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    #FeminaOpinion: Non, notre maquillage ne nous définit pas

    Pourquoi le fait de quitter sa tanière sans avoir laissé le moindre nuage de poudre carresser son visage tend-il encore à être perçu comme un acte de bravoure? Eyeliner et anticernes, autant que je vous aime, il est temps que nous ayons une petite conversation, tous les trois. 

    Publié le 
    15 Avril 2017
     par 
    Ellen De Meester

    Lorsqu'une star publie sur Instagram une photo de son visage au naturel, il arrive souvent qu'elle accompagne le cliché du hashtag #nomakeup, afin de souligner (à l'intention de ceux qui n'auraient pas remarqué) qu'elle a su rassembler suffisamment de courage pour dévoiler sa peau nue. Selon les cas, plusieurs millions d'abonnés verront cette image et leur cerveau établira, presque de façon automatique, une comparaison parfois cruelle. 

    Il y a quelques semaines, Demi Lovato, grande défenseuse de la beauté naturelle, dévoilait notamment une photo d'elle-même, installée dans son lit, en légende de laquelle était simplement écrit «Pas de maquillage. Juste des tâches de rousseur».

     

     

    Il semble bien que ce genre de publication, demandant en effet du courage (avouons-le, on serait carrément terrorisées à l'idée que tant d'inconnus aperçoivent notre tête au saut du lit), prenne des allures de «revanche», de «coup de gueule» ou encore de manifestation d'un flagrant «ras-le-bol». Sur ces visages tout à fait nus, nous croyons voir passer une brève vague de «je m'en fiche, je suis comme je suis». Et qu'est-ce que cela fait du bien! 

    Bon, il est vrai que la tendance actuelle, celle de se révéler au grand jour sans la moindre goutte de fond de teint sur la peau, est une avancée plutôt positive: au moins, de plus en plus d'influenceuses célèbrent la beauté naturelle et tentent de glorifier un maxmimum les peaux que nous nous sommes abstenues de se farder. Cependant, si un tel mouvement a lieu, c'est bien parce qu'une normalité que nous ressentons le besoin de dénoncer persiste à exister. 

     

     

    «Désolée, je ne suis pas maquillée»

    L'autre jour, en accueillant une amie chez moi alors que je venais de rentrer d'un long footing, je me suis entendue dire: «Excuse-moi, je ne suis pas maquillée». Perplexe, elle m'a dévisagée avec étonnement avant de répondre: «Tiens, je voulais venir sans make-up, mais comme je pensais que tu en porterais, je me suis quand même mis du mascara...»

    Cet échange m'a fait quelque peu réfléchir. On dirait que la société attend de nous que nous soyons constamment apprêtées, seulement parce que nous sommes des femmes, et que par définition, une femme est coquette. Bien sûr, cela ne m'a jamais dérangée (le maquillage est une étape de la journée que je considère comme un rituel de zenitude indispensable), mais dès qu'il est question d'obligation ou d'exigence, je ne suis pas d'accord: chacune a le droit de faire ce que bon lui semble de son visage, qu'elle souhaite le laisser nu ou le transformer en toile impressionniste peinte à l'aquarelle. 

    Nous ne devrions jamais nous excuser de ne pas être maquillée;

    si l'envie nous prend de laisser notre peau respirer, libre à nous de nous présenter au monde, facialement «dénudée». En plus d'être bénéfique pour l'épiderme, cela raccourcit la case démaquillage - et voilà bien une chose dont nous ne nous plaindrons jamais. 

     

     

    «Oh, tu as l'air fatiguée, ça va?»

    Voilà ce qu'on me demande parfois, lorsque je daigne sortir de chez moi sans eyeliner (en plus de l'habituel «oh, mais tu as vraiment des grands yeux, dis-moi!»). Devant lutter pour ne pas émettre un bruyant soupir d'exaspération, je me contente alors de répondre «Non, ça va, je suis juste démaquillée.» A ce moment-là, je suis même tentée de déverser un long méa culpa paniqué. Mais sortir sans maquillage n'est pas courageux; c'est normal. Il est grand temps que quelque chose change dans nos têtes (ou dumoins pour celles d'entre nous qui ressentent encore une certaine gêne à paraître en public sans mascara). Ainsi, je me suis mise au défi de laisser l'eyeliner au tiroir durant tout le week-end.

    Le pauvre petit, habitué à squatter mes paupières durant la semaine et les soirs de week-end, s'est plaint sans cesse depuis sa prison. «Regarde comme tu as l'air banale, se lamentait-il. Laisse moi donc t'aider, comme je le fais d'habitude! Tu seras beaucoup mieux.» Je l'ignore. Egalement banni (autant y aller d'un coup), l'anti-cernes se met à gémir depuis la trousse à maquillage où je l'ai enfermé: «On dirait que tu n'as pas dormi depuis deux mois, c'est une atrocité indicible!» Non sans peine, je l'ignore également. 

    Goodbye, anti-cernes?

    Notre maquillage ne nous définit pas. Nous sommes telles que nous sommes, avec ou sans coup de pouce cosmétique. Un bon mascara n'égale pas la beauté d'un iris turquoise, tout comme un crayon adapté ne promet pas la beauté de véritables sourcils bien fournis. N'oublions pas que ces produits ne devraient servir qu'à mettre en valeur des atouts dont nous a dotées la nature, et non pas à nous en créer d'autres: ainsi, lorsque nous paraissons en société sans avoir fait appel à l'aide du make-up, toutes nos qualités humaines sont toujours là, intactes. Le soir, en nous démaquillant, nous nous retrouvons en face de nous-mêmes: et il est grand temps d'apprendre à aimer cette personne, cernes, boutons et «gros yeux» compris. 

    D'ailleurs, lorsque j'ai ressorti l'eyeliner (parce que j'en avais envie, et pas en raison d'une quelconque honte, je vous le promets), je n'ai ressenti aucun soulagement. Parce qu'au final, sous ces fines couches de tricheries cosmétiques, nous sommes bien telles que nous sommes. #nomakeup. 


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