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Martin Suter, romancier et fils de pub

Femina 44 Martin Suter

Martin Suter est également le parolier de Stephan Eicher, il l’accompagnera en tournée, à l’harmonica et disant des textes tirés de «Songbook», leur livre-CD est annoncé fin octobre 2017.

© Frank Bauer/Contour by Getty Images

On connaît l’apparence: dandy, costume trois-pièces et boutons de manchette. On connaît le romancier, 14 livres traduits en français, aucun ne ressemblant à l’autre (sauf ceux de son inspecteur von Allmen). Mais l’homme Martin Suter?

Grand voyageur, il crapahuta en Land Rover de Suisse à Ceylan via le Sahara, le Nigeria, le Kenya… Nomade sédentaire, il «pendula» vingt ans entre le Guatemala et Ibiza. Publicitaire amoureux de la langue, il cache des talents de mécanicien (pour la Land Rover dans le désert) et de vigneron. Plaisantin fantaisiste, il adore les blagues.

Tout cela est évoqué sans avoir l’air d’y toucher, dans la maison en terrasse zurichoise où Martin Suter vit avec sa femme et leur fille. Dans sa pièce de travail, deux ordinateurs, sur le bureau pour travailler assis et sur le pupitre haut pour écrire debout, en alternance pour feinter de sévères maux de dos. Une bibliothèque est remplie de livres «dans la famille depuis plusieurs siècles». Pas de quoi, pourtant, prédestiner le jeune Martin à l’écriture. Ni son père, chimiste spécialiste de la photo, ni sa mère, secrétaire, ne s’y adonnaient. Il y avait bien un grand-père tourné vers les Muses, dont l’écrivain, attendri, feuillette les carnets dessinés avant de raconter une jeunesse en plusieurs morceaux.

Littérature et balles réelles

Zurich jusqu’à 12 ans, puis Fribourg, pour le travail du père. Il étudie en allemand mais apprend vite le français. Grâce aux filles: «J’avais toujours mon minidictionnaire pour pouvoir leur parler.» Nul en maths, il rattrape le grec en un été, mais le bac s’annonce hors de sa portée à Bâle où le père a été rappelé chez Ciba. Malin, Martin passe en Suisse les examens de… l’Université de Londres.

Il s’ennuie en Lettres, le père de son amoureuse interdit le mariage avec ce dilettante: le voici assistant en publicité, chez GGK, agence prestigieuse. Le directeur créatif repère les textes qu’il écrit en douce, le voici rédacteur. Et marié, à 21 ans, avec Viviane, 18 ans, étudiante aux Beaux-Arts. Une splendide toile d’elle trône dans le bureau de l’écrivain. «Nous sommes restés de très bons amis après la fin de ce mariage d’enfants.»

Sept ans tout de même, au cours desquels il est à Vienne le directeur créatif d’une filiale de GGK, puis démissionne pour une année de voyage avec sa femme en Land Rover. En Sicile, on leur tire dessus pour les dévaliser. Aventurier téméraire? «Non. Le courage n’est pas d’ignorer la peur mais de la vaincre.»

De la pub, il passe aux scénarios pour la télévision et le cinéaste Daniel Schmid, aux reportages pour Géo, aux chroniques journalistiques satiriques sur le business. Et au roman. «J’ai toujours trouvé facile d’écrire, à Saint-Michel j’étais de ces étudiants désagréables dont on lit les compositions.» Martin Suter «aime raconter des histoires»: «Small World, Un ami parfait, Lila Lila, Montecristo…»

Ses modèles? Des admirations, plutôt, des affinités. E.T.A. Hoffmann et Graham Greene, Cendrars et Elmore Leonard, Dürrenmatt et William Boyd. Un sourire: le respect absolu du lecteur, il l’a appris auprès des publicitaires de GGK. Travailler à fond, savoir laisser tomber les romans qui ne fonctionnent pas tout à fait – il a horreur du rafistolage.

Mais le gentleman zurichois remercie d’abord la voisine anglaise de Fribourg qui lui fit découvrir à 14 ans l’autobiographie du très british Somerset Maugham. «Mon héros! Je le lis toujours, et tombe souvent sur des choses qui auraient pu être de moi…», lâche-t-il avec un rire retenu. Il ouvre «Notes d’un écrivain», de Maugham, et lit: «[…] les personnalités multiples qui forment un caractère. La facette qui domine en ce moment va laisser la place à une autre – laquelle est mon moi authentique? Toutes, ou aucune?» Il repose le livre. «C’est beau L’identité est un des thèmes de tous mes livres: qui suis-je, qui pourrais-je être encore?»

Soi, cet inconnu

En 1975, Martin Suter rencontre la styliste Margrith Nay. Ils vivent en alternance à Ibiza et au Guatemala, où elle dessine et fait construire leurs maisons, adoptent deux enfants – le décès accidentel, en 2009, du petit garçon de trois ans obscurcit leur vie. Le retour à Zurich? Pour la scolarité d’Ana, âgée aujourd’hui de 11 ans. La proximité du Kunsthaus ravit l’amateur d’art, le sédentaire globe-trotter continue ses voyages. Il égraine des épisodes, raconte comment à New York sa fille de 7 ans lui dit: «J’aime toutes les religions» et, en voyage en Asie, «prie devant chaque autel». Lui-même, élevé dans le protestantisme, «aurait bien voulu croire». Impossible après la mort de son fils.

A 69 ans, il aimerait vivre encore longtemps, et pas seulement parce que sa fille est encore jeune. L’idée de retraite lui déplaît. Ecrira-t-il encore beaucoup de livres? «Ce serait joli.» L’inspecteur von Allmen va revenir; quant à «Eléphant» (Ed. Christian Bourgois), ce roman qui interroge en profondeur les dérives de nos sociétés, il progresse dans la jungle des librairies, parmi les meilleures ventes.

Son actu Parolier de Stephan Eicher, il l’accompagnera en tournée, à l’harmonica et disant des textes tirés de «Songbook», leur livre-CD annoncé fin octobre 2017.

Ce qui le dope «Le champagne!» Souvent? «L’apéritif avec ma femme, c’est un verre de champagne.»

Son dernier fou rire «Une blague impossible à écrire. Je vous la raconte quand même. Un client entre dans une boulangerie: «J’aimerais un [Martin Suter grimace et produit de surprenants borborygmes] avec de la crème. La vendeuse: Avec quoi?»

Sur sa shamelist «Ce slogan, écrit pour une banque: ‛Laissez votre argent travailler pour vous, parce que vous aussi travaillez pour votre argent’. Plus tard, je l’ai trouvé cynique: l’argent ne travaille jamais.»


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