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    Interview: Maddalena Di Meo, élue femme entrepreneure de l’année

    Directrice de la société FirstMed et infirmière de formation, Maddalena Di Meo revient avec nous sur son parcours, les joies mais aussi les épreuves qui attendent les femmes qui se lancent dans l’entreprenariat.

    Publié le 
    22 Novembre 2016
     par 
    Muriel Risse

    A 36 ans, Maddalena Di Meo a été nommée Femmes entrepreneure de l’année 2016. Pourtant, la Vaudoise ne se prédestinait pas à devenir cheffe d’entreprise. Infirmière de formation, elle gère FirstMed depuis 2011, une société qui propose des cours de premiers secours au grand public. Elle a également lancé Mad4Care, une application vocale qui accompagne les personnes en situation d’urgence.

    FEMINA Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir entrepreneure?
    Maddalena Di Meo
    Bonne question! Je n'ai pas eu l’ambition d’avoir un jour mon entreprise, cela s’est fait par hasard. En effet, ma réorientation professionnelle est née d’une frustration dans mon rôle d'infirmière: augmentation de la charge de travail, diminution des effectifs et surtout manque de temps auprès des patients. Continuer de vivre dans cette frustration prenant le risque de devenir aigrie? Cela ne m’intéressait pas. Je suis alors tombée sur un livre qui a été un élément déclencheur, «1000 soleils splendides» de Khaled Hosseini. Cet ouvrage m'a fait réaliser la chance que j'avais d'être née libre, libre de mes choix, libre d’oser, libre de rêver, libre d'exister en tant que femme indépendante et libre de choisir ma vie.

    Comment êtes-vous parvenue à vous réorienter?
    J’ai débuté mon premier parcours en faisant une formation de management social et culturel au Sawi. Durant cette année d'étude, j’ai mis en place une recherche de fonds pour la fondation Marie-Jo Wyss. Le but: envoyer un container contenant un bloc opératoire à Yaoundé afin de donner la possibilité à des femmes de pouvoir accoucher proprement et stérilement. La réalisation de ce projet m’a permis de réaliser que les outils managériaux et économiques peuvent aussi est très bien servir les causes sociales et culturelles. Dans mon élan, j'ai décidé de poursuivre mon parcours en faisant un DAS Entrepreneurship & Business Development à l'HEC de Genève. J’entamais ainsi mon aventure dans un domaine que je ne connaissais pas et à travers lequel je n'avais jamais pensé me réaliser.

    A votre avis, cela est-il plus compliqué lorsque l'on est une femme?
    Malheureusement je me vois encore contrainte de répondre oui. Même si la situation s’améliore depuis quelques années et que les hommes prennent position en notre faveur. Parmi les 100 meilleurs PDG du monde, «Harvard Business Review» ne recense que 28 femmes… Nous ne sommes pas moins performantes que les hommes mais nous sommes victimes, encore aujourd'hui, de la pensée dominante qui allie haute responsabilité et management à une définition virile et masculine.

     

     

    Qu'est-ce que le Prix de la femme entrepreneure de l'année signifie pour vous?
    Ce prix signifie beaucoup pour moi. Au-delà de la reconnaissance, c'est un réel élan pour continuer! C'est un encouragement car avec mon parcours atypique, je suis la preuve que chacune peut réaliser ses rêves. Il n’y a pas besoin d’être diplômée HEC pour réussir. C’est un encouragement pour toutes ces femmes qui n'oseraient pas car elles ne sortent pas d’un cursus dit traditionnel de management. Ce prix démontre que ce sont les faits et les actes qui comptent. On ne naît pas entrepreneure mais on le devient. Toutes les femmes méritent de se réaliser et d’être respectée, qu’elles soient cheffes d’entreprise ou mères de famille.

    A votre avis, quelles sont les qualités d'une bonne entrepreneure?
    La persévérance, le courage, des nerfs solides, la capacité d'accepter les échecs et, surtout, de savoir se relever. Car le chemin n'est pas facile. C’est de l’humilité et beaucoup beaucoup de travail.

    Comment parvenez-vous à gérer votre vie professionnelle et votre vie privée?
    Ce serait mentir de dire que c'est facile. L'alliance de ces deux vies ne peut être réussie que si votre entourage comprend les enjeux liés à votre rôle d'entrepreneure. De plus, ce qui est difficile quand on est une femme leader, manager ou entrepreneur, ce sont les relations avec l'homme qui deviennent plus compliquées, car l'image d'une femme qui réussit peut en effrayer plus d'un. Et peut remettre en question les rôles préétablis par notre société.

    Qu'est-ce que entrepreneuriat a-t-il changé dans votre vie?
    Beaucoup de choses! On apprend à gérer son temps différemment, on devient multitasking sur plusieurs niveaux. Savoir administrer son projet, les responsabilités qui accompagnent ce poste et les décisions difficiles qu'il faut prendre. Cela m'a permis de réaliser que je peux être complètement protagoniste de ma vie. Derrière l’action d’entreprendre se cache une volonté de vouloir améliorer le quotidien des autres et d’apporter un changement.

     

     

    Et si c’était à refaire?
    Oui, je le referais. Bien sûr, ça n’est pas facile tous les jours, mais cela m’a permis de faire de formidables rencontres humaines. J’ai appris à prendre ma place au sein de la société.

    Quel conseil donneriez-vous à une femme qui rêve de suivre votre exemple et de se lancer?
    Le premier conseil: ne jamais perdre confiance et croire en elle. Le deuxième grand conseil que je donnerais serait d'aller à la rencontre d'autres femmes au travers des clubs ou des réseaux afin de pouvoir partager son projet, ses peurs ou ses doutes et ainsi réaliser qu'elles ne sont pas seules que d'autres sont passées par là. Ce n’est pas facile, mais il faut oser le dire lorsque ça ne va pas et accepter de se planter. Il y a toujours quelqu'un de bienveillant pour pouvoir vous aider à avancer et concrétiser vos rêves.


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