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Comment guérir les maladies «imaginaires»?

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© Getty Images

Régulièrement, vous avez mal à la tête, dans le dos, dans le ventre. Ou alors ce sont des vertiges qui vous saisissent inopinément. Des insomnies à répétition, des démangeaisons, des douleurs articulaires. Vous avez fait tous les examens possibles et imaginables, consulté à maintes reprises votre généraliste, rencontré divers spécialistes. Pour, chaque fois, recevoir le même diagnostic: rien. Aucune cause à votre douleur. Vous souffrez de ce que certains esprits sarcastiques seront tentés d’appeler une «maladie imaginaire», et d’autres d’éclairer par une expression sans nuance: «c’est dans la tête!»

«Quand on est en souffrance, s’entendre dire que l’on n’est pas malade ou que c’est «juste dans la tête» est affreusement humiliant», réagit Michael Saraga, médecin associé en psychiatrie au CHUV de Lausanne. «Dans nos sociétés occidentales, nous sommes particulièrement avides d’explications rationnelles. Tant du côté des médecins que de celui des patients, il est donc très difficile d’accepter que la science médicale puisse ne pas connaître LA vérité.»

Histoire d’un mal banal

Pourtant, qui ne s’est jamais plaint – ou n’a entendu un proche se plaindre – d’une douleur survenue sans cause identifiée? Et cela ne date pas d’hier, comme le rappelle Alain Autret, ancien chef du service de neurologie au CHU de Tours et auteur de «Les maladies dites imaginaires». Dans la Grèce antique, Hippocrate a ainsi inventé le terme d’hystérie pour qualifier quelques-uns de ces troubles «étranges» constatés en priorité chez des femmes (hystérie vient du mot utérus).

Au XIXe siècle, ces symptômes bénéficient d’une reconsidération grâce à Jean-Martin Charcot: le neurologue français constate les bienfaits de l’hypnose sur ces patientes et conclut qu’il s’agit d’anomalies du fonctionnement du système nerveux. Il leur donne le nom de «troubles fonctionnels». Parmi ses élèves, un certain Sigmund Freud. Il y puisera les bases de la théorie psychanalytique, qui accorde une importance fondamentale aux traumatismes de l’enfance pour expliquer les troubles somatiques.

Autre avancée considérable, que tient à rappeler Alain Autret: celle de John Bowlby qui, dans les années 70, pose la théorie de l’attachement. Selon ce psychiatre britannique, la manière dont le bébé a pu s’attacher aux figures parentales est déterminante dans la façon dont, une fois adulte, il réagit au stress et parvient à s’exprimer par des symptômes physiques ou par des émotions.

Quand le cerveau apprend à souffrir

Ces théories ont permis de faire émerger des concepts éclairants comme celui de «trouble conversif» (un émoi psychique se convertit en trouble neurologique) et celui «d’alexithymie» (difficulté à ressentir et à exprimer ses propres émotions ou celles d’autrui). Des termes liés à la personnalité dite psychosomatique (qui manifeste donc des maux physiques causés par des facteurs psychiques). Alain Autret convoque également les neurosciences et les travaux sur la neuroplasticité qui révèlent que notre cerveau se modèle en fonction de nos expériences vécues. Pour ce médecin, «ces diverses approches permettent de comprendre que le trouble s’installe comme le résultat d’une histoire personnelle et se confirme à chaque occasion de stress, comme un mode de réaction acquis très tôt.» Ainsi, l’individu apprend à vivre avec cette douleur qui, devenue identitaire, se pérennise voire s’aggrave. Mais la neuroplasticité cérébrale nous annonce aussi que ce que le cerveau a appris, il peut le désapprendre… donc guérir!

A l’écoute des effets avant tout

Selon Michael Saraga, la première étape pour soulager ces maladies «invisibles» consiste à s’attarder sur leurs effets: «qu’est-ce que cela veut dire de vivre avec de tels symptômes? Quelles sont leurs répercussions sur les activités quotidiennes, sur la vie relationnelle, affective? Qu’est-ce que c’est que se sentir ainsi malade, «empêché»? Avoir mal est toujours une façon de signifier quelque chose.»

Des clés pour guérir

Alain Autret va plus loin et pose cinq piliers de la guérison:

D’abord, abandonner l’idée d’être atteint d’une maladie que personne n’a été capable de trouver. Le médecin doit lui aussi être convaincu de pouvoir faire quelque chose pour apaiser la douleur de son patient, sans quoi il ne pourra pas en persuader celui-ci.

Accepter l’idée que le symptôme est l’expression d’un réel mal-être.

Puis enquêter: quelles sont les sources possibles de mon stress actuel? (divorce, perte d’emploi, difficultés avec les enfants…) Et quels sont les traumatismes ou difficultés vécues avant? (violences physiques, accidents…). Et dans la lignée de la théorie de l’attachement, s’interroger sur les réconforts dont on a eu le sentiment de bénéficier (ou de manquer) en étant enfant.

Etre persuadé d’être soi-même le lieu du conflit à résoudre (et non pas son médecin, son patron, son parent ou autres). Il ne s’agit pas de se culpabiliser mais de se responsabiliser: «Si tout se passe en moi, alors j’ai aussi les moyens de m’en sortir.»

Etre convaincu d’être capable soi-même de mettre un terme à ces douleurs et à ce mal-être. «Pour cela, il faut s’offrir une bonne hygiène de vie: sport, activités culturelles et intellectuelles, mais aussi massages, relaxation, hypnose, psychothérapies… Qu’aimez-vous faire? Faites-le! L’objectif est de réapprendre le plaisir de vivre.»

3 livres pour aller plus loin

Qu’entend-on exactement par «maladies inexpliquées»? Quelle est leur histoire dans la grande épopée de la médecine? Et par quels moyens les apaiser? Croisant les apports de la médecine, de la psychologie, de la psychanalyse et des neurosciences, l’auteur livre ici une excellente enquête au pays des maladies trop vite dites «imaginaires».


«Les maladies dites «imaginaires». Enquête sur les douleurs et symptômes inexpliqués» du Dr Alain Autret (Albin Michel, 2016, 196 p., 24 fr. 90).

Médecin psychiatre, psychanalyste et chercheur, l’auteur est l’un de ceux qui ont fait connaître au grand public la notion de neuroplasticité, cette capacité du cerveau à se transformer par lui-même. Dans ce nouvel opus, il rend compte de ses rencontres avec des patients et des médecins utilisant, via diverses techniques, la neuroplasticité comme mode de guérison. Passionnant.


«Guérir grâce à la neuroplasticité» de Norman Doidge (Belfond, 2016, 35 fr. 90).

Fibromyalgie, fatigue chronique, maladie de Lyme, maladie auto-immune… Ce sont quelques-uns des noms attribués à des maladies aux causes inconnues. Le Dr Richard Horowitz leur a consacré plus de trente ans de recherche. Son livre aidera aussi bien les malades que les médecins.


«Soigner Lyme et les maladies chroniques inexpliquées» du Dr Richard Horowitz (Thierry Souccar Editeurs, 2014, 60 fr. 50).


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