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Comment donner au travail sa juste place dans nos vies

Comment donner au travail sa juste place dans notre vie

Aux Pays-Bas, 50% des travailleurs sont employés à temps partiel.

© Rawpixel/Unsplash

FEMINA Comment choisir le métier qui nous conviendra le mieux? Tout se joue-t-il déjà à ce moment-là?
Mickaël Mangot
Être bien dans son travail passe par une bonne adéquation (de valeurs, d’intérêts, de compétences…) entre ce que l’on est et son métier, mais pas seulement. L’adéquation se mesure aussi par rapport à son emploi (la façon dont il est concrètement exercé dans la structure), ses collègues, son manager et l’entreprise. Et tout cela, on le découvre surtout à l’usage.
Les personnes qui suivent une vocation se sentent guidées vers une fonction par une force supérieure. Souvent, elles sont plus satisfaites de leur vie et de leur emploi que ceux qui ne ressentent pas cette prédestination. Pour les autres, le Graal est l’adéquation parfaite, mais sans la transcendance.

«Trouver un sens à son travail aide à trouver un sens à sa vie»: comment réaliser cela concrètement?
Il y a une multitude de façons de donner du sens à son travail. Le sens ne se réduit pas à l’utilité sociale. Il peut faire sens pour le travailleur lorsque ce dernier se représente l’impact qu’il a sur le client, sur les collègues, sur l’organisation du travail dans l’entreprise ou quand il peut l’intégrer à une histoire ou une tradition, ou encore lorsqu’il observe que son emploi épouse et traduit en actes ses propres valeurs.

Les générations X et Y accordent une place moins centrale au travail. Est-ce une bonne nouvelle?
Je pense que oui. Laisser le travail occuper une place trop centrale dans la vie n’est pas gage d’un moindre bonheur… quand tout va bien. Au contraire, ceux pour qui le travail est premier ont tendance à être plus satisfaits de leur emploi et, moins nettement, de leur vie aussi. En revanche, ils vivent beaucoup moins bien les chocs de vie lorsqu’ils se produisent. Tout ce qui interrompt leur carrière professionnelle met en danger leur identité. C’est le cas de la maladie, du chômage ou encore de la retraite.

Le bien-être psychologique, c’est un peu comme un avion: pour affronter les turbulences de la vie, il vaut mieux le faire reposer sur plusieurs moteurs.

L'emploi à temps partiel est-il une solution à envisager pour être davantage heureux?
Le temps de travail n’est pas significativement relié au bonheur, sauf pour les durées extrêmes (plus de 45 heures par semaine). Il y a des gens qui sont heureux en travaillant beaucoup et d’autres en travaillant peu. Ici aussi, tout est affaire d’adéquation entre ses aspirations et ce que l’on vit. Les Pays-Bas fournissent toutefois l’exemple le plus abouti d’une société heureuse construite sur le temps partiel. 50% des travailleurs néerlandais (25% des hommes et 75% des femmes) travaillent à temps partiel. Les Hollandais ont des pratiques sportives et bénévoles régulières et se distinguent par un haut niveau de satisfaction de leur emploi et de leur vie.

Selon une étude, être maman équivaut à assurer 2,5 jobs à plein temps

Les Suisses se disent généralement satisfaits de leur travail. Pourtant, cela ne veut pas dire qu'ils sont plus heureux. Comment explique-t-on cela?
En l’occurrence, la Suisse fait partie chaque année des pays les plus heureux au monde, selon le World Happiness Report. Mais plus généralement, il y a effectivement une corrélation seulement modeste entre satisfaction de son emploi et satisfaction de sa vie. Deux raisons à cela. D’une part, quand on adore son travail, on tend à lui accorder beaucoup de temps, au détriment du reste (famille, loisirs, engagement bénévole…). Et inversement, lorsqu’on n’est pas épanoui dans son emploi ou quand on est peu satisfait de sa carrière, on en vient souvent à minorer l’importance du travail dans la vie. La «fonction de bonheur» de chacun est de nature malléable.

A quel point le salaire que l'on reçoit contribue-t-il à nous rendre heureux?
Le revenu, en valeur absolue, ne fait pas partie des caractéristiques du travail les plus importantes pour générer de la satisfaction. Il est loin derrière le contenu du travail ou la qualité des relations sociales. La raison est que le salaire est toujours perçu de manière relative, par rapport à des comparables, à ses aspirations et à sa situation passée. Pour toutes ces raisons, on peut être très bien payé et ne pas être satisfait de sa rémunération et, par ricochet, de son emploi.

De même, la relation entre revenus et satisfaction de la vie est certes positive, l’argent fait le bonheur, mais moins que ce que les gens imaginent.

Se mettre à son compte fait souvent rêver. Est-ce que les indépendants sont plus heureux que les employés?
Les indépendants sont beaucoup plus satisfaits de leur vie que les salariés parce qu’ils ont plus d’autonomie et trouvent plus de sens dans ce qu’ils font. Mais cela ne se reflète pas, en moyenne, une plus grande satisfaction de la vie. L’entrepreneuriat absorbe le temps, l’énergie et les pensées et ne laisse pas beaucoup de place pour le reste. Pour l’entrepreneur recherchant le bonheur, la priorité des priorités est de miser sur des garde-fous pour éviter que sa vie ne se réduise à son job, qui d’ailleurs est pour lui souvent beaucoup plus que ça: cela devient son identité.

Eviter à tout prix les trajets quotidiens, est-ce une bonne idée? Devrions-nous davantage plébisciter le télétravail?
Sans aucun doute. Les enquêtes montrent que les moments les plus désagréables de la journée sont les temps de trajet entre le domicile et le lieu de travail. Il y a un déficit de bonheur significatif chez les personnes qui mettent plus d’une heure pour se rendre au bureau. Le télétravail, au contraire, est associé à une satisfaction de la vie améliorée, du moins lorsqu’il est pratiqué dans des proportions moyennes. L’idéal est de passer 50% du temps en entreprise, et 50% chez soi. De la sorte, on profite de davantage d’autonomie et de flexibilité sans se sentir isolé ou marginalisé dans sa société.


«Le boulot qui cache la forêt» (Larousse) de Mickaël Mangot, en librairies.

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