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Je vais à la rencontre de requérants d’asile

Mon engagement pour des êtres en péril ne date pas d’hier

J’ai toujours été sensible à l’exclusion, et je me suis engagée toute ma vie auprès de personnes fragiles et démunies. J’ai grandi dans une maison communautaire avec cousins et cousines. Ma grand-mère, originaire d’Italie – ce qui représentait un certain exotisme dans les années 40 – a initié mon ouverture sur le monde. L’esprit d’entraide était présent dans la famille: alors que j’étais petite, mes parents ont hébergé durant un mois une famille française suite à l’invasion des Allemands. C’était au début de la guerre, au printemps 1940. Nous habitions près de la frontière avec la France, et un véritable élan de solidarité s’est créé parmi les habitants de notre village pour aider ces voisins venant se réfugier en Suisse.

Puis, à la fin de la guerre, ma grand-mère a accueilli une fillette italienne durant trois mois dans le cadre d’un séjour organisé par la Croix-Rouge pour des enfants malades. Le bon air de la vallée de Joux l’a remise sur pied. Nous sommes devenues amies et avons goûté le bonheur de nous retrouver durant les vacances d’été qui ont suivi. Aujourd’hui encore, nous sommes proches. Adulte, je suis devenue infirmière et j’ai épousé un pasteur. Dans le cadre de notre paroisse, nous avons accueilli beaucoup de gens de passage. Je me souviens d’un jeune Sud-Africain qui était venu au culte et qui avait découvert la neige avec émerveillement. Il est resté une semaine dans notre famille, ce qui a été l’occasion de belles soirées où il jouait de la guitare, pour le plus grand plaisir de mes deux enfants.

Quelques années plus tard, nous avons accepté d’héberger à la maison un réfugié kurde sur la demande d’un centre d’accueil des environs. Ce jeune homme travaillait la journée, ce qui fait que nous ne le côtoyions que le soir. Je me rappelle encore de son bonheur quand il a découvert au mur une assiette venant de Turquie avec une inscription en arabe, qu’il nous a traduite. De mon côté, je lui ai appris quelques mots de français. Hassan participait à nos balades en famille le week-end, et je le considérais comme un filleul. Cet hébergement ne devait être que momentané, mais il s’est prolongé pendant deux ans. Des Congolais sont aussi venus régulièrement partager notre repas familial le dimanche à midi, ce qui amenait une touche joyeuse et animée. Je me souviens notamment d’un repas de fête à la zaïroise, préparé dans ma cuisine par une jeune femme congolaise, un bébé dans son dos.

Une vocation utile au quotidien

L’engagement associatif bénévole a été pour moi la suite logique de cette inclination familiale naturelle à l’entraide. Depuis plusieurs années, je suis ainsi membre de l’ARAVOH (association auprès des requérants d’asile de Vallorbe, œcuménique et humanitaire), qui contribue à favoriser la rencontre avec des réfugiés. Si nous apprenons à côtoyer les gens d’ailleurs et entrons en dialogue, les craintes et les jugements peuvent s’atténuer. Récemment, j’ai appris qu’un centre de requérants d’asile allait ouvrir dans un village des environs, ce qui causait de l’inquiétude chez des habitants. D’autant plus qu’il s’agissait d’un centre destiné uniquement aux hommes.

Des personnes se sont alors réunies pour chercher quelles mesures d’accompagnement seraient possibles afin que la cohabitation se passe au mieux entre villageois et nouveaux venus. Je me suis intéressée au projet et leur ai proposé notre soutien: l’ouverture d’esprit des villageois m’a agréablement surprise. Un groupe de travail a ainsi pu être organisé, donnant naissance à une antenne en novembre 2014: la Cabane d’accueil pour requérants d’asile aux Rochats (CARAR). Cette nouvelle structure offre un espace de rencontre aux hébergés du centre qui leur permet d’établir des contacts temporaires avec quelques personnes d’ici, soucieuses de leur sort.

Accéder à l’autre pour l’aimer

Grâce à ce type d’action, qui met en relation plusieurs fois par semaine des requérants d’asile et des personnes de la région, je continue à entretenir ce contact privilégié avec les gens d’ailleurs et – d’une certaine façon – à voyager. Chacun fait un bout de chemin vers l’autre, cela permet de créer une interaction alors que nous avons des vécus et des cultures totalement différents. Nous nous retrouvons dans une cabane en bois au confort sommaire. Ce sont eux, les étrangers, qui apportent de l’eau de leur centre afin que nous puissions faire du café.

Dans ce lieu neutre, nous échangeons quelques mots et nous jouons aux cartes ou à d’autres jeux. Cela les distrait de leurs soucis. Il arrive que l’un d’entre eux se confie et raconte des expériences douloureuses. Cela me fait du mal d’entendre ces récits, mais le plus souvent ils se taisent et nous préservent. Peut-être que dans certains cas la réalité est pire que ce que l’on peut imaginer. Je me souviens de deux jeunes Africains, très secoués par leur traversée en mer, dont le seul objectif était de survivre. Ce qui me touche le plus chez ces gens tant éprouvés, c’est leur gentillesse. Quand nous partageons ensemble des moments forts, j’ai le sentiment d’être reliée au monde, à l’humanité.

Face à toute cette souffrance, je me sens parfois démunie

J’espère être pour eux comme un signe positif au milieu d’un parcours difficile, et je rêve que ces moments puissent leur redonner quelques forces pour la suite. Car beaucoup d’entre eux doivent repartir dans leur pays d’origine, ou ailleurs. Malgré le fait qu’ils séjournent peu de temps au centre, des liens se créent, et la séparation est souvent émouvante. Je sais que je n’aurai certainement plus jamais de leurs nouvelles. Mais le plus important, c’est qu’ils aient eu le sentiment d’avoir été reconnus en tant qu’être humain digne et courageux. Et qu’ils gardent au cœur de l’espoir.

Echanger avec ces gens d’ailleurs m’apporte beaucoup sur le plan personnel. Je conserve en moi leurs sourires éblouissants et leur joie de vivre malgré toutes les épreuves qu’ils ont traversées. J’aimerais pouvoir transmettre ce message: le partage donne un sens à la vie. Pour se débarrasser de ses peurs et faire tomber les barrières, il est indispensable d’aller à la rencontre de l’autre et apprendre à mieux le connaître.

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