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Mon idole: la personne la plus importante de ma vie

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Notre idole devient un peu cet ami imaginaire dans lequel on se retrouve.

© Getty Images

«Je n’ai même pas pleuré à la mort de mon père, mais là, c’est trop dur!» Au micro de France Info, un homme d’une cinquantaine d’années s’effondre: il vient d’apprendre le décès de son idole, Johnny Hallyday. Il craint de ne jamais s’en remettre.

La mort du chanteur, le 6 décembre 2017, est un cataclysme pour ses fans. Et nul besoin de préciser que Johnny, «l’idole des jeunes», en avait d’innombrables. Mais qu’est-ce qui se joue secrètement au sein d’une telle relation?

Une quête de repères

«Beaucoup présentent la découverte de leur idole comme un coup de foudre ou une révélation», affirme le sociologue Gabriel Segré, auteur de «Fans de… Sociologie des nouveaux cultes contemporains» (Ed. Armand Colin). Cette rencontre va alors «devenir un élément central et structurant de leur existence. Elle va lui donner un sens».

Typiquement, c’est à l’adolescence que le potentiel d’adoration est le plus fort, dans ce moment où l’on cherche une définition de soi. «L’identification à un autre, un proche ou une star, est un processus de construction psychologique tout à fait classique», atteste le professeur de psychopathologie Antoine Bioy, coauteur du livre «Mylène Farmer, la part d’ombre» (Ed. L’Archipel). «Mais effectivement, une fois passé ce stade, quand l’ado a construit son identité, on ne devrait plus en avoir besoin…»

Une histoire d’amour

Etre fan à l’âge adulte représente alors autre chose, poursuit le professeur. «Il y a deux cas de figure. Le premier, c’est celui où l’œuvre de quelqu’un nous ramène avec nostalgie à ce qu’on était, à ce qu’on a vécu à une certaine période. Le second, c’est lorsque ce personnage public va devenir en quelque sorte un grand frère ou une grande sœur.» L’idole devient alors un peu cet ami imaginaire dans lequel on se retrouve: «Lui sait ce dont je parle, lui sait ce que je ressens, lui exprime des choses qui me sont chères.» En d’autres termes, «Une groupie trouve du réconfort dans cette relation», formule Gabriel Segré.

«La star peut aussi avoir pour fonction de faire vivre des choses par procuration: l’adorateur vivra à travers elle ce que lui ne peut pas vivre», ajoute Clément Guillet, auteur de «Sociologie du fan» (Ed. Univ. Européennes). Et de citer certains adulateurs de Johnny lui expliquant que «son style de vie, avec ses motos, ses voitures, les sortait de leur vie morne.» Le psychiatre cite ainsi Edgar Morin qui écrivait, au sujet des stars hollywoodiennes: «Ce n’est ni le talent ni l’absence de talent, ni même l’industrie cinématographique ou la publicité, c’est le besoin qu’on a d’elle qui crée la star. C’est la misère du besoin.»

Une religion moderne

«Johnny, notre Dieu», pouvait-on lire sur une pancarte, brandie par des admirateurs lors de l’hommage rendu à l’idole, le samedi 9 décembre 2017. L’admiration sans bornes deviendrait-elle pour certains une vraie religion? «Le fan entretient en effet un rapport quasi mystique avec sa star», confirme le professeur Antoine Bioy. «Ainsi, on se fera tatouer ou conservera un collector telle une relique. Ce sont les mêmes mécanismes: comme la religion, l’idole représente un lieu où puiser mes valeurs.»

«Le fan entretient un rapport quasi mystique avec sa star […] Comme la religion, l’idole représente un lieu où puiser ses valeurs.» [Antoine Bioy, professeur de psychopathologie]

Contrairement aux idées reçues sur le fan retranché dans sa bulle, «sa passion l’intègre dans un collectif, elle lui permet de créer du lien social», pointe Gabriel Segré. Ainsi, le compositeur Franz Liszt avait déjà ses groupies, qui portaient des médaillons à son effigie, cherchaient à récupérer ses mouchoirs ou les cordes cassées de son piano pour en faire un bracelet. Mais ce sentiment d’appartenance communautaire est encore intensifié à l’ère d’internet, où «toutes sortes de tribus de fans peuvent désormais se retrouver», souligne Clément Guillet.

Un deuil profond

Et quand meurt l’icône? «C’est là qu’intervient le cataclysme», lâche Antoine Bioy. «En raison de l’idéalisation dont a fait l’objet la star», explique le spécialiste, «le risque d’effondrement dépressif est là. Quand on perd quelqu’un qu’on idéalise, c’est comme lorsqu’un petit enfant perd un de ses parents. En outre, la mort de l’idole laisse concrètement un grand vide», souligne le sociologue. «Avec la vedette disparaît une partie du quotidien, quelqu’un avec qui, auprès de qui le fan passe chaque jour beaucoup de temps.» Les admirateurs l’expriment clairement, signale encore le psychiatre Clément Guillet: «Il y a peu de gens qui vous accompagnent comme ça toute votre vie…»

Basculer vers le mythe

«Là où la société peut aider, c’est en faisant basculer l’idole du côté du mythe, qui est intemporel», expose Antoine Bioy. «On peut le faire en installant un lieu de culte, comme pour Lady Di ou Elvis Presley. La poursuite de la passion peut évidemment survivre à la disparition de son objet», confirme le sociologue. «Ces fanatiques se fixent alors d’autres objectifs, notamment celui d’assurer la pérennité du groupe, de transmettre le flambeau, de défendre la mémoire de la vedette disparue.»

Il arrive cependant que certains deuils soient tellement difficiles pour certains «qu’ils ne peuvent s’y résoudre», relève Clément Guillet. «Ce sont les ‘disbelievers’, qui sont persuadés que Michael Jackson ou Elvis ne sont pas vraiment morts.» On attend donc les premiers témoins qui affirmeront avoir vu Johnny vivant… en compagnie de Whitney Houston et Claude François.


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