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Genève, 1984. Sur la scène du Grand- Théâtre, Luciano Pavarotti incarne un Riccardo flamboyant dans «Le bal masqué», de Verdi. Le public est transporté. Et dans les chœurs, bouleversée par l’expérience qu’elle est en train de vivre, une adorable petite choriste de 12 ans prend une décision irrévocable: elle sera comédienne.

Trente-deux ans plus tard, enflammée encore par l’intensité de ce moment, aussi chaleureuse, simple et avenante au naturel qu’elle est garce, manipulatrice et cynique dans la série «Les mystères de l’amour», Carole Dechantre se remémore cette soirée fondatrice. «Je chantais et faisais du théâtre depuis l’âge de 6 ans: je sentais bien que la comédie était une espèce d’évidence. Mais ce soir-là, il s’est passé quelque chose de définitif.»

Tortillant une mèche de sa somptueuse crinière châtain, confortablement assise dans le salon de son appartement de Vevey, face au lac et aux Alpes qu’elle aime tant, la jeune femme irradie. Le regard net, franc, pétillant, elle se raconte au présent. Parle d’abord avec bonheur et fierté de «Jean Troillet, toujours aventurier», film hommage qu’elle et son mari, Sébastien Devrient, ont produit et réalisé pour célébrer leur ami «himalayiste». Explique ensuite comment, en vrai caméléon, elle passe sans souci des crampons de montagnarde aux stilettos d’élégante fashionista et des bivouacs de haute montagne aux soirées du show-biz parisien, tout en réalisant des documentaires avec son homme et en s’occupant de leurs deux enfants – Thaïs, 13 ans, et Nils, 6 ans. Puis, sans pathos mais combative, elle mentionne le cancer de la peau dont elle a été atteinte il y a deux ans, par abus de soleil: «Je suis un vrai champ de mines… Je paie pour mes inconsciences d’ado: on était vraiment cinglés, à l’époque!»

Soudain, ralentissant le débit, la voix douce, Carole Dechantre remonte le temps, un souvenir en amenant un autre: sa sœur aînée, décédée d’un cancer, justement, mais aussi les moments splendides vécus avec ses copines du Grand-Théâtre - elle les voit toujours -, sa passion pour les animaux, son adoration pour l’équitation mais sa détestation des cris autoritaires des moniteurs…

Empreinte d’une étonnante légèreté, elle aborde la déficience du système immunitaire dont elle souffrait et qui lui a valu d’être malade en permanence entre 0 et 17 ans: «J’attrapais tout ce qui passait. J’ai fait toutes les maladies infantiles, malgré les vaccins, et elles duraient des mois... J’étais un vrai cas d’école!» note-t-elle, amusée.

Une santé calamiteuse

La comédienne reprend son sérieux: non, décidément, sa santé calamiteuse n’était pas drôle. Pourtant, dit-elle, si ces épreuves à répétition affaiblissaient son corps, elles lui ont permis de développer et renforcer, parallèlement, une incroyable envie de vivre, une soif inextinguible de liberté et la certitude qu’aucune montagne n’est infranchissable: «Ça m’a construite et montré qu’il faut se battre et ne jamais rien lâcher.»


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Ce d’autant que ses parents, bien que la surcouvant, ont toujours refusé de la victimiser. «Ils voulaient que j’aie une vie normale», note la comédienne avec tendresse. Si bien que, même fiévreuse, la petite Carole s’habillait, sortait prendre l’air et, autant que possible, suivait ses cours de théâtre, participait aux répétitions du chœur du Grand-Théâtre et, le cas échéant, prenait part aux tournées et séances d’enregistrements de disque. «Cela leur a d’ailleurs posé quelques problèmes avec les profs: j’étais malade mais on m’avait vue soit à vélo dans le quartier soit en train de chanter… Cela dit, je les remercie: ils avaient compris que je pouvais sauter l’école sans trop de dommages alors que le chant et le théâtre m’étaient indispensables!» Comme l’étaient les excursions et les pique-niques en famille sur les montagnes à vache, en été, et sur les pistes de ski de fond, l’hiver. Ou les vacances en Ardèche, durant lesquelles la jeune demoiselle se la jouait gardienne de chèvres avec une paysanne du coin. Ou encore les virées en Grèce en camping-car, au gré du vent, sans réservations, à l’aventure.

Et le Cours Florent, enfin!

«Ça, ça m’est resté et j’adore toujours cette sensation de voyager sans que rien ne soit déterminé à l’avance», assure la jeune femme. Qui reprend le cours de sa vie: l’adolescence logiquement marquée des crises et des hurlements émancipatoires, l’obtention de la Matu, exigée par sa mère, assistante sociale à mi-temps, et par son père, employé au Département de l’instruction publique. Et puis le départ pour Paris – où elle «monte» afin de suivre le fameux Cours Florent. «Une fois encore, mes parents ont été incroyables. Fondamentalement, ils n’avaient pas envie de ça pour moi. Pour eux, il ne fallait pas se mettre en avant, ne pas trop parler, ne pas trop exister. Or, le métier que j’avais choisi impliquait exactement l’inverse. En plus, ils avaient très peur que je commence à me prendre pour la reine de Saba et que je perde pied. Eh bien malgré ça, ils m’ont laissé partir. Ils m’ont laissé m’échapper de moi, de mon mal-être, du fait que j’étais mal dans ma peau. Ils ne m’ont ni poussée ni encouragée, mais ils m’ont laissée!»

La vie leur prouve qu’ils ont eu raison et, même s’ils ne le lui disent pas, «par pudeur», ils peuvent être fiers de leur fille. Car, portée par leur éducation et les valeurs essentielles qu’ils lui ont transmises – «Ils sont fondamentalement honnêtes, droits et loyaux» —, Carole Dechantre a su tracer sa voie vers le sommet, sans scandales ni coups bas, mais avec droiture et loyauté. Des qualités aujourd’hui tristement rares. Et d’autant plus belles…

«Jean Troillet, toujours aventurier». En savoir plus sur les projets et les dates de diffusion des documentaires de Vertiges Prod.

Questions d’enfance

Une odeur aimée Celle des sapins et des sous-bois, de la sève et de la branche que l’on casse pour faire du feu… Ces parfums me rappellent instantanément les moments en famille, à Argentières, les balades, les pique-niques...

Une saveur appréciée L’œuf dur. Ça pue mais c’est tellement bon! C’était d’ailleurs l’une des rares choses que j’avais du plaisir à manger: petite, j’étais totalement indifférente à la nourriture. Je ne me nourrissais que parce qu’il le fallait. La notion de plaisir n’est venue que bien plus tard.

Mon premier livre Les «Oui-Oui», dont j’étais vraiment fan. Plus tard, j’étais très avide: je choisissais un auteur et lisais tout de lui. J’ai ainsi adoré me plonger dans les Zola…

Ma première passion Jouer! Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé m’inventer des histoires, monter de petits spectacles et me mettre dans la peau d’un personnage.

Une phrase détestée Quand ils avaient l’impression que je me donnais en spectacle ou que je me mettais en avant, mes parents me disaient: «Arrête de faire ta reine de Saba!» Ça m’horripilait.

Carole a 19 ans. Et s’essaye à la photo «posée».
Elle n’a que 10 ans, mais chante en y mettant tout son cœur.
«J’ai toujours aimé la montagne… Là, je porte un bonnet tricoté par ma grand-mère.»
En été 1975, sur le dos de Cécile, sa sœur aînée: «Ce siège était hyperinconfortable!»

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