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#FeminaOpinion: Un homme se maquille, le monde part en vrille

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L’idée de visionner un tutoriel beauté réalisé par un garçon ne m’était jamais venue à l’esprit. Lorsqu’une question d’illuminateur ou de primer me turlupine, je consulte généralement la chaîne d’une YouTubeuse beauté, choisie au hasard parmi l’océan de possibilités qui inonde le Web. Mais comment aurais-je pu ignorer ce phénomène depuis que CoverGirl et compagnie ont pris l’importante décision de se mettre à la page en désignant des égéries masculines, l’univers du mâle expert en maquillage attire de plus en plus de regards (admiratifs, incrédules ou hilares, mais tout de même des regards).

Intriguée (et, je l’avoue, lors d’un interminable voyage en train), j’ai fini par sélectionner une vidéo du fameux Manny Gutierrez, le plus récent ambassadeur du géant Maybelline. En quelques minutes de blablatage, il propose de passer en revue ses déceptions de l’année quant aux produits de beauté qu’il a testés. J’appuie sur «play» et m’attends à être surprise.

Toutefois, le constat final m’apparaît en quelques minutes à peine, suffisamment longtemps pour entendre l’attendrissant Manny réduire en cendres mes illusions quant à mon dernier achat chez Sephora: en fait, c’est comme si je regardais une vidéo réalisée par une fille. Il n’y a pas de différence: ce jeune homme hyperconnecté sait manifestement de quoi il parle et argumente solidement ses opinions, ainsi que l’aurait fait n’importe quelle Sananas ou EnjoyPhoenix. Bluffée, je me surprends à changer d’avis sur certains produits de ma liste de courses mentale, convaincue par les arguments de Manny. (Et en plus, je suis obligée d’admettre que ses cils sont mille fois plus beaux que les miens…)

«Sans contrefaçon, je suis un garçon»

Bon, la question n’est pas toute récente: tandis que certains hommes commencent à s’intéresser à un univers longtemps réservé et associé aux femmes, nous constatons que ce genre de mouvement exige progressivement le floutage des frontières qui distinguent les genres dans leur conception classique. Et quelle que soit notre opinion sur la question, il faut admettre que nous semblons traverser une période de mutation – à moins que nous nous trouvions à l’aube de celle-ci.

Dans les faits, il apparaît que l’univers des cosmétiques, gentiment, se met à élargir ses perspectives et à s’ouvrir aux hommes; les marques auraient sans doute été déraisonnables de s’accrocher aux codes qu’une génération connectée fleurissante s’évertue gentiment à défier. Les YouTubeurs beauté tels que Manny Gutierrez et James Charles accumulent en effet un bon nombre d’abonnés, filles et garçons confondus, et inspirent par une tolérance infinie envers tous.

Ils sont loin de s’être fait uniquement des amis cependant, et cela parce qu’ils revendiquent une généralisation de leur manière d’envisager la masculinité. Mais là n’est pas la question, messieurs dames: quand aura-t-on simplement le droit de faire ce que l’on veut, de trouver sa place, sans entraîner d’interminables débats sociaux sur la vraie identité des sexes? Et rappelons qu’un homme maquillé avec autant d’extravagance n’est pas obligé de nous plaire, tout comme une fille fardée à outrance ne nous paraîtra pas forcément magnifique non plus.

«Comme un homme, sois plus violent que le cours du torrent»

Puisqu’une fille a le droit de se balader sans maquillage, un garçon devrait également pouvoir camoufler un bouton ou des cernes, non? Et là je pense au simple coup de correcteur, et non pas aux épaisses couches de maquillage qu’aime appliquer Manny Gutierrez. D’autant plus qu’il y va probablement un peu fort, afin de nourrir cette image extravagante qui suscite tant de buzz sur YouTube. Il semble totalement injuste que nous dissimulions sans scrupule les défauts de notre visage, alors que les hommes sont condamnés à se balader avec leurs furoncles, sous prétexte que le fond de teint, c’est pour les filles. C'est en tout cas l'opinion du jeune vlogueur Chris Oflyng:

De même, un garçon a bien le droit de pleurer devant un film, sans qu’on remette en cause sa virilité; oui, parce qu’une femme qui ne montre pas ses émotions ouvertement ne sera pas traitée de rustre. Nous pourrions élargir ces comparaisons à de nombreux domaines, tels que le congé paternité et la pilule contraceptive, mais la conclusion serait la même: puisque nous réclamons tant l’égalité, puisque que ce mot est sur toutes les lèvres, ayons la décence de l’accepter dans les deux sens.

«Qui suis-je? Qu’y puis-je?»

En fait, lorsqu’on y réfléchit quelques minutes, il semble évident que la question dépasse de loin ces quelques traits d’eye-liner dessinés sur les paupières d’un homme. Evidemment, le monde réagit de manières bien différentes au phénomène, incapable de garder son opinion pour lui-même (merci, Internet…). Nous nous rappelons des propos d’un certain blogueur nommé Matt Walsh, lequel avait mis le maquillage masculin sur le compte d’un manque de présence paternelle («Voici pourquoi les pères devraient être présents pour leurs fils!»)… Bon, alors si je comprends bien, le maquillage c’est pour les filles et le Foot c’est pour les garçons? Nous invitons gentiment ce Monsieur à dédramatiser, avant de visionner les films «Billy Eliott» ou «Joue-là comme Beckham» (une prise de notes serait la bienvenue).

Mais l’égalité des sexes n’est pas non plus synonyme de domination des mâles. Une femme ne peut exiger les mêmes droits que les hommes sans accepter que ces messieurs disposent également des siens. Ah, non, désolée, ça marche dans les deux sens. En fin de compte, chacun devrait simplement pouvoir faire comme il veut sans être jugé, sans être catégorisé et sans être traité différemment.

Nous sommes si occupées à nous plaindre des inégalités qui subsistent encore en Europe (alors qu’une Indienne ou Saoudienne aurait du mal à en croire ses oreilles) que nous oublions les conséquences de nos protestations sur le sexe opposé: l’homme aussi doit se redéfinir, retrouver une place dans ce monde qui change, dans ces genres qui réaffirment leurs frontières. Et n’allons pas tout dramatiser (comme Monsieur Walsh) en imaginant déjà une égérie masculine dans une publicité Tampax. Laissons à ces Messieurs le temps de trouver leur place parmi ces femmes de plus en plus affirmées, de plus en plus fortes, et n’oublions pas qu’ils ne sont pas l’ennemi, mais l’allié. Faisons davantage attention avant d’utiliser le terme «féminisme». Car une notion aussi importante ne devrait pas devenir un fourre-tout sémantique.

Tout cela, à cause d’un peu de rouge à lèvres? Il faut dire qu’il l’a bien cherché, ce Matt Walsh. Et même si je préférerai probablement toujours l’homme sans maquillage, que ceux qui ont envie de redessiner le contour de leurs sourcils se fassent plaisir! De toute façon, il faut de tout pour faire un monde.


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