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Confessions intimes

Botox, la fin du tabou: des Romandes partagent leur expérience

Botox: la fin du tabou. Des Romandes partagent leur expérience

Les injections d'acide hyaluronique ou de botox sont devenues des rituels de beauté presque anodins. On en oublierait qu'elles doivent être pratiquées par des professionnels et qu'il faut bien s'informer avant de passer à l'acte.

© Yulka Popkova-Getty Images

L’excès de toxine botulique dans le visage des actrices est un véritable fléau à Hollywood où le botox bashing fait rage. Pour rappel, l’injection de cette substance paralyse les muscles, ce qui lisse là où il faut (front, pattes d’oie, lèvre supérieure), mais fige l’expression en empêchant les mimiques. L’acide hyaluronique, lui, est utilisé pour combler les zones qui se creusent avec l’âge, les sillons naso-géniens par exemple, ou les pommettes qui, une fois regonflées, retendent l’entier du visage. Ainsi, le lifting classique, cher à Jane Fonda, tend à disparaître.

Modération suisse

Dans notre paisible Suisse, la discrétion est de mise, mais nombreuses sont les femmes qui prennent rendez-vous dans l’une des cliniques de la place pour un petit coup de frais. Le docteur Marva Safa, qui dirige un centre de médecine esthétique à Neuchâtel depuis 15 ans, observe cette démocratisation et, surtout, le rajeunissement de sa patientèle (lire son interview page suivante). Elle a participé, avec 1300 praticiens de 18 pays, à l’Allergan 360° Aesthetics Report, une étude sur les attentes des clients, menée par un fabricant de produits injectables. Ainsi, l’intérêt pour des interventions non invasives a augmenté de 23% entre 2018 et 2019 et les professionnels s’attendent à ce qu’elle soit de 25% en 2020.

Dès 40 ans, la demande est souvent la même: ne plus avoir l’air fatiguée; avoir bonne mine comme au retour de vacances, sans forcément retrouver le visage de la vingtaine. Par ailleurs, s’en ouvrir ensuite à son entourage devient de moins en moins tabou. Les femmes que nous avons rencontrées nous en ont parlé avec franchise et sans filtre.

Yvonne, 64 ans, entrepreneuse

Anne-Laure Lechat

Ses complexes: Je n’en ai pas vraiment! J’ai une bonne hygiène de vie, je dors 7 à 8 h par nuit, je surveille mon alimentation, je fais beaucoup de sport, du Pilates, de la marche. La nature me ressource énormément et dès les beaux jours, je vais trois fois par semaine nager mon kilomètre. J’ai la chance d’avoir un bon capital génétique, j’ai la même silhouette qu’à 20 ans, mais je me suis dit que c’était le moment de m’occuper un peu de moi. Je voulais améliorer la qualité de ma peau, sur le visage mais aussi au niveau du corps, des bras par exemple, car j’aime bien mettre des robes sans manches l’été.

Le cap:
Il y a 5 ans, j’ai travaillé sur une campagne pour les cliniques Matignon. Nous avions réalisé une vidéo promotionnelle et en voyant les promesses, j’ai eu envie de tester. J’ai commencé par un thermage [un lifting non invasif par radiofréquence qui stimule la production de collagène] et les résultats sont vraiment bluffants. Une fois qu’on a mis un pied dans ce milieu, on s’intéresse à tout ce qui se fait. J’ai eu recours ensuite à la mésothérapie, au botox et au PRP [plasma riche en plaquette, un sérum fabriqué à partir de son propre sang qui active le renouvellement cellulaire]. Je n’ai jamais touché ma bouche en revanche. Je constate que c’est une grosse tendance chez les très jeunes femmes.

Pour ma part, je n’ai pas envie d’avoir l’air d’avoir 30 ans, mais juste bonne mine et de me sentir bien.

J’ai encore expérimenté le botox contre la transpiration. C’est incroyable et ça peut faire une vraie différence de confort, par exemple durant la ménopause.

La réaction de l’entourage:
Je n’en parle jamais avec mes amies, car je n’ai pas envie d’être jugée. Les femmes ne sont pas toujours si bienveillantes entre elles. Je ne pense pas qu’en me voyant, on se dise: «Cette femme a eu recours à la chirurgie esthétique.» Ça signifie que c’est réussi! Mon fils de 31 ans est très fier de sa maman et du fait que je prenne soin de moi. Quand je me fais draguer par des hommes beaucoup plus jeunes, je me dis que c’est pas mal. Je précise que je suis mariée depuis près de 40 ans!

Ses limites:
Je me suis tenue aux techniques non invasives, car elles sont temporaires donc réversibles. C’est très important de le dire. La chirurgie ne m’a jamais intéressée. Avec les traitements que j’ai faits, on obtient des résultats naturels et satisfaisants, qu’il faut certes entretenir après. L’argent ne doit pas être un frein, car il y a souvent des offres dans les cliniques. Au lieu d’un voyage ou de shopping, je me fais plaisir à moi-même. Il ne faut pas non plus avoir peur de la douleur. J’ai la chance de très bien la supporter et les médecins praticiens utilisent au besoin des anesthésiants légers de divers types.

Laetitia, 40 ans, assistante médicale

Anne-Laure Lechat

Ses complexes: Depuis l’âge de 35 ans, ma ride du lion me dérangeait. Souvent, les médecins voient totalement autre chose dans les défauts à corriger. Chez moi, c’était les pattes d’oie. Moi, je les aimais bien, je voulais garder ces marques expressives. A 39 ans, j’ai craqué et opté pour du botox dans le front. Je ne l’ai pas caché à mes proches, mais personne n’a remarqué. On me disait seulement que j’avais l’air plus détendue.

Je n’ai pas peur de vieillir, cela veut dire que je suis en vie, mais certaines manifestations du vieillissement me déplaisent, alors si je peux les ralentir!

Je ne veux pas avoir l’air complètement figée, lisse ou ressembler à moi à 20 ou 30 ans. Je veux juste me mettre en valeur, améliorer un peu mon apparence.

Le cap:
A l’approche des 40 ans, j’ai eu une soudaine envie de vraiment prendre soin de moi.

Je m’étais déjà mise au sport de façon intensive et ça a changé ma vie. Je me suis ensuite focalisée sur le visage, car je ne voulais plus avoir l’air fatiguée.

Je suis allée chez Entourage, que je connaissais déjà. J’ai confiance dans leurs compétences, le suivi, l’écoute. Durant la première consultation, le docteur de Boccard m’a demandé ce que je désirais, puis m’a proposé une série d’interventions avec un devis. J’ai pris le temps de la réflexion et je me suis décidée pour des injections d’acide hyaluronique pour remonter les pommettes et repulper la lèvre, le sillon naso-génien. A nouveau, je pensais que la ligne de ma mâchoire avait besoin d’être redéfinie, mais du point de vue du médecin, ce n’était pas nécessaire. Je voulais retrouver des volumes au bon endroit mais sans ressembler à la famille K ou à Nabilla. Deux mois après l’intervention et malgré une complication très rare qui s’est heureusement bien terminée, je suis entièrement satisfaite du résultat, très naturel, comme je le souhaitais.

La réaction de l’entourage:
J’en parle ouvertement avec mes collègues et amis, dont les réactions en général ont été très positives. Après, il y a d’inévitables petites jalousies et un peu de jugement. Les gens associent la médecine esthétique à la télé-réalité, à quelque chose de vulgaire, d’extrême. Ce n’est pas ce que je cherche.

Ses limites:
L’argent. Les résultats de l’acide hyaluronique durent au minimum un an, mais avec le botox, c’est plutôt 8 mois. Je vais donc devoir y retourner bientôt. C’est un certain budget pour moi et cela implique des sacrifices. Je ne suis pas partie en vacances depuis deux ans, mais c’est mon choix, mon self-cadeau pour mes 40 ans. C’est amusant comme personne n’est choqué quand un mec s’achète des jantes de voiture pour 3000 fr. ou quand des jeunes parents mettent 1500 fr. dans une poussette, mais quand il s’agit d’esthétique, les critiquent fusent!

Luisa, 48 ans, coiffeuse

Anne-Laure Lechat

Ses complexes: Ce qui me dérange chez moi, ce sont les rides du front. Je trouve que ça fait sévère. D’ailleurs, si mon médecin ne me retenait pas, j’aurais le front complètement lisse. J’ai aussi un problème avec mes lèvres, devenues très fines à cause d’herpès à répétition. Sinon, j’ai la chance d’avoir une belle peau. J’aime bien néanmoins m’offrir un coup de frais avant un événement, un mariage par exemple.

Aujourd’hui, on a un rapport à l’image compliqué, on passe notre temps à se photographier et personne n’aime avoir l’air fatigué. J’ai envie que l’énergie que je ressens en moi se voie à l’extérieur, qu’il y ait une harmonie.

Le cap: Comme je tiens un salon de coiffure, on m’interrogeait souvent: «Est-ce que tu connais un bon médecin esthétique?» comme on me demanderait un bon resto italien, les échanges typiques de ce genre d’endroit! Une cliente m’a ainsi parlé du docteur Laurent Pellet, chirurgien plasticien à Pully (VD). A force de le recommander et de voir les résultats sur ses patientes, j’ai pris rendez-vous pour moi. Je fais des injections de botox et d’acide hyaluronique depuis 3 ans. Comme je travaille toute la journée face à des miroirs, je vois mon reflet et je me dis: «Ouh, c’est le moment que j’y retourne!» Quand on commence, c’est difficile d’arrêter. Ça devient comme un rituel. Ma confiance en moi a aussi augmenté. Depuis, je me suis formée au conseil en esthétique et j’ai ouvert une société pour accompagner les femmes dans leurs traitements. Il faut vivre avec son temps et utiliser toutes les techniques à disposition pour prendre soin de soi.

La réaction de l’entourage:
J’en parle ouvertement autour de moi dans la mesure où je trouve que ça reste naturel. Dans ma tranche d’âge, on veut que ça ne se voie pas. Je suis pour qu’on prenne soin de soi, qu’on corrige ses petits défauts si c’est fait dans les règles de l’art et en toute sécurité. Il faut absolument se faire conseiller avant de passer à l’acte.

Ses limites:
Ma fille de 15 ans! Je ne veux pas lui donner un mauvais exemple et lui laisser l’impression qu’une femme doit être parfaite physiquement. On doit accepter ses défauts. Je ne ferai d’ailleurs jamais de vrai lifting. C’est une chirurgie lourde qu’on peut éviter avec tous les traitements esthétiques qui existent actuellement.

Interview: Dr. Marva Safa, directrice de la tête de la clinique La Jouvence, à Neuchâtel: «La moyenne d’âge de ma clientèle est de 25 ans»

FEMINA La médecine esthétique semble connaître un vrai boom…
Dr Marva Safa Tout à fait, le développement est exponentiel. La culture a changé sous l’influence des réseaux sociaux. On accuse en riant les sœurs Kardashian, mais c’est assez juste. Nous avons maintenant une patientèle vraiment jeune: 20, 30 ans.

Son profil psychologique est différent de celui des patientes plus matures, nées dans une autre époque. La génération Z n’a pas de souvenirs d’un monde sans internet. La prise en charge de cette population est devenue une science à part.

L’anatomie d’une femme de 25 ans n’est pas la même que celle d’une femme de 45-50 ans. Elles ne sont pas au même stade, d’un point de vue physiologique, mais aussi psychologique. Les jeunes filles sont beaucoup plus dans la prévention que ne l’étaient leurs mamans.

Quelles sont leurs demandes?
Les femmes de 25 ans qui consultent ne sont pas bêtes, elles ont déjà fait beaucoup de recherches, elles ne veulent pas rajeunir mais anticiper. Dès qu’elles constatent un début de couperose, sachant que leur maman en a souffert, elles cherchent des moyens de ralentir ou d’empêcher la problématique. C’est une attitude saine.

En voyant les Kardashian, quand même, on se dit que les critères de beauté ont changé.Oui, complètement. La réalité, surtout, est devenue virtuelle. On vient souvent me voir avec des photos d’Instagram pour avoir une bouche comme ceci ou une peau comme cela, sans se rendre compte que derrière ces images, il y a des heures de make-up professionnel et, bien sûr, des filtres. Je dois leur rappeler que je ne peux pas promettre ce résultat, mais une peau en bonne santé, oui. Et ça prend un peu plus de temps qu’un selfie retouché.

La médecine est aussi une affaire individuelle, chacun y répond différemment. Une aspirine peut soulager le mal de tête de quelqu’un et causer une allergie à une autre personne. C’est pareil en esthétique, un traitement peut être incroyable sur votre sœur et moyen sur vous.

Si je prends le temps de l’expliquer, en général on tombe d’accord, c’est la bonne nouvelle! Il m’arrive de dissuader certaines patientes de se lancer dans des procédures, même si ce n’est pas commercial.

Comment expliquer qu’il n’y ait pas plus de nouvelles cliniques?
En Suisse, la société est plus conservatrice, prudente. Chez nous, tout se passe avec un peu plus de lenteur et, pour une fois, c’est une bonne chose: on ne prend pas les choses à la légère. La tendance arrive maintenant, elle est forte. Des cabinets ouvrent partout et on constate aussi les premiers accidents, comme cette patiente défigurée qui a fait la une de 20 Minutes. Des esthéticiennes se mettent à faire des injections, pas de botox, qui est un médicament contrôlé par Swissmedic, mais d’acide hyaluronique, qui est un dispositif médical pour lequel la loi est dans une zone grisâtre. Leurs prix sont plus bas, ce qui attire les jeunes.

Comment les informer, faut-il éviter absolument ces endroits?
En tant que médecin, je connais les risques que je prends chaque fois que j’injecte, que je traite au laser ou que je fais un peeling, car il y a en a. Si on veut que ce soit fait dans les règles de l’art, tout acte invasif doit être exécuté par un médecin ou sous la supervision absolue d’un médecin. Une esthéticienne, aussi bien formée soit-elle, n’a pas les mêmes notions d’anatomie, d’épaisseur de la peau, de récepteurs.

Il y a sans doute aussi des abus chez les médecins…
Tout à fait. Parmi nous, les praticiens, il n’y a pas que des gens irréprochables. Si la majorité des professionnels prennent leurs responsabilités, il y en a toujours qui placent l’argent avant la sécurité du patient.

C’est pour ça que je tiens beaucoup à l’information. Il faut éduquer les gens, leur apprendre à être attentif. Si la première consultation dure 5 minutes, des sirènes d’alarme doivent retentir dans votre tête.

Vous avez le droit de demander ce qu’on vous injecte et de faire une recherche. Vous connaissez la marque de votre sac à main, mais vous ne savez pas ce qu’on met dans votre visage? C’est quand même choquant!

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