté, je me laisse tomber dans le lit et je me dis que cette vie de vanités est bien douce et que, sous le ciel, il est à toute heure des occasions de dire merci.

     

    L’Ecclésiaste, c’est… Un des livres de la Bible hébraïque. Composé de réflexions générales sur le sens de la vie, il est réputé pour son pessimisme.
    Le roi Salomon, c’est… Un des rois bibliques, fameux pour ses jugements d’une sagesse exemplaire.
    «Vanité des vanités»… Célèbre extrait de «L’Ecclésiaste» qui expose avec fatalisme la futilité de toute action humaine.

     

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