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Marques de cosmétiques: leurs applis beauté qui analysent nos visages

Marques cosmetiques applis qui analysent notre visage

«Les algorithmes pour la cosmétique proposés par les marques sont ludiques et sympathiques. Cependant, le recours au médecin est suggéré en cas de problème. Ces outils ne seront pas utilisés par le dermatologue qui analyse visuellement la peau du visage» explique André Zurn, spécialiste au centre de médecine esthétique Derm-Azur, à Lausanne.

© Getty Images

Dermatologues, esthéticiennes et vendeurs en parfumerie ne sont plus les seuls à nous concocter une routine beauté sur mesure. D’autres professionnels s’y sont mis: les écrans. Derrière les sites et apps développés par les marques de cosmétique se cachent des algorithmes qui proposent de scanner nos visages. Leur utilisation est simple, il suffit de dégainer son téléphone, de se rendre sur les sites ou applications des marques et de suivre les consignes:

un selfie est pris, il est ensuite comparé à des milliers de photos d’autres visages pour lesquels une routine beauté a été établie.

Sur la base des résultats du scan et de la comparaison avec les peaux semblables d’autres utilisateurs, les marques nous conseillent les produits adéquats. Indice de ce développement, le CES de Las Vegas, le plus grand salon d’électronique grand public, voit défiler depuis quelques années des inventions destinées à apporter une nouvelle expérience beauté. Rien qu’entre 2019 et 2020, le salon a ainsi connu une augmentation de 10% du nombre d’exposants actifs dans ce domaine.

Toutes connectées

Une marque mise particulièrement sur la beauty-tech: L’Oréal. En 2014, elle lançait Makeup Genius, une app qui utilise la réalité augmentée. L’utilisatrice choisit le mascara ou le blush qu’elle souhaite essayer et l’écran du smartphone lui montre, à la manière d’un filtre Instagram, le résultat directement sur son visage. L’occasion pour la marque de tester ses produits avant la mise en vente. En 2018, la firme rachète ModiFace, une entreprise canadienne qui travaille depuis plus de 10 ans sur l’intelligence artificielle dans la beauté. L’Oréal prévoit dès lors de doter ses marques internationales, soit plus d’une trentaine, des technologies développées par les Canadiens.

C’est déjà le cas pour certaines, comme Vichy qui, sur son site, propose Skinconsult. L’utilisation est simple: l’algorithme, développé avec des dermatologues, promet de détecter les signes de l’âge et du vieillissement, s’appuyant sur 15 ans de recherche et 10 000 photos. Ici aussi, le selfie est comparé aux photos de la base de données pour analyser l’ouverture des pores, les ridules… On renseigne ensuite son âge, son type de peau et les résultats, soit une routine composée de différents produits idoines, apparaissent.

Testée plusieurs fois par Femina, la plateforme ne donne pourtant pas exactement les mêmes réponses d’un essai à l’autre. Pour Julien Decoupigny, directeur digital chez L’Oréal Suisse, rien de surprenant:

«Il peut y avoir des variations en fonction de l’éclairage, de l’angle ou même du téléphone. Plus la qualité de la photo ou de la caméra utilisée pour l’analyse est avancée, plus les réponses seront précises.»

Sur le site de L’Oréal Paris, c’est Skin Genius qui nous renseigne selon le même principe, en promettant 95% de fiabilité. Après plusieurs tests, menés par plusieurs personnes, les résultats, ici, fluctuent moins.

Sur le site de La Roche-Posay, l’entreprise de cosmétique propose aussi un scan des imperfections (points noirs, boutons et autres marques persistantes) grâce à Spot-scan. Un diagnostic et une routine pour soigner sa peau sont établis, mais le site précise qu’il s’agit d’une recommandation ne remplaçant pas une consultation médicale.

D’autres entreprises se sont lancées dans la beauté connectée. En début d’année, Pinterest a sorti Try On, un outil de réalité augmentée pour essayer du maquillage puis passer directement commande auprès des marques. Pour l’instant, cette fonctionnalité est disponible uniquement aux Etats-Unis. Dans une vidéo promo, l’application Neutrogena Skin 360 assure elle aussi être capable de proposer une routine beauté sur mesure. Sortie en 2018, elle nécessitait l’utilisation d’un appareil spécifique. Présentée à nouveau début 2020 à Las Vegas, l’app peut désormais être employée seule, depuis un smartphone. Elle n’est en revanche pas téléchargeable en Suisse pour l’instant.

Des avis partagés

Mais ces technologies sont-elles fiables?

«Aujourd’hui, on est à mi-chemin entre l’expérience ludique et une vraie valeur ajoutée. Pour nous, l’important, c’est que le public s’approprie ces outils, ce qui est essentiel à leur développement, répond Julien Decoupigny.

C’est pour cette raison que nous travaillons étroitement avec des dermatologues et d’autres professionnels qui complètent l’expertise scientifique des marques de L’Oréal et de la technologie ModiFace.» Beaucoup de dermatologues, justement, sont un peu empruntés face à l’absence de publications scientifiques sur le sujet, à l’instar du docteur Olivier Gaide, du service de dermatologie et vénéréologie du CHUV. «Nous ne savons pas comment les recherches sont menées. Je connais La Roche-Posay, je ne doute pas qu’ils aient produit quelque chose de sérieux. Toutefois, on n’a aucun moyen de contrôle, explique-t-il. En tant que scientifique, je ne peux pas me prononcer sur les performances de ces apps. C’est avant tout du marketing.»

Spécialiste au centre de médecine esthétique Derm-Azur, à Lausanne, André Zurn nuance:

«Ces technologies vont se développer dans tous les domaines de la vie. Nous utilisons déjà des appareils qui analysent les grains de beauté pour détecter des maladies, par exemple», explique le dermatologue.

«Les algorithmes pour la cosmétique proposés par les marques sont ludiques et sympathiques. Cependant, le recours au médecin est suggéré en cas de problème. Ces outils ne seront pas utilisés par le dermatologue qui, de par son expérience, analyse visuellement la peau du visage, selon les critères énoncés.» Et de souligner que Vichy, L’Oréal ou encore La Roche-Posay sont des firmes reconnues. «On peut faire confiance à ces grandes marques, même si ces technologies sont utilisées aussi dans un but promotionnel.»

Angela Olivary, de l’institut Mellow, à Yverdon-les-Bains (VD), rejoint les deux spécialistes. «C’est ludique, c’est sympa, mais c’est surtout du marketing. D’autant plus que je ne suis pas vraiment d’accord avec les résultats annoncés par Skin Genius [ndlr: sur une cliente qui a testé ces scans] en comparaison avec ce que j’ai pu observer durant le soin, où j’analyse la peau visuellement, mais aussi grâce au toucher…»

Julien Decoupigny, lui, regarde le potentiel. «Aujourd’hui, il est question de scanner les visages. Imaginez quand nous introduirons le voice [c’est-à-dire des technologies audio comme Siri, d’Apple, ou Alexa, d’Amazon]. Les possibilités sont infinies, nous n’en sommes qu’aux débuts de la technologie dans la beauté.»

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