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J’élève des chiots futurs guides d’aveugles

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On a beau être conscient que le chien va partir, on s’y attache.

© Joelle Neuenschwander

Crystal me suit partout, tout le temps. A 3 mois à peine, cette petite boule de poils a trouvé sa place auprès de mon mari, mes deux enfants et moi.

Il faut dire que nous sommes rodés: c’est le troisième chien-guide que nous accueillons. Avant de fonder une famille, j’avais toujours eu des chiens. Puis, je me suis consacrée aux enfants… Mais une fois qu’ils sont devenus plus indépendants, à l’âge de 9 et 11 ans, j’ai eu envie d’en avoir à nouveau un. Adopter? Cela représentait un engagement sur le long terme, je n’étais pas sûre d’être prête. Une amie nous a alors parlé des familles qui recueillent pendant quelques mois de futurs chiens-guides. Le compromis semblait parfait! Nous sommes allés à une journée portes ouvertes organisée par la Fondation romande pour chiens-guides d’aveugles. Nous avons assisté à une démonstration, vu les chiots, posé des questions… Tous les frais du chien (vétérinaire, nourriture, accessoires) sont payés par la fondation. La famille d’accueil offre simplement de son temps.

Séduits par le projet, nous avons demandé à avoir un chiot. Trois semaines plus tard, «Zéphir», un adorable labrador noir de 9 semaines, débarquait. Dans chaque famille, une personne doit être responsable du chien et rester avec lui à plein-temps. Comme je ne travaillais pas, je me suis principalement occupée de son éducation, toujours soutenue par le reste de la famille. C’est un travail d’équipe. Nous lui avons appris les bases de l’éducation: «couché, assis ou au pied», bien se comporter avec les gens et les chiens, ne pas quémander de la nourriture, ne pas avoir peur de prendre les transports publics… Comme pour n’importe quel chien. A quelques particularités près. Les chiens-guides apprennent à faire leurs besoins sur les grilles ou dans le caniveau, car ils doivent pouvoir se soulager en milieu urbain, même en absence d’herbe… Il est aussi primordial qu’ils aient un excellent «rappel». On ne le sait pas forcément, mais ces chiens sont souvent lâchés par leurs détenteurs malvoyants en forêt ou dans des parcs pour s’ébattre avec leurs congénères.

Régulièrement, nous recevons la visite d’éducateurs à la maison, et nous sommes invités à suivre des cours à la fondation. Tout au long de l’éducation du chiot, nous sommes très entourés.

Savoir laisser partir le chien

En parrainant «Zéphir», je savais qu’il ferait partie de notre vie pour une courte période. Mais on a beau être conscient que le chien va partir, on s’y attache. J’ai appréhendé son départ. Je me faisais aussi du souci pour les enfants. Je me rassurais en me disant que si la séparation serait trop difficile, nous prendrions un chien à nous. «Zéphir» est parti après 14 mois. Bien sûr, il m’a manqué. J’ai eu des coups de blues. Mais cela n’avait rien à voir avec la tristesse éprouvée par le passé à la mort d’un de mes chiens: «Zéphir», lui, allait bien et partait pour une autre vie. J’ai relativisé son départ. Et les enfants ont très bien vécu la situation. Une amie psychologue m’avait d’ailleurs expliqué que cette expérience pouvait être bénéfique. Dans leur vie, ils seront confrontés à des ruptures amoureuses, le décès de proches… Se séparer de cet animal relevait donc d’un apprentissage en douceur.


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Une fois que le chien quitte sa famille d’accueil, il suit une formation de neuf mois environ avec les éducateurs avant de pouvoir être confié à un malvoyant. Nous sommes allés revoir «Zéphir» à la fondation et avons assisté à une démonstration. J’étais si fière de lui, du travail accompli! J’ai oublié toute la peine ressentie à son départ. J’ai compris pourquoi nous nous étions investis. Toute la famille a souhaité revivre l’expérience. C’est ainsi que, trois mois plus tard, nous accueillions «Asco», un chiot de 6 mois. L’opposé de notre premier labrador. «Zéphir» était un amour, calme, obéissant et attentif. «Asco», lui, était une tornade. Comme un adolescent, il avait besoin de limites. Et il avait beaucoup de force. Je ne pouvais pas laisser les enfants le tenir en laisse. J’ai dû énormément m’impliquer dans son éducation. Et je dois avouer que, pour moi, la séparation a été plus pénible. Les difficultés rencontrées nous ont rapprochés. Après son départ, nous avons attendu un an avant d’accueillir «Crystal».

Une expérience humainement riche

Un animal avec une chabraque (la housse sur leur dos, nldr) de futur chien-guide attire le regard. Les gens m’interpellent souvent dans la rue pour me poser des questions. Quand quelqu’un s’approche pour lui parler ou le caresser, j’explique qu’il faut demander l’autorisation du maître avant, pour éviter de le déconcentrer. Il remplace les yeux d’un aveugle et doit rester vigilant, au risque de mettre son détenteur en danger. On me remercie généralement d’avoir pris le temps d’expliquer les choses. Parfois, les gens ont le sentiment que les chiens-guides sont malheureux, forcés à travailler. C’est le propre du labrador d’avoir un regard de… chien battu, mais ils sont heureux! Depuis petits et tout au long de leur vie, ils ne sont jamais seuls. En plus, l’apprentissage se fait par le jeu et la récompense. Leur mission est un plaisir. Lorsque je balade «Crystal» en laisse et qu’il veut aller jouer avec un autre chien, j’essaie d’attirer son attention avec un jouet. Je fais tout pour lui donner envie de rester concentré sur moi. Marcher à côté de moi ou se faufiler dans les rayons d’un magasin sans rien toucher doit être un amusement.

Patience et disponibilité sont des qualités nécessaires, car l’éducation demande un investissement important, en temps et en énergie. Et puis il y a la séparation… Au départ, je n’étais pas vraiment sensible à la cause malvoyante. C’est un amour des chiens «égoïste» qui m’a amenée là. Aujourd’hui, contribuer à améliorer le quotidien de quelqu’un est une grande satisfaction. La détentrice de «Zéphir» est devenue une amie que je vois régulièrement. L’animal a changé sa vie. Le bonheur de les voir si complices vaut bien les moments difficiles. Ces chiens sont merveilleux! «Crystal» est encore dissipé, foufou… Mais c’est normal, il est jeune. Pour lui comme pour moi, l’aventure ne fait que commencer.

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