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Elle apparaît calme, tranquille, pondérée. Mais à l’intérieur ça bouillonne. Personnalité réservée, attachante et contrastée, Pauline Gygax, 40 ans, est à la fois constante et impatiente, douce et ferme, bienveillante et colérique, désespérée et optimiste. Langue de vipère à l’occasion, «J’adore vanner», se fermant parfois comme une huître, Wikipauline pour ses amis en raison de sa mémoire d’éléphant, est aussi et surtout une combattante.

Une mère photographe et psychologue

Elle a hérité sa pugnacité de sa mère, photographe devenue psychologue. «C’est ma première inspiratrice. Elle m’a toujours montré qu’on est seule maître de son existence et que rien n’est impossible.» Du coup, Pauline ne baisse jamais les bras. «Je suis même très créative dans les situations complexes, voire de crise qui me galvanisent. Mon côté masochiste! Quand c’est mal parti, je fais preuve de beaucoup d’inventivité pour en sortir.»

Poussée par le credo maternel, son goût du risque et du défi, Pauline a décidé en 2003, après un passage par la photographie, de fonder avec son mari Max Karli, Rita Productions. Le temps lui a donné raison. A l’actif de la maison de jolis succès et une dernière grande réussite avec «Ma vie de courgette», de Claude Barras, qui a fait un tabac à Cannes et a été sélectionné pour la course aux Oscars de la meilleure animation et du meilleur film étranger en février prochain. Il sort le 19 octobre en Suisse romande.

Son inspiratrice? La réalisatrice Céline Sciamma

Tout ce qui est lié de près ou de loin à l’image représente le centre de la vie de Pauline Gygax. Une passion inconditionnelle, née de la découverte très jeune du cinéma grâce à son père, et qui demande à être nourrie. La réalisatrice française Céline Sciamma est une de ses sources d’inspiration. «Je la suis depuis son premier film «Naissance des pieuvres». Elle a prouvé son talent dans l’écriture, la mise en scène et se montre particulièrement affûtée dans son approche de l’univers si délicat de l’enfance et de l’adolescence. C’est ce qui m’a incitée à lui confier le scénario de «Ma vie de courgette», l’histoire de ce vaillant petit garçon se croyant seul au monde à la mort de sa mère.»

Avec Céline Sciamma, son Jiminy Cricket, Pauline partage sens de l’humour, curiosité intellectuelle et exigence personnelle. «C’est un modèle dans les valeurs qu’elle transmet, un rappel au réel et au politique. Elle me stimule dans mes choix. Il y a autant de producteurs que de manière de faire. J’opte pour une œuvre lorsque je pense saisir ce que l’auteur a envie d’exprimer et devenir ainsi la bonne personne pour l’emmener jusqu’au bout. Mon métier me rapproche aussi d’une réalisatrice comme l’Allemande Maren Ade, sélectionnée en mai dernier en compétition à Cannes. Autant productrice que réalisatrice, elle privilégie un cinéma notamment porté par les acteurs pour qui elle éprouve un amour absolu. C’est également mon cas et le genre de films que j’accompagne.»


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Biberonnée au féminisme des années 70 entre deux parents pour qui la chose se situait «au-delà de l’évidence», Pauline s’est pourtant rendu compte plus tard que c’était loin d’être la norme. Sans exclure les hommes, sa défense claire, résolue et absolue de la cause la porte donc spontanément vers des artistes féminines, dont elle admire le travail et s’inspire. Elle évoque plus particulièrement Chantal Ackermann. «Le choc que j’ai ressenti en découvrant adolescente Jeanne Dielman, sorti en 1973, vous ne l’imaginez pas. Au-delà de ce qu’il racontait de la femme, de cette petite chorégraphie aliénante du quotidien, ce film m’a parallèlement ouvert un immense champ du possible. J’ai compris qu’on pouvait tenter une expérience de cinéma total, non classique et complètement accessible.»

Entre Cynthia Fleury et Susan Sontag

Mais le septième art n’est pas le moteur unique de cette mère d’un garçon de 15 ans et d’une fillette de 9 ans. Elle puise partout, ce qui lui permet de mieux se connaître. Susan Sontag, par exemple, qui ne s’est jamais laissé enfermer dans une chapelle, la fascine par sa liberté. «Elle est autant philosophe, qu’écrivain et artiste. Ce côté pluridisciplinaire résonne en moi. Mon fil rouge c’est l’image, mais je déteste me limiter à un seul domaine d’expression ou d’étude. Je ne veux pas être qu’une productrice. Ou qu’une maman, même si cela me remplit de bonheur et de fierté.» Les écrits de Susan Sontag, qui remet constamment au centre la culture et la politique, se révèlent donc particulièrement motivants. «Ils m’aident à tenir le coup quand je me pose des questions. Comment me situer dans le monde, en être un acteur et, en tant que parent, transmettre, accompagner, guider?»

Dans cet ordre d’idées, il n’est pas étonnant qu’elle se reconnaisse pareillement dans la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury: «J’aime son regard sur les choses, la façon dont elle alimente sans cesse les autres par ses pratiques diverses. Son dernier ouvrage, «Les irremplaçables», construit autour de la question du légitime souci de soi, du vivre ensemble, est d’une actualité frappante. J’inculque cette pensée à mes enfants et il s’agit pour moi d’un des défis les plus importants d’aujourd’hui».

Ce qui la dope: Outre mon amour inconditionnel de l’image, il y a la famille, l’amitié, les défis, les délais. J’adore les défis et je cours sans cesse après les délais.

Son don inattendu: Je suis la reine des blind tests. Je suis même pratiquement incollable sur ce qui existe depuis 1970 dans toutes les musiques, ou presque.

Sur sa shamelist: Alors que je prône l’exigence, j’ose à peine avouer que je suis fan des séries mélo comme «Greys Anatomy» ou «Scandal», que j’ai regardées compulsivement.

Son dernier fou rire: Avec Max, mon associé, en découvrant un article sur un tournoi international de cache-cache! De quoi combler notre penchant pour l’absurde et l’insolite.

Son buzz: Repérant le groupe de rock La Femme, Pauline tombe sur un morceau qu’elle adore. «Je crois avoir découvert un bijou inconnu et trois semaines plus tard, tout le monde en parle, il fait les couvertures des magazines et s’affiche absolument partout!»

Sa news Femme: Najat Vallaud-Belkacem s’élève contre le pape qui dénonce une théorie du genre soi-disant présente dans les manuels scolaires français comme un «sournois endoctrinement», alors que ces ouvrages ne font que rappeler de ne pas hiérarchiser les genres. Un blasphème pour l’Eglise catholique, l’égalité des sexes?

Son actu: «Ma vie de courgette» de Claude Barras sort le 19 octobre en Suisse romande (lire notre critique du film pour plus d’infos). Le long-métrage a bouleversé la Croisette, décroché les prix des festivals d’Annecy et d’Angoulême, celui du public à San Sebastian. Il représentera la Suisse aux Oscars.

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