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Sexe: pourquoi les femmes éprouvent encore et toujours moins de plaisir que les hommes?

Sexualite femmes moins plaisir hommes

«Une femme sur cinq a de réelles difficultés à atteindre l’orgasme, et 7% n’en ont jamais eu de leur vie», éclaire Francesco Bianchi-Demicheli, professeur associé à la Faculté de médecine et à la Faculté de psychologie de Genève, également médecin agréee en sexologie au CHUV.

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Le nirvana est-il sexiste? En 2019, en effet, les femmes jouissent toujours moins que les hommes. Des Etats-Unis à la Russie, en passant par la Scandinavie ou l’Espagne, «toutes les études sur la question font ce même constat d’une discrimination dans l’accès à l’orgasme selon le genre», synthétise Lorenzo Soldati, médecin adjoint responsable de la consultation spécialisée de sexologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

En 2017, l’institut Kinsey, organisme de recherche américain de référence sur la sexualité humaine, donnait des chiffres illustrant bien ce fossé à l’échelle planétaire: alors que 95% des messieurs déclarent l’atteindre à chaque galipette ou presque, seulement deux tiers des femmes peuvent en dire autant. Et sur la mappemonde du grimper aux rideaux, la Suisse n’est pas vraiment à son avantage.

Notre enquête sur la sexualité des Romandes, menée il y a deux ans, révélait que seule la moitié d’entre elles expérimentaient quasi systématiquement l’orgasme. Les statistiques sont similaires du côté de la France ou des pays méditerranéens, souligne un sondage Ifop de 2015, même si d’autres pays d’Europe semblent faire un peu mieux, tels les Pays-Bas.

Jouir plusieurs fois d’affilée

Par ailleurs, lorsqu’on compare celles et ceux qui n’arrivent presque jamais à orgasmer, le fossé se fait carrément ravin vertigineux. «Une femme sur cinq a de réelles difficultés à atteindre l’orgasme, et 7% n’en ont jamais eu de leur vie», éclaire Francesco Bianchi-Demicheli, professeur associé à la Faculté de médecine et à la Faculté de psychologie de Genève, également médecin agréee en sexologie au CHUV.

Ce gap orgasmique se retrouve en outre dans toutes les tranches d’âge, précise le spécialiste, qui tord le cou au cliché voulant que la maturité amène davantage de facilité. L’anatomie des messieurs serait-elle donc naturellement plus prédisposée que celle des dames à fournir des orgasmes sur commande? Non. C’est même l’inverse, fait remarquer Francesco Bianchi-Demicheli:

«La capacité orgasmique des femmes est souvent bien plus importante que celle des hommes. Contrairement à ces derniers, elles peuvent ne pas connaître de période réfractaire. Certaines arrivent ainsi à jouir de nombreuses fois d’affilée.»

Plus facile en solo

Elles possèdent même un organe uniquement dévolu au plaisir sexuel, le clitoris, ce que ces messieurs ne peuvent revendiquer. Avec ses 8000 terminaisons nerveuses, il est encore plus sensible à la stimulation que le gland masculin. Dès lors, par quelle injustice les femmes, dont le corps est potentiellement construit comme une véritable machine à jouir, demeurent-elles si souvent au point mort?

En-dehors des freins causés par d’éventuelles douleurs récurrentes ou prises de médicaments, leur sexualité tourne peut-être juste un peu trop autour du sacro-saint pénis. Démonstration? Eloignez la zigounette de l’équation, et soudain les statistiques de l’orgasme féminin remontent comme par enchantement. «Lorsqu’elles se masturbent en solo, les femmes parviennent presque aussi facilement que les hommes à atteindre l’orgasme», souligne ainsi le professeur Bianchi-Demicheli.

Le diktat du phallus

Par ailleurs, dans les couples lesbiens, la probabilité d’en avoir à quasi chaque relation sexuelle grimpe à 86%, talonnant le chiffre des messieurs, observent les auteurs d’une étude publiée l’an dernier dans la revue scientifique «Archives of Sexual Behaviour». Evidemment, on n’en déduira pas que l’homme est un tue-l’amour. C’est plutôt que son sexe n’est pas toujours l’instrument le plus approprié pour faire jouir une dame.

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Car le vagin «étant plus sensible à la pression qu’au va-et-vient, relève Romy Siegrist, psychologue et sexologue au centre SexopraxiS, ce n’est pas la seule pénétration du pénis qui sera susceptible de faire orgasmer la majorité des femmes, même si certaines ont construit leur excitation sur ce mode.» Effectivement, moins d’une sur cinq atteint le climax dans cette configuration, confirme un article du «Journal of Sex and Marital Therapy», une publication spécialisée.

Une sexualité trop normée

Problème, le sexe dans les couples hétéros se focalise souvent sur la seule pénétration. Près des trois quarts des rapports se résument à ça, décrivait ainsi une étude australienne de 2007. «Les femmes et les hommes subissent un script sexuel véhiculé par la société patriarcale, notamment promu par le porno mainstream, qui hiérarchise les pratiques, observe Romy Siegrist. Le sexe oral ou le sexe manuel sont qualifiés de préliminaires, laissant comprendre que le fait de pénétrer le vagin avec un pénis est ce qui définit un véritable rapport sexuel.»

Pour les Galilée modernes qui dénoncent cet univers trop phallo centré, le modèle à privilégier est plutôt la polystimulation. «Pour une femme, c’est le meilleur moyen d’atteindre l’orgasme, avance Francesco Bianchi-Demicheli. On recense plus d’une dizaine de souches érogènes dans le corps féminin, le clitoris, le vagin, mais aussi les mamelons, ou la bouche, qui, lorsqu’ils sont stimulés ensemble, permettent d’amplifier la capacité orgasmique.» Selon l’étude australienne citée plus haut, les femmes ont ainsi 90% de chances de jouir lors d’un rapport alliant stimulation clitoridienne et cunnilingus.

Encombrante tour de contrôle

Et en effet, dans de telles conditions, l’orgasme féminin, qui passe trop souvent dans l’imaginaire collectif pour un achèvement requérant beaucoup de savoir-faire, de patience voire de chance, ou même de virtuosité de la part du partenaire, peut venir très rapidement: entre cinq et huit minutes en moyenne, rapportent diverses études. Quant aux utilisatrices de sextoys dits à aspiration du clitoris, elles témoignent fréquemment de délais encore plus brefs.

«Le stéréotype voulant que les femmes mettent du temps à jouir vient justement d’une pratique trop phallo centrée de la relation sexuelle, constate Romy Siegrist. Quand la seule stimulation est celle du pénis, alors effectivement l’orgasme de la partenaire peut mettre du temps à arriver.» S’il arrive. Toutefois, si nombre de femmes savent bien comment procéder pour jouir, beaucoup n’osent pas appliquer ces méthodes, surtout en présence de leur partenaire.

Cet autre qui juge

Déjà tabou en solo pour certaines personnes, le fait de se masturber devant quelqu’un, par exemple, est encore plus difficile à assumer. Pourtant, la stimulation manuelle, ou avec un sextoy, du clitoris pendant la pénétration, garantit une grande probabilité de succès. C’est la pénétration assistée, un terme de plus en plus en vogue dans les articles sexo.

«Atteindre l’orgasme nécessite toujours un lâcher prise, il faut parvenir à se laisser aller, rappelle Francesco Bianchi-Demicheli. Or, les femmes sont encore victimes de nombreux facteurs de conditionnement psychologique, générateurs d’un sentiment de honte, d’une peur d’être jugée, qui tendent à bloquer la réaction physiologique. Qu’est-ce que mon partenaire va penser de moi si je fais ça? Est-ce qu’il trouve mon corps désirable dans cette position? Ce sont des préoccupations que j’entends souvent lors de consultations de la part des femmes.»

C’est aussi dans la tête

Des recherches scientifiques prouvent ainsi, IRM à l’appui, que chez les femmes, la zone du cortex orbito-frontal gérant le quant-à-soi se débranche moins vite que chez les hommes, ceux-ci étant aidés par l’action de la testostérone, présente en plus grande quantité dans leur organisme. «Davantage d’interdits reposent sur le corps des femmes, analyse Marilène Vuille, sociologue en études genre à l’Université de Genève. On continue à attendre d’elles plus de pudeur, de romantisme, tout en les alertant très tôt sur leur potentiel statut de proie dans la sphère sexuelle. Tout cela amène à pratiquer une autosurveillance, voire une autocensure, et à entretenir les rôles traditionnels attribués aux genres.»

En bref, madame est plutôt passive et monsieur initiateur du rapport sexuel. Pour Marilène Vuille, une telle dynamique impacte le plaisir féminin: «Sur les forums de discussion, je suis frappée de voir le nombre de femmes qui ont des relations sexuelles avec leur mec juste pour leur faire plaisir. Elles disent avoir peur de les décevoir, qu’ils se désintéressent d’elles. Il faudrait qu’elles osent davantage initier le sexe quand elles en ont l’envie.»

L’érotisme du récit

Une enquête Ifop menée en 2018 sur la sexualité des femmes européennes pointe d’ailleurs du doigt la corrélation entre fréquence basse de l’orgasme, conservatisme moral et relations sexuelles consenties sans réel désir. Dès lors, en prenant l’inverse de tout ça, obtient-on la recette idéale pour permettre aux femmes de jouir sans entraves?

Celles qui ont de la facilité à atteindre l’orgasme présentent en effet un profil assez similaire, expose Francesco Bianchi-Demicheli. «Elles ont généralement grandi dans un milieu éloigné des considérations morales, ont eu plusieurs partenaires. Elles sont heureuses dans leur couple. Elles montrent aussi une acceptation de leur propre sexualité avec ouverture d’esprit. Enfin, elles ont souvent commencé tôt à explorer leur corps et à essayer diverses stimulations.»

Quand les croyances altèrent le désir

Cette notion d’apprentissage et d’entraînement n’est pas anodine, poursuit le spécialiste: «Plus on stimule ses zones érogènes, plus on construit de synapses à ces endroits. Des réseaux développés favorisent la jouissance, car la remontée vers les circuits neuronaux est plus rapide. Sans oublier la dimension du fantasme, de l’imaginaire, qui, lorsqu’elle est nourrie, facilite la jouissance. On sous-estime parfois le caractère très excitant des mots pendant l’amour.» En clair? Le premier organe de l’orgasme des femmes, c’est leur cerveau. Pas le pénis.

Témoignages

Mylène, 33 ans

Ma première fois, c’était à 14 ans, avec mon petit copain de l’époque. Toutefois, en dépit de ce démarrage précoce, je suis restée longtemps sans expérimenter l’orgasme lors d’un rapport. J’ai eu plusieurs autres copains durant mon adolescence et je n’ai réussi à jouir avec aucun. Pourtant, je me masturbais depuis l’âge de 10 ans et arrivais régulièrement à avoir un orgasme.

Ce n’est que vers 18 ans qu’un partenaire m’a fait jouir, mais avec ses doigts, pas pendant une pénétration. Je lui avais dit comment faire, où appuyer, mais il a fallu attendre encore plusieurs années pour jouir avec le sexe d’un garçon. En fait, c’est la position qui a tout changé. Avec ce copain, j’ai osé sortir des classiques missionnaires ou amazones.

On pratiquait régulièrement la levrette, une position qui d’habitude me mettait vite mal à l’aise, et j’ai senti que cette configuration stimulait de façon intense un point au fond de mon vagin. Peut-être aussi avait-il une verge dont la morphologie était particulièrement adaptée à moi. Depuis, je crois qu’il existe une compatibilité sexuelle, anatomique, entre certains individus. Je ne pourrais plus concevoir de vivre en couple et de ne pas jouir.

Victoria, 27 ans

Je n’ai jamais eu d’orgasme durant une relation sexuelle. J’ai pourtant eu une quinzaine de partenaires depuis l’adolescence, mais jamais de bouquet final. Cela ne m’empêche pas d’avoir une libido assez élevée et d’avoir souvent envie de faire l’amour. La pénétration m’excite énormément, me donne des ressentis très intenses, et j’adore particulièrement quand le mec a du mal à se contrôler en moi, et aussi qu’il me le dise pendant l’acte.

J’ai l’impression d’être irrésistible, ça booste mes sensations. Le problème, c’est qu’à partir d’un certain plateau dans le plaisir, ça ne monte plus. Il y a évidemment quelque chose de frustrant, voire d’énervant, car j’aimerais comprendre pourquoi l’orgasme se refuse catégoriquement à moi.

Charline, 42 ans

Durant l’adolescence, j’ai toujours eu une curiosité pour le sexe, pour la masturbation. J’utilisais parfois le manche de ma brosse à cheveux. Je fantasmais secrètement sur de beaux garçons de ma classe ou sur des acteurs, mais ma première fois à deux n’a eu lieu qu’après mes 20 ans. Je ne sais pas pourquoi, j’ai eu assez rapidement la capacité de jouir avec mon amoureux, environ une fois sur trois.

Il me semble pourtant qu’on n’essayait pas de choses spéciales, on faisait l’amour dans des positions plutôt classiques. J’ai même remarqué que mes orgasmes étaient la plupart du temps déclenchés par un corps-à-corps torride en mode missionnaire. Mes partenaires ne m’ont quasi jamais fait jouir avec une stimulation manuelle. C’est très très agréable, mais ça ne suffit pas pour me faire décoller.

La guerre des orgasmes est finie

Orgasme vaginal ou orgasme clitoridien? Point G, point A, ou alors Deep Spot? Il y a encore quelques années, la cartographie officielle du plaisir féminin était bien complexe à lire, embrouillant autant les hommes que les femmes. Toutefois, les recherches les plus récentes l’ont bien simplifiée. «Il faut arrêter d’entretenir cette dichotomie théorique entre les jouissances, qui est une construction historique et culturelle, explique Francesco Bianchi-Demicheli. L’orgasme clitoridien a longtemps été classé comme mineur, car relevant d’une sexualité immature aux yeux de Freud. Pourtant, l’orgasme vaginal est une pure invention de la psychanalyse.»

Dès les années 70, la sexologue allemande Shere Hite avait d’ailleurs compris que l’orgasme féminin provenait essentiellement du clitoris. La plupart des fameux points très érogènes identifiés dans le vagin sont en réalité des zones qui stimulent… ce même clitoris, organe mesurant au total plus de 10 cm et dont les ramifications courent contre la paroi vaginale. Selon leur historique personnel, les femmes développent un mode d’excitation qui leur est propre, certaines étant juste plus sensibles soit à la stimulation du gland de leur clitoris, soit à celle de points dans leur vagin ou aux deux.

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