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Sérial killeuse: Marie Delphine Lalaurie, la maîtresse ès supplices

Femina 29 Serial Killeuse Lalaurie 00
© Naila Maiorana

Carte d’identité

Nom: Marie Delphine Lalaurie.
Née en: Louisiane (USA).
Occupation: mondaine.
Nombre de meurtres: entre un et plusieurs dizaines.
Période d’activité: 1831-1834.
Mode opératoire: tortures diverses et variées.
Sentence: aucune. Elle serait morte quelque part en France.

Elle est belle, la demeure du 1140, rue Royale. Située en plein milieu du Vieux- Carré, quartier historique de La Nouvelle-Orléans, elle se dresse avec ses trois étages, sa cour intérieure, son entrée majestueuse. Certains ont cru discerner à la fenêtre du dernier niveau un homme à la peau noire, tenant sa tête sous le bras. Normal. Depuis le 10 avril 1834 précisément, cette cossue maison est hantée. Sacrément hantée. Et c’est la faute d’une certaine Marie Delphine Lalaurie, belle mondaine d’ascendance créole.

Dans La Nouvelle-Orléans fraîchement entrée dans le giron des Etats-Unis d’Amérique, madame aime recevoir la haute société. Deux fois veuve, remariée à un médecin français, on la dit délicieuse. Juste un peu brusque, parfois, avec ses esclaves. On ne sait pas encore qu’elle garde à l’attique, derrière une porte cadenassée, une poignée de malheureux, suspendus entre la vie et la mort. Il faut dire qu’elle préfère être discrète, madame Lalaurie: le Code noir est en vigueur dans la ville. S’il autorise les coups de fouet et les fers pour le petit personnel, il interdit expressément toute autre atteinte corporelle. Coudre les lèvres d’un esclave qui a volé un biscuit, ou ouvrir les entrailles d’un autre et lui en faire une ceinture, lui vaudrait – vraisemblablement – un passage devant le juge. On ne parle même pas de son idée ingénieuse, consistant à glisser un bâton en bois dans le crâne d’un homme à l’esprit un peu lent pour lui «remuer les idées».

Enchaînée aux fourneaux

Dans cette ville érigée ex nihilo sur un delta du Mississippi, il y a à peine un siècle, les faits se mêlent aux mythes. Aristocrates européens et reines vaudoues se rencontrent parfois pour d’étranges messes, dit-on. Pas étonnant que la ville ait inspiré des auteurs comme Poppy Brite ou Anne Rice. Vampires, pirates, démons des marais, faites votre choix. Alors, quand les premières rumeurs commencent à courir sur madame Lalaurie, les notables n’y prêtent pas beaucoup d’attention. Oui, une jeune esclave, Nina, est bien tombée du toit après avoir, semble-t-il, fait mal à sa maîtresse en la coiffant. Mais c’est un accident, n’est-ce pas? Ces cris qui effraient les voisins? Encore une altercation dans les quartiers réservés aux esclaves…

Mais c’est la vieille cuisinière de madame, enchaînée aux fourneaux, qui va finalement permettre de découvrir le pot aux roses. A bout (certains disent que c’est la grand-mère de la jeune Nina), elle veut mettre fin à ses jours en boutant le feu à la maison. Lorsque l’incendie éclate, pompiers et voisins accourent rapidement. La propriétaire des lieux leur hurle dessus, demandant de mettre à l’abri ses toilettes, des tableaux. Mais les hommes veulent d’abord sauver des vies, seraient-elles d’esclaves noirs. Face à la porte verrouillée de l’attique, ils demandent les clés à madame, qui refuse. Ni une ni deux, ils font donc sauter le cadenas. Et entrent.

Le sanglier vengeur

A partir de cet instant, les récits divergent. Une chose est sûre: le sol est poisseux. Comme si des litres de liquide visqueux avaient commencé à sécher. Dans cet espace confiné, il y a des esclaves. Entravés. Torturés. Mutilés. Il est question de peau savamment prélevée, d’orifices cousus, de blessures traitées au sel ou au miel, d’articulations brisées. De seaux remplis d’organes. On fait sortir ceux qui sont encore vivants, même si cet adjectif convient tout juste pour qualifier les malheureux. La foule, évidemment, accourt pour voir le spectacle. Certains assurent aux secouristes avoir entendu d’autres cris à l’aide. La bâtisse, passablement ravagée par les flammes, est passée au peigne fin, mais on ne trouve plus personne. La légende de la maison hantée peut commencer.

Profitant de la cohue provoquée par l’incendie, madame Lalaurie serait montée à bord de sa calèche, comme elle le faisait chaque soir pour aller se promener. Sauf que, cette fois, elle prend la direction du port. Et on ne la reverra plus. Là encore, les sources se perdent en conjectures. Pour certains, elle aurait embarqué pour la France, et serait morte paisiblement à Paris, entourée de nouveaux amis. Pour d’autres, un sanglier (réincarnation d’un pauvre esclave?) l’aurait mortellement chargée à Pau. D’autres encore pensent qu’elle n’a jamais quitté les Etats-Unis. On aurait d’ailleurs retrouvé une plaque mortuaire à son nom au cimetière de Saint-Louis, mais ses descendants l’auraient détruite pour éviter toute profanation.

Nicolas Cage et les ghostbusters

Au fil des années, la vie de cette «socialite» créole sera toujours plus romancée. Journalistes, sociologues, féministes vont y aller de leur récit, ressortant des coupures de presse de l’époque ou le témoignage d’un voisin qui aurait vu madame, aidée de Bastien, son fidèle esclave, en train d’enterrer des corps dans le jardin. Quelques jours après le fameux incendie, des gens auraient retrouvé plusieurs cadavres coincés sous le plancher, ce qui expliquerait l’origine des appels à l’aide. Une femme esclave aurait été démembrée, puis «remembrée» de manière originale pour créer un «crabe humain». Madame Lalaurie cacherait dans une (deuxième) pièce secrète un bébé maléfique, né de ses amours avec… un démon des marais… La machine à fabriquer des légendes tourne à plein régime.

Reste que depuis ce jour d’avril 1834, la maison située au croisement des rues Royal et Governor Nicholls est maudite. Tour à tour conservatoire de musique, bar, résidence, magasin de meubles, école de jeunes filles, la demeure change constamment de main. La faute aux fantômes, forcément, et aux os que l’on découvre à chaque fois que l’on désire effectuer des travaux. Parmi les tout derniers acquéreurs, le comédien Nicolas Cage, qui – dit-on – y a souvent organisé des événements, mais a toujours pris de soin de quitter les lieux avant la nuit tombée.

Un immense mystère plane encore sur les agissements réels de Marie Delphine Lalaurie. Et si son médecin de mari, le si discret Louis, avait profité de cette manne d’êtres humains à disposition pour effectuer quelques expérimentations médicales? Et si madame, sadique au possible, était, en fait, l’assistante de monsieur? Autre hypothèse glaçante: serait-ce la maison elle-même qui aurait commandé à la si jolie jeune femme de perpétrer toutes ces abominations? «Welcome to New Orleans».


©Reading Tom/Flickr

1140, rue Royale. Une étape incontournable dans la tournée des maisons hantées de La Nouvelle-Orléans. C’est ici, à l’attique, que madame torturait ses esclaves.


©Getty Images

Censé protéger les esclaves des abus, le Code noir autorisait toutefois les coups de fouet et les fers. Mais aucune autre atteinte corporelle. D’où la discrétion de madame.


©FX

Kathy Bates (inoubliable dans «Misery») a revêtu les habits de madame Lalaurie pour la 3e saison de la série «American Horror Story». Frissons garantis.

Les écrits sur «la plus célèbre meurtrière de La Nouvelle-Orléans» ne sont pas nombreux, surtout en français. «Mad madame Lalaurie» (History Press) raconte le mythe avec force détails – âmes sensibles s’abstenir – pour, ensuite, mieux le relativiser.


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