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Confinement à 76 ans

«Depuis le temps, j’ai appris à vivre seule»

«Depuis le temps, j’ai appris à vivre seule»

«Cela fait des années que j’ai appris à vivre seule, c’est une question de caractère. Ce qui est parfois difficile, c’est de ne pas pouvoir sortir, car j’ai toujours adoré me promener, rencontrer quelqu’un sur une terrasse, me balader au bord du lac avec mon fils et mon chien, Bounty», confie Ghislaine, 76 ans.

© Getty Images

En ce moment, je dois de toute façon me reposer à cause de mon dos. Je suis vraiment embêtée: j’ai déjà eu une hernie discale, j’en ai désormais une deuxième. J’ai aussi attrapé de l’arthrose dans les hanches. Alors Coronavirus ou non, je ne peux pas me déplacer bien loin. Je dois vraiment me surveiller, il ne faudrait pas que je l’attrape, car j’ai aussi du diabète et des problèmes de cœur. Mais ça ne m’angoisse pas plus que ça, je prends mes précautions. Cela fait des années que j’ai appris à vivre seule, c’est une question de caractère. Ce qui est parfois difficile, c’est de ne pas pouvoir sortir, car j’ai toujours adoré me promener, rencontrer quelqu’un sur une terrasse, me balader au bord du lac avec mon fils et mon chien, Bounty. Mon chien, c’est mon rayon de soleil quotidien, c’est vraiment une compagnie formidable lorsque l’on vit seule.

Mon chien, une évidence

J’ai fait le tour de plusieurs refuges, partout en Suisse, pour le trouver. C’était il y a un an, j’avais déjà un peu mal au dos, je ne voulais pas en prendre un trop gros. La vétérinaire de la SPA à Colombier m’a appelée un jour pour m’avertir que trois nouveaux chiens étaient arrivés de Turquie. Il y en avait deux petits noirs très mignons, mais on m’a déconseillé de les prendre: ils étaient adorables, mais vraiment trop speed. Le troisième était un berger des Pyrénées, beaucoup plus gros, avec des immenses longs poils. Dès que je suis arrivée, il est venu vers moi, il m’a vraiment choisie. Je n’ai pas pu résister.

Par contre, il n’avait aucune éducation, c’était un chien de rue. Il n’était pas propre, il ouvrait les sacs poubelle. Et il était vraiment peureux. Même aujourd’hui, un an après, il sursaute toujours lorsqu’il voit une brosse à récurer. Je l’ai pris en main directement pour lui faire comprendre, et maintenant il obéit parfaitement. Il me suit absolument partout. Le soir, il vient un petit moment sur mon lit avant de rejoindre sa couverture, après m’avoir fait des câlins. Il m’attend, ne tire jamais, n’aboie pas. Sauf lorsque le concierge vient pour nettoyer les escaliers: il a tellement peur de la machine… Bounty n’est pas aussi grand que celui de «Belle et Sébastien», mais presque.

Lorsque mon fils a annoncé à ses copains que j’avais adopté un berger des Pyrénées, ils ont rigolé. Et plusieurs lui ont dit: «Mais elle veut se mettre à l’équitation ta maman?».

Une dame qui habite mon quartier m’a un jour arrêtée pour me dire qu’elle le trouvait si beau et tellement gentil, elle m’a demandé si elle pouvait aller le promener de temps à autre. Depuis, tous les matins, elle sort avec lui durant une heure. C’est formidable! Elle me téléphone vers 7h 30 et me dit: «Il te faut quelque chose Ghislaine, je passe chez Denner». Elle est super gentille, elle me fait quelques petites courses et me les amène. Je lui prépare du gâteau à la crème pour la remercier.

Tous les midis, je me donne de la peine pour me cuisiner un bon repas. Il faut dire que je suis gourmande! L’autre jour je cuisais des pommes de terre rondes, je voulais faire de la salade aux patates. Je fais toujours un peu trop à manger. Comme cela, lorsque mon fils cadet vient me rendre visite, il ne repart jamais sans rien. Lorsqu’il est là, on veille à bien garder nos distances. Il a pris ses précautions, il m’a apporté du produit pour se désinfecter les mains et des masques. Il doit parfois s’éloigner, car j’ai tendance à oublier…

Éloignement imposé

J’ai trois enfants, quatre petits-enfants et trois arrières petites filles. Mais je n’ai pas beaucoup de contact avec eux; seul mon fils cadet veille sur moi au quotidien. Bien que je sois mal fichue, pas un n’a téléphoné pour me demander comment j’allais. Cela me rend triste lorsque j’y pense. L’aîné m’ignore depuis plus de 10 ans maintenant, il n’a jamais accepté que son père et moi divorcions. Mon ex-mari buvait, c’était une période horrible. Il s’était mis à vouloir me taper, je ne pouvais plus supporter ça. Divorcer lorsque l’on a trois enfants en bas âge, c’est tout sauf facile. Je n’arrêtais jamais, je n’avais pas le temps de souffler. J’ai travaillé chez Suchard, à la prison de Gorgier, à Perreux. Je n’allais pas loin avec ce que me versait mon ex comme pension.

En fin de semaine, j’allais encore faire des extras de sommelière pour accorder aux petits ce dont ils avaient besoin. J’en ai bossé, dans ma vie!

J’ai grandi à la campagne, avec trois frères et sœurs. On avait toujours quelque chose à faire, on allait chez les paysans pour les foins, les regains, le bois, la tourbe. Je n’ai jamais été inactive. J’ai appris à devenir très débrouillarde, j’ai tellement dû lutter dans ma vie. Avec trois enfants, on doit être manuelle, faire les choses par soi-même. Je m’occupe encore de tout mon ménage moi-même, je préfère plutôt que d’avoir de l’aide. J’arrive à le faire et ça me passe le temps, pourquoi demander à quelqu’un d’autre de s’en charger?

La seule chose que je ne peux pas faire, ce sont les fenêtres. J’habite un vieil immeuble, le plafond est très haut. J’ai essayé une fois, mais mon fils a pris peur et m’a grondée. J’avais pourtant fermé les volets pour ne pas passer outre. Mais désormais, c’est lui qui s’en charge. Je peux toujours compter sur lui, il est formidable. C’est lui qui m’a trouvé ce logement, qui a tout géré le déménagement. J’ai vraiment de la chance de l’avoir. Souvent, il me dit: «Laisse-moi faire maintenant Mams, repose-toi, tu as tellement fait dans ta vie, je m’en souviens.» Il est reconnaissant, ça me touche beaucoup. Il ne se passe pas un jour sans qu’il ne prenne de mes nouvelles.

Une retraite à 75 ans

J’ai toujours travaillé dans ma vie. Je me suis arrêtée l’année dernière, à 75 ans. Et encore, c’est parce que l’entreprise pour laquelle je faisais des pièces, à La Neuveville, en a décidé ainsi. Il fallait énormément de patience pour cet emploi. Je travaillais au binoculaire, c’était minutieux. Chaque semaine, j’allais livrer 10-12'000 pièces. À 6 h, j’allais bosser, vers 10 h je faisais mon ménage et mon dîner, puis je retravaillais un moment l’après-midi. Je m’étais fixé cet horaire et je m’y tenais. Je mettais toujours un point d’honneur à rendre un boulot tip top en ordre. Je recevais souvent des compliments, ça me faisait plaisir et me donnait du courage.

Aujourd’hui encore, mes mains sont toujours en mouvement. Pas sur un smartphone ou un ordinateur, ça, ça ne m’intéresse pas.

Ce que j’aime, ce sont les travaux manuels: visser, clouer, etc. Et le tricot. J’ai réalisé des jaquettes pour mes arrières petites-filles, j’ai toujours beaucoup tricoté dans ma vie. Et maintenant, j’en tricote encore une nouvelle. Elle sera pour une petite fille de deux ans, ses parents sont des amis de mon fils, vraiment adorables. La maman la voulait en noir, je n’ai pas voulu, j’ai trouvé mal fait d’habiller une petite fille en noir. Je suis déjà bien avancée, mais je ne peux pas tricoter non-stop: si je suis assise longtemps, j’ai trop mal dans les hanches.

Je ne dors pas bien en ce moment, je suis toujours réveillée très tôt. Ça m’arrive aussi d’avoir un peu le moral à zéro, surtout quand je réfléchis trop. Parfois, les journées sont longues quand on n'a personne. Mais j’ai quand même souvent des visiteurs. Chaque jour ou presque, des moineaux viennent me dire bonjour. Quand je donne sa gamelle à mon chien le matin, tous les petits oiseaux mangent avec lui, sur le bord de son assiette! Il les laisse faire, il faudrait filmer cela, c’est trop joli à voir. Il n’aime juste pas lorsqu’ils s’aventurent trop dans l’appartement, ça le rend fou, il se met alors à les pourchasser. Il ne tient plus en place! Je me demande souvent ce que je ferais sans Bounty. Et honnêtement, la vie sans lui, sans un chien aussi gentil, ne serait vraiment pas la même. Il est fantastique, je suis bien tombée.

Ghislaine a pu être contactée par l’intermédiaire de l’association ProSenectute Arc jurassien. Un grand merci!

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