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Beyoncé et Jay-Z, Victoria et David Beckham, Michelle et Barack Obama. Le point commun entre ces trois couples? Ils font chambre à part. Certes, avec leurs soixante-sept pièces à disposition et leurs vingt-deux résidences secondaires, l’option dodo séparé n’implique pas, pour eux, d’en passer par la case «canapé clic-clac». Mais la tendance touche aussi M et Mme Tout-le-monde. Aux Etats-Unis, un couple sur cinq l’a adoptée, ils sont 30 à 40% au Canada, 10% en Grande-Bretagne, 8% en France. Et plus besoin d’avoir franchi le cap de la soixantaine: le phénomène se développe aussi chez les jeunes couples.

«Ce choix n’est alors plus lié à une difficulté de cohabitation de lit qui durerait depuis des années, mais à un fonctionnement différent de la relation conjugale, explique le sociologue Jean-Claude Kaufmann. On privilégie ainsi la qualité de sommeil, son bien-être personnel.» Comme Joëlle, 38 ans, qui a cessé de dormir avec son mari il y a deux ans. «Nous n’avons pas du tout les mêmes horaires, c’est bien plus pratique comme ça. Le matin, on se réveille frais et dispos après une vraie nuit de repos.» Ceux qui ont les moyens d’un espace supplémentaire et qui ont sauté le pas ne le regrettent absolument pas, comme le prouvent les deux cents témoignages réunis et analysés par Jean-Claude Kaufmann dans «Un lit pour deux» (Editions JC Lattès). Cerise sur l’oreiller: sexuellement, faire lit à part améliorerait les choses, affirment sans rougir les couples interrogés. Cela brise une certaine routine porteuse d’usure, implique que les ébats amoureux répondent chaque fois au désir des deux conjoints, rallume la flamme de la libido.

Malgré ces arguments, Fabienne Kraemer, psychiatre et auteure de l’ouvrage «Solo no solo, quel avenir pour l’amour?» (Editions PUF), n’y croit pas du tout: «Les gens qui se vantent d’avoir retrouvé un nouveau désir sexuel en s’invitant dans la chambre de l’autre, ça va bien six mois. Une vie de couple est un challenge à beaucoup plus long terme. Après un certain temps, ceux qui font chambre à part ne font plus l’amour, c’est d’ailleurs le symbole des couples qui ont décidé de ne plus avoir de relations sexuelles.»

Chez toi ou chez moi?

Pas si sûr, à entendre Pauline, 54 ans, qui a dès le départ choisi de ne pas dormir avec son compagnon: «Faire chambre séparée nourrit l’ardeur amoureuse. Il y a toujours ce suspense, cette prise de risque, lorsque survient un élan de tendresse ou de désir et que l’on va vers l’autre: aura-t-il la même envie que moi? Il y a la surprise, aussi.» Joëlle partage cet avis: «Rendre visite à son compagnon, c’est excitant. On se demande alors: «Chez toi ou chez moi ce soir?» Impossible de tomber dans la routine.»

Le défi majeur? «Eviter que chambre à part signifie stratégie d’évitement ou aboutisse à un manque de désir par absence de contacts physiques, avance Nicolas Leuba, sexologue. La situation n’est pas si différente de celle du couple qui, avant l’emménagement à deux, habite séparément: on peut s’inviter mutuellement chez soi, créer une atmosphère propice à la rencontre amoureuse ou sexuelle, attirer l’autre dans sa chambre. Jouer, finalement, avec ce nouvel espace.» En donnant un sens favorable à ce choix, qu’il soit initial ou nouvellement testé, et en l’envisageant comme un enrichissement, l’expérience sera très probablement vécue positivement des deux côtés.

Pour faire rimer chambre buissonnière et vie commune épanouie, les couples qui s’y essaient devraient mettre en place de nouveaux rituels de rencontre. «C’est capital, lorsque l’on dort séparément, afin de ne pas s’éloigner et finir par vivre comme deux colocataires, note Jean-Claude Kaufmann. Quand on ne couche plus dans le même lit, on perd la sensualité de l’ordinaire, la présence de l’autre dans des instants particulièrement intimes. Il faut donc inventer de nouveaux moments à partager.»

Un besoin féminin

Le désir de dormir seul est majoritairement exprimé par les femmes. Ce sont elles qui, la plupart du temps, endossent le rôle du mauvais dormeur, subissent des assauts sexuels non désirés, rêvent d’investir un espace qui leur soit propre ou de maintenir une part de séduction dans le couple. Mais lorsqu’elles osent évoquer cette idée, elles se retrouvent face à un mur d’incompréhension. «Il n’est pas facile d’en parler à l’autre, confirme le sociologue. Souvent, le gros dormeur ne comprend pas le problème et ressent cela comme une attaque personnelle.»

Bien sûr, dans certains cas, la chambre séparée est une première étape avant la rupture définitive: la proximité de l’autre pose problème partout et le lit agit comme un révélateur. Mais le plus souvent, cette décision dénote un simple problème de cohabitation nocturne.

S’il n’est pas évident d’en débattre avec son conjoint, aborder le sujet en société est encore plus tabou. Affirmer «nous dormons séparément», c’est automatiquement s’exposer à des regards lourds de sous-entendus signifiants: «Aïe, votre couple bat donc sérieusement de l’aile.» Beaucoup ne comprennent pas, à commencer par Claude Habib, professeure de littérature et auteure du livre «Le goût de la vie commune» (Editions Flammarion). «Ça me glace un peu: pour moi, la bienveillance nocturne fait partie des bonheurs de la vie à deux. Et je ne vois pas pourquoi le ronronnement d’un chat ou le ronflement d’un feu de bois seraient tellement apaisants alors que les bruits émis par l’autre deviennent une telle cause de crispation. On a souvent l’impression qu’un autre problème se cache derrière.» Et Fabienne Kraemer de renchérir, pour qui dormir séparément est «le signe que l’on n’est pas tout à fait prêt à s’engager vis-à-vis de l’autre, que l’on préfère mettre de la distance».

A l’inverse, on constate ailleurs que faire chambre à part sauve des mariages. «On fonctionne rarement de la même manière, observe Jean-Claude Kaufmann. Certains ont chaud, d’autres froid, certains bougent, d’autres pas. Si l’on ne prend pas de mesures, la relation conjugale peut se dégrader. La recherche de bien-être personnel guide l’existence des gens aujourd’hui. Mais on observe un décalage entre l’évolution des comportements et les mentalités dominantes.»

Joëlle espère que le stigmate entourant la chambre à part finira par tomber, elle qui ne supporte plus tous ces gens persuadés que son mari et elle frisent le divorce. «Pour moi, c’est avant tout une preuve d’amour. Le contraire d’une décision égoïste: nous l’avons prise pour favoriser l’harmonie de notre couple.» L’avenir devrait lui donner raison, selon Jean-Claude Kaufmann. De plus en plus de gens, en effet, oseront exprimer les problèmes de cohabitation dans leur histoire... Chaton? Et si tu t’installais toi aussi dans la chambre d’ami?

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