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Comment j’ai soigné ma peur de l’avion en quelques clics

Femme avion crepuscule

Contrairement à ce que nous nous imaginons souvent, l’avion ne tombe pas de plusieurs dizaines de mètres quand il traverse des turbulences.

© Getty

Mes symptômes d’aviophobe

Autant vous le dire tout de suite: je prends l’avion. Bien obligée quand, pour des raisons professionnelles, on doit faire l’aller-retour Cagliari-Genève pour interviewer Gordon Ramsay ou qu’il faut visiter Lisbonne en deux jours pour en vanter ses charmes. Côté perso non plus, pas question de rester clouée au sol: impossible de dire non à la petite famille quand il s’agit de faire un saut à Londres pour un week-end prolongé ou de se rendre au mariage de la cousine dans la Sarthe. Donc je prends sur moi et je dis OK pour jouer les filles de l’air. Avec en tête un double challenge: arriver à gérer mon stress, et ne rien laisser transparaître pour ne pas transmettre mes angoisses à la descendance lors des déplacements familiaux.

Ma peur, j’essaie donc de la maîtriser. D’autant plus que je me souviens d’un temps pas si lointain ou voler ne me posait aucun problème. Je me moquais même un peu des blocages de ma mère qui, elle, ne prend plus du tout l’avion à cause de ses angoisses de claustrophobe.

J’ai commencé à ressentir le fait de voler comme quelque chose de négatif petit à petit, après quelques approches mouvementées au-dessus de Paris, dont une où j’ai fini cramponnée au siège de devant en croyant que ma dernière heure était venue et que l’avion avait fait une chute vertigineuse. Le coup de grâce a été ma maternité: j’ai peu à peu dû renoncer à tout ce qui était un tant soit peu risqué, de ma chère Vespa à mes attractions préférées à Disney, jusqu’à prendre l’avion. Aujourd’hui, je refuse tout net de monter dans le même avion que mon mari si mes enfants ne sont pas là, persuadée qu’il va s’écraser et qu’ils vont devenir orphelins. Et je stresse à chaque déplacement - pro ou perso.

J'adopte toujours la même attitude: jamais assise à côté du hublot, les yeux fermés (qui ne s’ouvrent que pour scruter le visage des hôtesses et stewards afin d’y déceler tout signe d’inquiétude), le casque posé sur les oreilles avec la musique à fond pour m’isoler de tout bruit inquiétant, rien à boire, rien à manger et le moins de conversation possible.

Mon diagnostic personnel

Controlfreak de haut niveau, avec besoin impérieux de tout contrôler, super-angoissée de devoir laisser mon destin (et ceux des gens que j’aime) entre les mains d’un inconnu, enfermée dans une boîte en métal qui s’amuse à traverser les nuages malgré ses milliers de tonnes.

Mon traitement

Même si je sais que des stages pour lutter contre la peur de l’avion existent, je n’ai jamais franchi le pas. D’abord parce que je parviens malgré tout à gérer mes angoisses et n’en suis jamais arrivée au point de ne pas voler. Ensuite parce que je n’ai ni le temps ni le budget à consacrer à quelque chose qui ne me paraît pas être une priorité absolue.

Alors quand EasyJet m’a contactée pour me proposer de tester Fearless Flyer, un tout nouveau programme en ligne à faire tranquillement chez moi en deux heures trente, j’ai tout de suite pensé que c’était la solution idéale. Bien calée devant mon ordi, je prends les commandes et je lance la session.

Le programme se divise en seize modules à regarder dans l’ordre mais au rythme souhaité. Après une introduction où j’apprends qu’une personne sur six souffre de la même peur que moi (ouf, je ne suis pas seule!) et que l’avion est statistiquement le moyen de transport le plus sûr (re-ouf), je lance la suite. Les premiers modules m’informent que c’est moi-même qui crée ma peur et que, bonne nouvelle, du coup, j’ai aussi la faculté de la contrôler. Dans l’angoisse de l’avion, tout est question de perception. Donc, je dois me concentrer sur ce que je veux qu’il m’arrive et pas sur ce que je ne veux pas. Illico, je me rêve au bord de l’océan Pacifique en train de siroter un délicieux cocktail. Mais je crois que je m’aventure un peu trop loin… Je vais d’abord m’imaginer avalant mon jus de tomate sur le siège 4B de mon A320 sans vomir. Deuxième attitude à adopter: réaliser que nos croyances limitatives sont justement des croyances, et pas des faits. Par exemple: non, l’avion ne tombe pas de plusieurs dizaines de mètres quand il traverse des turbulences.

Enfin, je ne dois pas essayer de combler mes lacunes et le manque d’informations en créant des idées fausses.

Questions pour un avion

Ok, jusque-là, j’ai tout compris. Surtout qu’en matière d’aviophobie (ou d’aérodromophobie), je suis ma meilleure ennemie!

Les modules suivants me comblent de joie… Mieux, je réalise un rêve: celui de bombarder de questions le pilote de l’avion pour lui soumettre tout ce que j’ai toujours voulu savoir sur cet engin sans avoir jamais osé le demander. Bon ok, le capitaine se passe de mes questions mais ses éclaircissements sur les bruits, les sensations, les fausses croyances, le tout illustré par des vidéos très explicites remplit mes (fameuses) lacunes et autre faussent croyances. Et alors que j’en suis à apprendre que non, une aile ne peut pas tomber et qu’un avion peut atterrir sans moteurs, je remarque que mes enfants se sont installés derrière moi pour écouter ce que ce commandant de bord a à leur dire.

Enfin, une fois que je suis bien rassurée sur la mécanique, le moment est venu d’apprendre quelques techniques de relaxation pour aborder mon prochain vol.

Alors guérie?

Quelques jours après la fin du programme, j’ai pu faire un vol de vérification auprès de Jean-Marc Thévenaz, managing director d’EasyJet Suisse, et lui-même pilote. Embarquée pour un trajet Genève-Munich Munich-Genève sans descendre de l’avion, je commence mon singulier voyage sans stress ni bagage. En pénétrant dans l’avion vide, j’ai l’opportunité de saluer le pilote et son «co-pi». Sympathiques, souriants, ils m’ont l’air en pleine forme et disposés à me ramener à bon port. Cool. Je leur demande quand même, l’air de rien, si ça va bien dans leurs vies. Ça les fait rire. Détendue, j’accepte de m'asseoir à côté du hublot, ce que je ne fais jamais. Et là, sur le tarmac, au décollage, en vol puis à l’atterrissage, je tente de repérer tout ce que j’ai appris concernant les bruits, les sensations, les attitudes… et je me surprends à parler, poser des questions, ne pas m’enfermer dans ma bulle.

Je pense que le fait d’avoir des réponses a contribué à lever mes angoisses et fait considérablement baisser mon anxiété. C’est quand le prochain départ?

Six questions à Shirley Colmant

Psychologue à Gland et intervenante auprès du CTPA, le centre de traitement de la peur de l’avion à Lausanne, Shirley Colmant nous répond:

FEMINA Lorsqu’on a peur de l’avion, on se sent parfois un peu seul… est-ce le cas?
Shirley Colmant: Non, pas du tout, la peur de l’avion est très répandue et peut même aller jusqu'à une véritable phobie. Ceux qui en souffrent ont tendance à s’isoler, d'où le fait qu’elle ne se perçoit pas toujours. Si les symptômes ne sont pas apparents ou qu’ils se manifestent de façons différentes chez chacun, l’anxiété est bien réelle. On estime qu’au cours d’un vol, un tiers des passagers présente des signes d’appréhension. On distingue différents degrés d'intensité de cette inquiétude, pouvant aller de la vigilance accrue jusqu’à une crise d'angoisse. Une personne sur cinq ne prend pas l’avion: 14% n’ont jamais pu monter dans l'avion de toute leur vie, 6% affirment qu’ils ne le reprendront plus jamais. Par ailleurs, 10% réduisent au maximum leurs déplacements.

Mais d’où vient cette peur?
Les causes sont aussi variées que les manifestations. Elle peut découler d’une surmédiatisation. Tout incident lié à l'aviation fait la une des journaux sous le terme de «catastrophe aérienne». Nous ne retrouvons pas cela pour les accidents de voiture ou de train. Pour d’autres, la peur vient du fait que si l’on y réfléchit, ça n’est pas vraiment normal d’être ainsi suspendu en l’air. La peur du vide est justement l’une des phobies prédéterminées chez de nombreuses espèces. Enfin, cette peur peut être transmise par l’image du père ou de la mère, s’ils souffrent eux-mêmes de cette angoisse.

Contrairement à d’autres phobies qui existent depuis l’enfance, la peur de l’avion semble souvent survenir à l’âge adulte. Pourquoi?
Ses origines sont plurifactorielles. Elles peuvent être sociales, du fait de l’influence des parents, des médias, comme on l’a vu. Certaines personnes deviennent aviophobes en devenant parents: comme si le sens des responsabilités nous poussait à écarter ce qui nous est cher d'un danger potentiel. D’autres personnes encore sont échaudées par une mauvaise expérience en vol comme de fortes turbulences. Mais il y a aussi des sujets stressés de manière générale et qui cristallisent leur angoisse sur l’avion. Enfin, chez environ 15% des personnes, il s’agit de facteurs innés qui provoquent des manifestations physiques comme des vertiges ou des dysfonctionnements au niveau de l’amygdale, cette partie du cerveau qui joue un rôle essentiel dans le déclenchement de la peur.

Mais les personnes qui sont mal à l’aise en avion souffrent de peurs très diverses…
En effet, il y a plusieurs types de phobies. La phobie classique, c’est celle qui touche les gens qui ont peur des désagréments du vol: les turbulences, les orages, le décollage… Ensuite, il y a toutes ces peurs qui peuvent se manifester dans un avion mais aussi dans d’autres circonstances comme les claustrophobes, qui ne vont pas davantage dans les ascenseurs ou le train. Ou les personnes souffrant de la peur du vide. Les émétophobes encore, qui redoutent les vomissements et qui pensent que les turbulences pourront en provoquer. J’avais reçu dans mon cabinet une personne qui était aquaphobe et prenait l’avion sans problème, sauf si elle devait voler au-dessus de la mer.

Et les faits d’actualité comme le crash de la Germanwings où un pilote a volontairement précipité un avion sur une montagne influent-ils sur les peurs?
Il est vrai que beaucoup de gens ont réagi à ça, ont eu des questionnements sur la confiance à accorder au personnel navigant. Mais on se rend compte aussi lors de ces événements que l’avion est quand même le moyen de transport le plus contrôlé qui soit, et dont le personnel est le plus surveillé.

Quels conseils peut-on donner à ceux qui ont peur de l’avion?
La phrase que j’aime bien c’est: «Ne croyez pas tout ce que vous pensez.» Il faut vraiment éviter d’imaginer tous les scénarios catastrophes, se décentrer de ces pensées envahissantes. Je conseillerais de devenir le pilote de son propre cockpit, de contrôler sa respiration, son rythme cardiaque par la méthode qui nous convient le mieux. Physiquement, il est impossible d’avoir une attaque de panique si l’on parvient à maîtriser sa respiration. Il faut se préparer au vol, en écartant toute anticipation négative. On peut aussi prévenir l’équipage de ses angoisses, ils sont formés pour régler ces problèmes. Enfin, on oublie la prise d’alcool ou de médicaments qui n’ont en général aucun effet positif. Si le niveau de stress est trop fort, celui-ci annihile l'effet des anxiolytiques, qui agissent du coup bien après la fin du vol.$

Informations pratiques

Programme EasyJet Fearless Flyer, 47 euros.

Sinon, des stages contre la peur de l’avion existent. Contactez l’aéroport le plus proche de chez vous.


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