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Elles s'émancipent

Rencontre avec des filles pros du longboard, en Suisse

Sur le bitume des Pyramides de Vidy, à Lausanne, Charlotte prend de l’élan pour tenter un nouveau pas de danse. Après plusieurs tentatives ces derniers jours, dont une petite chute (rien de bien méchant), ça y est. La jeune rideuse réussit le No comply, une figure où elle frappe l’extrémité arrière de sa planche sur le sol pour lui faire faire un saut de 180 degrés, avant de remonter dessus. Ses camarades, Pauline et Natania, lui courent dans les bras en criant d’excitation. Plus que la réussite d’un nouveau pas de danse, c’est la bienveillance entre femmes qui compte pour les skateuses du Longboard Girls Crew.

Le mouvement féministe est né à Madrid en 2010. Dans la capitale espagnole, les rideuses étaient peu nombreuses. Valeria Kechichian était l’une d’entre elles. «Nous étions trois, et nous faisions du skate avec les hommes. La première fois où nous nous sommes retrouvées juste entre femmes, il s’est passé quelque chose de magique». Le déclic pour celle qui rêve d’aller plus loin.

«Nous voulions montrer autre chose que ce que le public connaissait des filles dans l’univers du skate, où elles sont avant tout sexualisées dans le cliché de la grande blonde californienne».

Les Madrilènes lancent un appel aux rideuses. Le jour-J, quatorze femmes, venues d’Espagne, de France ou de Grande Bretagne, sont au rendez-vous. «C’était la première fois qu’on se réunissait seulement entre rideuses. Il y avait vraiment une place à prendre!» Leurs sessions sont filmées et postées sur YouTube. Les vidéos deviennent virales (fait rare pour l’époque!), atteignant plusieurs millions de vues. Le mouvement venait de naître.

Des associations aux quatre coins du monde

Le Longboard Girls Crew a essaimé ensuite à travers une soixantaine de pays. Parmi eux, l’Afrique du Sud, le Japon, La Russie… et la Suisse, où Natania Gallay et Pauline Michaud sont les ambassadrices du groupe. Le début de leur aventure au sein du mouvement est d’ailleurs parti d’un malentendu. «Sur Instagram, nous sommes tombées sur des comptes nommés @lgc suivi du nom de nombreux pays. On a lancé le @lgcswitzerland… jusqu’à ce que Valeria nous contacte pour nous demander qui nous étions, à nous approprier le nom d’un mouvement officiel!» s’amuse Pauline.

De ce quiproquo, les deux jeunes femmes sont devenues les représentantes du Longboard Girls Crew Switzerland, né en 2018, et assument la co-présidence de l’association suisse. Elles sont en contact avec les ambassadrices d’autres pays.

«Parfois, dans nos meetings vidéos, on discute de nos projets avec des rideuses en Inde, en Chine ou en Amérique latine… c’est fou, et tellement enrichissant.»

Pauline Michaud

Co-président de l'association suisse

Les deux Suissesses, elles, sont spécialisées dans le dancing, qui consiste à faire des pas de danse et des figures sur la planche. «Au début, nous organisions des initiations avec des amies pour avoir de la matière à poster sur les réseaux sociaux. Puis, les amies de nos amies sont venues… et aujourd’hui, des inconnues qui ont entendu parler de nous», poursuit Pauline.

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De nombreuses femmes de tout âge viennent aux initiations de dancing et apprennent à faire des pas de danse et des figure avec les rideuses du Longboard Girls Crew Switzerland.

© Anne-Laure Lechat

Partage et intégration

Aux initiations de dancing, organisées le plus souvent à Lausanne, les profils sont variés. «On a autant d’enfants que de jeunes mamans ou des femmes d’une cinquantaine d’années. Toutes viennent d’horizons différents», sourit Natania. Et pas question de se mettre la pression: «On vient ici pour s’amuser, dans un cadre bienveillant, chacune à son rythme. La planche est accessible à toutes et toutes y arrivent, ça booste la confiance en soi», continue la co-présidente, qui souligne qu’il s’agit aussi d’un joli moment pour se rencontrer et pouvoir ensuite compter sur une communauté. «Elles s’échangent leurs numéros après les initiations, on crée des liens forts ici», poursuit Natania. «Ça nous apporte beaucoup à nous aussi.» Charlotte Ziegler, membre du comité, se réjouit de voir les curieuses progresser:

«J’en ai les frissons quand je vois leurs sourires après avoir réussi un nouveau pas! Car on parle vraiment de partage et non de compétition».

Certaines sont là pour essayer, d’autres pour sortir de leur zone de confort. «Beaucoup viennent parce qu’elles ont vécu un événement difficile et veulent se challenger, s’évader.» Les filles précisent que si le mouvement s’appelle Longboard Girls Crew, les hommes sont les bienvenus aux initiations.

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Aux initiations, chacune progresse à son rythme, pas question de se mettre la pression.

© Anne-Laure Lechat

Rassembler autour du longboard, c’est aussi ce que font les jeunes ambassadrices au sein de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants. Une initiative née elle aussi d’un malentendu. «J’y allais avec un autre groupe pour faire des bricolages avec les plus jeunes. Une fois, j’ai pris deux longboards avec et ils ont adoré», se souvient Pauline. «Alors nous y sommes retournées avec plus de planches», poursuit Natania. Un test concluant: après l’été, où elles se sont concentrées sur les initiations, les ambassadrices prévoient de retourner à l’EVAM.

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Pour Natania, l'une des ambassadrices suisses, la planche est accessible à toutes. «Toutes y arrivent, ça booste la confiance en soi, et il s’agit aussi d’un joli moment pour se rencontrer et pouvoir ensuite compter sur une communauté.»

© Anne-Laure Lechat

De nombreux projets

L’association helvétique ne compte pas s’arrêter là. Basée principalement à Lausanne, elle s’implante à Zurich et espère trouver d’autres femmes prêtes à véhiculer ces valeurs ailleurs en Suisse. Après le dancing, Pauline et Natania souhaitent également diversifier les disciplines. «Dès qu’on aura les fonds nécessaires, on proposera le downhill, ou le carving. On veut aussi organiser des stages et des camps», déclare Pauline.

Les jeunes femmes sont pour l’heure en train de concevoir un longboard de dancing aux couleurs de l’association. «On aimerait aussi créer une marque et des produits en dehors des planches», poursuit-elle. Mais avant tout, les rideuses veulent continuer à motiver d’autres curieuses. «Qu’elles nous rejoignent et se lâchent à travers le longboard, c’est tellement libérateur!»

A propos de Longboard Girls Crew

Si le but, en 2010, était avant tout de réunir les rares rideuses, les objectifs du mouvement sont aujourd’hui plus complets. «Nous voulons toujours encourager les femmes, trans et personnes non-binaires à s’émanciper à travers le longboard, mais aussi proposer un espace où tout le monde se sentirait en sécurité, sans jugement, sans pression», explique Valeria Kechichian.

Dans un monde ultra-connecté, la Madrilène explique aussi vouloir rassembler les rideuses in real life. «C’est une façon de construire, avec les outils que nous avons, nos longboards, le monde dans lequel on veut vivre», poursuit-elle. C’est dans cette optique que Valeria a fondé, il y a trois ans, Longboard Women United, une organisation à but non-lucratif qui vient en aide aux femmes, notamment en Inde et en Malaisie.

«Nous y avons mis sur pied des cours d’éducation sexuelle, car dans ces pays, l’égalité femme-homme n’est clairement pas atteinte.»

De la naissance d’un mouvement à Madrid à l’émancipation des femmes à l’autre bout du monde, rien n’arrête le Longboard Girls Crew.

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