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Bordeaux, le réveil touristique d’une métropole de province

Ville de Bordeaux

A Bordeaux, la rénovation du centre historique, depuis la fin des années 90, a redonné leur blondeur aux pierres de taille des façades du XVIIIe.

© Nicolas Tucat/AFP

En dix ans, la renaissance urbaine s’est accompagnée d’un doublement de la fréquentation touristique, comme dans d’autres métropoles de province.

«Le tourisme urbain a la cote», confirme Mark Watkins, président du cabinet d’études Coach Omnium. «Depuis une vingtaine d’années, les villes ont fait énormément d’efforts pour être plus jolies: nouveaux éclairages, façades d’immeubles rénovées, végétation, œuvres d’art…», relève-t-il, citant aussi des équipements comme «des tramways», «des efforts d’animation», «des musées», qui ont constitué «un investissement payant», selon M. Watkins.

A Bordeaux, la rénovation du centre historique, depuis la fin des années 90, a redonné leur blondeur aux pierres de taille des façades du XVIIIe. S’y sont ajoutés la restructuration des quais, l’arrivée du tramway, l’inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2007, la construction d’un nouveau pont sur la Garonne, la Cité du vin en 2016… Et l’inauguration début juillet 2017 d’une ligne à grande vitesse qui placera la capitale girondine à deux heures de Paris.

Bordeaux a accueilli 6 millions de visiteurs en 2016, deux fois plus qu’il y a dix ans, selon le cabinet d’études Protourisme. La ville a été classée «première destination européenne» par le guide Lonely Planet en 2015. Les chantiers d’hôtels haut de gamme se multiplient, avec plus de 500 nouvelles chambres prévues d’ici 2020.

Développement économique

Cela rejaillit sur le rayonnement économique. «Bordeaux avait du mal à faire venir des entreprises. Aujourd’hui, la ville attire beaucoup d’investissements parce qu’elle est devenue attractive touristiquement», estime Didier Arino, directeur de Protourisme, qui évoque un «cercle vertueux».

Alors que Paris stagne - même si la capitale joue dans une autre catégorie que la province -, des villes comme Nantes, Lyon, Marseille, Montpellier ou Strasbourg connaissent le même type de dynamique que Bordeaux, souligne M. Arino.

Ainsi, la fréquentation touristique a bondi de 50% depuis 2010 à Nantes. La métropole a lancé en 2012 un parcours artistique «Le Voyage à Nantes», trajet urbain matérialisé par une ligne verte tracée au sol sur 12 km et reliant les principaux sites culturels (nouveau Musée d’Arts, Château des ducs de Bretagne, Mémorial de l’abolition de l’esclavage, etc.).

A Marseille, le tourisme a été dopé par l’événement Marseille 2013, Capitale de la culture, accompagné par la rénovation du Vieux-Port et de la façade maritime autour du nouveau musée, le MuCem.

Absente des circuits des croisiéristes il y a encore 15 ans, la cité phocéenne s’est hissée parmi les dix premiers ports de croisière au monde, avec 1,6 million de passagers accueillis en 2016. L’objectif est de franchir le cap des 2 millions en 2020.

Folie des grandeurs

Lyon attire aujourd’hui 5,5 millions de visiteurs par an (dont 30% d’étrangers), deux millions de plus qu’il y a dix ans. S’il y a toujours eu un tourisme d’affaires, le tourisme d’agrément était autrefois quasi-inexistant.

L’impulsion a été donnée en 1998 par l’inscription du Vieux-Lyon au Patrimoine mondial de l’Unesco. Ont suivi des aménagements qui ont embelli la capitale des Gaules: mise en lumière des ponts et monuments, réappropriation des berges du Rhône et de la Saône, développement des terrasses estivales éphémères…

Ces exemples inspirent d’autres villes, comme Rennes, qui sera placée début juillet 2017 à 1 h 25 de Paris avec une nouvelle ligne à grande vitesse. La métropole bretonne a adopté en 2013 une stratégie touristique qui vise à en faire «une destination de courts séjours urbains et de rencontres professionnelles».

Cependant, M. Watkins met en garde contre la folie des grandeurs: «il y a désormais une surcapacité hôtelière dans les hôtels 4 et 5 étoiles. Le fantasme des maires c’est d’avoir une clientèle haut de gamme, mais ce marché n’est pas extensible à l’infini».

«Il y a une trentaine de Palais des Congrès en construction, avec des investissements pharaoniques, qui seront parfois impossibles à rentabiliser. Les maires espèrent attirer une clientèle internationale, mais en dehors de Paris et de la Côte d’Azur, il n’y a pas de congrès internationaux en France», prévient-il.


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