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Billet d’humeur: Paris mon amour

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La tour Eiffel illuminée aux couleurs du drapeau français.

© Getty

Vendredi 13 novembre 2013, dans le petit village savoyard de mon enfance, à Morzine, j’ai dîné avec mon copain, j’ai bu du vin rouge, un Vacqueyras je précise, car je suis une fanatique de Côtes du Rhône, j’ai mangé une pizza, j’ai parlé de plein de choses, des légères et des plus sérieuses. Chose abracadabrante pour moi, je n’ai pas regardé mon téléphone de la soirée. Curieux hasard? Moi qui m’endors et me réveille avec la trace de la Pomme sur mon visage, qui scrolle en moyenne, frénétiquement, toutes les 12 minutes, mon fil Facebook, Instagram, Twitter et swipe les photos dans mes e-mails plus vite que mon ombre. Fallait-il y voir un mode inconscient de survie à la tristesse?

En rentrant aux Gets, dans ma famille, vers 23 h, un SMS de la cousine de mon copain nous a informés des fusillades à Paris: «Arthur (mon beau-frère) et moi allons bien». Soupir de désespoir. Trop habitués à voir défiler les attentats dans ce fichu monde (ceux du 12 novembre à Beyrouth également, passés comme une lettre à la Poste), inquiets, on a pensé, des fanatiques ont encore frappé. Rue Fontaine-au-Roi, cette fois-ci, lieu où réside et travaille Arthur. Je me suis dit: demain sera un autre jour, la Police aura sûrement raison de ces foutus terroristes, cela suffit pour la semaine. Le lendemain matin, c'était l'enfer.

Parmi tout ce que j’ai lu ensuite dans les infos, j’ai beaucoup aimé le commentaire de Caroline Fourest sur France Culture: «Ce serait donc, pour certains, notre faute si l’on nous tue, parce que nous aimons l’égalité, la laïcité, la liberté d’expression. Notre faute?!» Comment peut-on nous attaquer pour ces raisons? Serions-nous coupables d’être nés en France? Elle est bien ici l’horreur. L’impensable est à notre porte.

Puis j’ai regardé avec émotion, trois fois, le discours de femme libre de Daphné Bürki dans l’émission «La Nouvelle Edition», sur Canal +, écouté ses maux qui m’ont touché en plein cœur. La présentatrice y a montré fièrement ses tatouages et en a expliqué leurs symboles. D’abord, son lettrage «Paris» puis un autre où est inscrit, «Ne m’arrêtez pas maintenant». La Parisienne a déclaré: «Je fais partie de cette génération qu’ils ont voulu anéantir vendredi. Ils ont pris mes amis, nos amis, ce n’est que partie remise. N’ayons pas peur, gardons la tête haute et soyons solidaires.» Autrement dit, restons communautaire, au premier sens du terme.

Aussi, j’ai appris à connaître davantage Marc Trévidic (ancien juge d’instruction au pôle antiterrorisme) samedi matin. J’avoue ma situation de Française planquée... dans un des départements de la Résistance, à la montagne, au calme, loin de la monstruosité qui se déroulait dans ma capitale. Et depuis, bien entendu, j’ai lu l’interview qu’il a donné à «Paris Match» en septembre 2015 («La France est l’ennemi numéro un de l’Etat»). Je me suis même dit, tiens si je m’y mettais à «Paris Match», moi la bobo trentenaire privilégiée (la même de la génération qui a été tuée en plein spleen du vendredi soir), qui a plus en tête un spot «slow life» où dîner que le programme de ce cher Trévidic.

Déversées sur un plateau télé de France 2, ses paroles sur Daech, ont résonné en moi: «Pendant 3 ans, on les a laissés grossir et devenir hyperpuissants. On a laissé un monstre grossir, et une fois qu’un groupe terroriste est fort, il s’exporte». Comment ai-je pu passer à côté de cet entretien? Me suis-je dit.

Une autre actu m’a fait sourire et penser que certains clichés sur la France s’avèrent être – parfois - réconfortants. D’autant plus quand ils sont résumés par John Oliver, l’animateur culte de la chaîne américaine HBO. Je vous partage en partie (très agréable), son message de soutien à la culture française et contre la barbarie de Daech (exit quelques gros mots): «Rien de ce qu’ils font ne détruira la France. Bonne ***** de chance à ceux qui essayent car les Français riposteront avec Jean-Paul Sartre, Edith Piaf, du bon vin, des cigarettes, du camembert, des madeleines, des macarons, Marcel Proust, et les putains de croquembouche. Vous êtes ****** d’avance. Toutes nos pensées vont au peuple français.» Autant vous dire que la vidéo a déjà fait le tour de la Terre.

Je dois vous informer que toute ma famille parisienne et mon entourage sont en sécurité. Mais le goût de ce vendredi 13 novembre 2015 m’est acide, acide du sang qui a coulé dans une ville que j’aime. Dans mon pays.

Bien entendu, après pleurer les victimes (129), bander les survivants (plus de 300 blessés), enfermer ces tueurs fous, en France ou ailleurs… Il y aura une suite à l’histoire. Comme a dit justement Charline Vanhoenacker sur France Inter «Si vous n’aimez pas le rock, l’alcool et le sexe, n’en dégoûtez pas les autres».

Alors, à nouveau, il faudra vivre, sortir, manger, prendre à nouveau le TGV pour Paris, serrer dans nos bras les gens qu’on aime car le bonheur est tout simplement non négociable et qu’à penser cela, personne ne craint rien, non?

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