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«Paye Ta Shnek» s’arrête… et le constat est amer pour sa créatrice

«Paye Ta Shnek» s’arrête… et le constat est amer pour sa créatrice

La liste des témoignages publiés sur le Tumblr de «Paye ta Shnek» est saisissante et fait froid dans le dos.

© Instagram payetashnek

15 000 témoignages recueillis. 15 000 histoires de victimes à lire, à digérer, à aider, à publier. Après 7 ans, Anaïs Bourdet jette l’éponge et ferme le formulaire de contribution sur le Tumblr «Paye Ta Shnek». Sur ce dernier, chacun pouvait envoyer son témoignage racontant une agression, un harcèlement, une violence sexuelle. Via Facebook, la jeune militante française explique sa décision:

Je n’en peux plus. Je n’y arrive plus. Je n’arrive plus à lire vos témoignages et à les digérer en plus des violences que je vis dès que je mets le pied dehors.

«Burn-out militant»

Comme le rappelle Titiou Lecoq dans un article publié sur «Slate», Anaïs est graphiste free-lance, «on ne lui a pas appris à gérer la souffrance des autres, et celle que cela pouvait engendrer chez elle. Et puis, la plupart du temps, le travail ne s’arrête pas là. On prend du temps pour participer à des rencontres, des tables rondes, des conférences. Et là, c’est un investissement de temps qui pose la question du militantisme. Comment gérer une vie professionnelle souvent précaire et un engagement qui pourrait prendre toute la place mais qui est effectué gratuitement?»

Et lorsque, malgré tout ce que l’on donne, les choses n’évoluent pas, cela est moralement très difficile à encaisser. Car Anaïs en est convaincue: après #MeToo, Balance Ton Porc et les nombreux lieux d’échanges qui ont vu le jour sur le même modèle que le sien («Paye ta blouse», «Paye ton utérus», «Paye ta robe» pour n’en citer que quelques-uns), il faut passer à la vitesse supérieure. «Témoigner ne suffit plus: rien n’a changé, les hommes sont toujours aussi violents», explique la Marseillaise.

«Oui, les hommes. J’ai bien dit les hommes. Toujours trop nombreux à nous traumatiser, toujours pas assez nombreux à nous aider pour que ça pèse dans la balance.»

Les politiques, en France comme en Suisse, tardent à mettre des mesures concrètes en place pour protéger les femmes. En 7 ans, Anaïs n’a «pas réussi à observer le moindre recul, n’hésitant pas à parler de «constat d’échec». Sans évoquer le «burn-out militant» qui, comme le souligne Titiou Lecoq, touche de nombreuses féministes. Régulièrement victimes de cyber-harcèlement organisé, elles doivent sans cesse lutter contre ces haters qui cherchent à les faire taire, bien cachés derrière leurs claviers.

Sororité et solidarité: le combat continue

Pour autant, Anaïs Bourdet souligne «les formidables élans de solidarité» dont elle a été témoin. Elle continuera également d’animer le podcast YESSS, poursuivant ainsi sa lutte contre les oppressions sous une autre forme. Quant aux comptes féministes sur les réseaux sociaux, ils sont bien loin d’avoir dit leur dernier mot. On pense notamment à «Nous Toutes» qui partage statistiques et phrases chocs sur les violences conjugales, «T’as pensé à» sur la charge mentale, «Je m’en bats le clito» et ses punchlines bien senties, «Dans la bouche d’une fille» et sa lutte contre les stéréotypes ou «Gang du Clito» sur la masturbation féminine. En ligne et dans la rue, le combat contre le sexisme continue, et «Paye ta Shnek» y aura grandement contribué.

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