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    Cinéma: pourquoi «Ma vie de Courgette» nous a émues aux larmes

    Lauréat du Valois de diamant à Angoulême et déjà candidat pour une nomination aux Oscars, le film d’animation de Claude Barras connaît des valses d’applaudissements avant même sa sortie en salles (prévue pour le 19 octobre 2016.) Simple, touchante et tellement pure, la magnifique histoire du petit «Courgette» a réchauffé nos cœurs et inondé nos yeux. 

    Publié le 
    10 Octobre 2016
     par 
    Ellen De Meester

    «Je crois qu’il préfère qu’on l’appelle Courgette», murmurent les adultes à propos du petit Icare, neuf ans. Ils tentent de se montrer compréhensifs, car le garçon vient de perdre sa maman, laquelle est brutalement tombée d’un escalier alors qu’elle était ivre. D’ailleurs, Courgette se demande si la mort de sa mère n’est pas un peu de sa faute; après tout, c’est lui qui a refermé la porte du grenier avant que sa maman ne puisse l’atteindre. Il n’avait vraiment pas envie de se faire punir cette fois… Son papa? C’est un cerf-volant. Une sorte de super héros que l’enfant a fabriqué lui-même et qu’il suspend parfois au rebord de sa fenêtre, afin de le voir voler, pour de vrai, dans les airs.


    © Ritaproductions

    Parce que le scénario est simple. Simplement triste.

    En fait, Courgette n’a pas de parents. Il n’en a plus. C’est pour cela qu’on l’a emmené à l’orphelinat, où il vivra en compagnie d’autres enfants dépourvus de famille. Après avoir rangé ses rares possessions dans le tiroir qui sera désormais le sien, Courgette fait la rencontre de Simon, le «chef» du groupe, un petit cancre aux cheveux flamboyants auquel on s’attache presque immédiatement et qui fera fondre nos cœurs. Selon lui, l’orphelinat est un endroit pour ceux qui n’ont «plus personne pour les aimer.» On voudrait lui prouver le contraire; peut-être est-ce pour cela qu’on se surprend à l’aimer autant.

    S’enchaînent alors des journées tranquilles, rythmées par les cours, des histoires d’hommes de Cro-Magnon, des repas avec les autres habitants du foyer, Alice, Jujube, Ahmed, Béatrice et Simon; que d’instants doux qui forment petit à petit une routine rassurante. Courgette se sent à sa place et, enfin, construit ce qui se rapproche de plus en plus d’une famille.

    C’est alors qu’une nouvelle fait son arrivée à l’orphelinat: elle s’appelle Camille, les raisons de sa venue sont mystérieuses et, presqu’aussitôt, le cœur du petit Courgette se met à battre à la chamade…


    © Ritaproductions

    Parce que les personnages nous bouleversent

    Courgette, Camille, Simon et les autres résidents du foyer empruntent leurs voix à de vrais enfants, ce qui insuffle au film une fragilité très douce, quelque chose d’extrêmement vulnérable. Les rires d’enfants, les notes d’inquiétude, d’enthousiasme et de tristesse qui pointent dans ces petites voix, parviennent à faire vibrer des cordes sensibles dont nous avions presque oublié l’existence.

    Chaque enfant se trouve à l'orphelinat pour une raison particulière. Connaître cette raison représente pour les autres la clé du secret, la compréhension de la blessure d’un camarade. Parents dépendants, violents, expulsés du pays, abusifs: chacun a connu sa tragédie et doit vivre avec une faille qui se reflète dans son comportement, marquant de manière flagrante son caractère encore si jeune. Béatrice par exemple, se rue vers la porte dès qu’elle entend le vrombissement d’un moteur en s’écriant «Maman !» Jujube, quant à lui, est un peu hypocondriaque et mange du dentifrice.

    Le passé des personnages est tellement omniprésent dans leur caractérisation qu’ils en deviennent plus complets, plus entiers, déjà si marqués par la vie alors qu’ils la connaissent depuis si peu de temps.


    © Ritaproductions

    Parce que le stop-motion nous fascine

    «Ma vie de Courgette» est une œuvre qui rappelle une fragile sculpture, montée avec précision, délicatesse et résultat d’une incroyable patience. On croirait qu’une bourrasque de vent trop violente serait à même de renverser tout ce petit décor consciencieusement mis en place. Telle est l’impression que donne le «stop motion», une technique d’animation qui consiste à modifier légèrement la position et l’expression des figurines façon «pâte à modeler» à chaque prise de vue.

    Le tournage du film a en effet demandé un total de dix-huit mois de travail, avec seulement trois secondes d’images produites par jour. L’ampleur de ces efforts se ressent tout au long du film, au-travers de l’attention portée aux détails. Les visages ronds et larges des personnages donnent une place privilégiée à l’expression des émotions. Leurs faciès, dont l’esthétique ne séduit pas tout le monde de prime abord, est aussitôt adoptée et rapidement nous embarque.

     

     

    Parce que nous avons tous été petits

    Les personnages adultes sont rares, pas toujours gentils, amènent l'incertitude, la peur, ou au contraire le réconfort. Ainsi, la plupart des réflexions et des discours, aussi profonds et douloureux soient-ils, sont ceux des petits. Leur émerveillement face au monde, aux versants qu’ils viennent à peine d’en découvrir, est très attendrissant. Et en même temps, la lucidité avec laquelle ils en comprennent la dureté nous tord le cœur.

    Pour Claude Barras, le film est avant tout un «hommage à tous les enfants maltraités qui survivent tant bien que mal à leurs blessures.» Adaptation du roman de Gilles Paris, «Autobiographie d’une Courgette», il veut raconter la «force de résilience d’un groupe d’amis» et prône «l’empathie, la camaraderie, le partage, la tolérance.»

    Le réalisateur Suisse voulait créer un film «pour les enfants, qui leur parle de la maltraitance et de ses remèdes.»  Il sera néanmoins parvenu à toucher les adultes également. Les «grands enfants» que nous sommes, restées scotchées sur notre siège, encore toutes retournées, nous sommes retenues de pleurer. Sans succès.

    Et pour finir, nous applaudissons vivement notre Femme Femina, Pauline Gygax, productrice du film et co-fondatrice de RITA Productions! 


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