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Musique, cinéma, théâtre, rien n'arrête Jeanne Balibar

Musique, cinéma, théâtre, rien n'arrête Jeanne Balibar

Son prochain projet? Le film Boléro (sortie en 2024), dans lequel la comédienne incarnera Ida Rubinstein, étoile des Ballets russes et muse de Ravel.

© PASCALE ARNAUD

Jeanne Balibar est une butineuse magnifique. Devant la caméra, sur les planches ou derrière un micro, elle irradie d’une présence rare, puissante, lumineuse. Elle crève l’écran en mère Courage d’un fils handicapé dans Laissez-moi, premier film du Genevois Maxime Rappaz, tourné en Valais et sorti fin octobre 2023.

On la retrouve en novembre au Théâtre de Vidy à Lausanne, d’abord en musique avec D’ici là tout l’été, son dernier album de chansons qui caressent l’oreille, puis dans Les historiennes, où elle déroule trois paroles de femmes dans un spectacle qu’elle décrit comme «un peu baroque».

Au bout du fil, l’artiste de 55 ans nous conte son amour pour le théâtre au bord de l’eau. «J’ai souvent entendu que le meilleur théâtre français est celui de Vidy! Si je ne pouvais travailler qu’ici, ce serait une chance!» Une chance pour nous, aussi, de retrouver cette artiste sensible et brillante sur scène à Lausanne.

Son image d’intello? Elle rit. «Ça peut m’amuser par moments, parfois ça m’exaspère. La plupart du temps, je m’en fiche un peu.» Elle concède que l’image n’est pas dénuée de sens.

«Je fais des choix de textes exigeants, j’aime le cinéma d’auteur. Cela dit, c’est évidemment réducteur. J’éprouve aussi du plaisir à évoluer dans des cadres plus orientés vers le divertissement.»

Une comédienne caméléon

Sa carrière d’actrice fascine, ondoyant d’un genre à l’autre, parsemée de choix audacieux. À l’écran, elle a été dirigée par les cinéastes les plus talentueux: Arnaud Desplechin, Jacques Rivette, Josée Dayan. Elle étincelle sous les traits de Barbara dans le biopic de Mathieu Amalric, qui lui vaut le César de la meilleure actrice en 2018. Au théâtre, elle joue en duo avec Boris Charmatz, impressionne dans La fabrique des monstres de Jean-François Peyret, bouleverse dans Bajazet de Racine, mis en scène par Frank Castorf à Vidy.

La musique est arrivée dans sa vie par un de ces hasards heureux. «Joël Jouanneau m’a proposé de jouer dans une pièce dans laquelle j’étais accompagnée par un guitariste. J’ai fait ce spectacle avec Rodolphe Burger, puis il m’a proposé qu’on fasse un disque ensemble. Ça ne m’a plus jamais lâchée.»

Le premier opus, Paramour (2003), est suivi de Slalom Dame (2006) puis de D’ici là tout l’été en 2023. «La chanson me permet de raconter de petites histoires très courtes, cela me permet d’explorer une autre temporalité qu’au théâtre et au cinéma. En fait, j’ai besoin des trois.»

Rêve de danseuse

Dès son enfance, Jeanne Balibar a baigné dans les arts, les lettres et les sciences. Elle est la fille d’Etienne Balibar, philosophe français parmi les grand-e-s penseur-euse-s contemporain-e-s, et de Françoise Balibar, physicienne et historienne des sciences. «J’ai grandi dans un monde littéraire, élaboré, et je l’ai embrassé. J’ai toujours aimé lire, étudier.»

Mais la petite fille a d’autres rêves. Elle s’imagine en petit rat d’opéra. Or, dans la famille, dit-elle, on aime les arts sans se sentir capable de les pratiquer.

«Il a fallu que j’acquière une confiance en moi, j’ai mené ce combat depuis toute petite.»

Peu à peu, ce rêve chavire. Non qu’elle fût sans talent, «mais je n’étais pas assez douée pour faire de la danse mon métier selon les critères de l’époque – ou peut-être étaient-ce mes propres critères».

Elle entame des études d’histoire puis met le cap sur l’Angleterre pour suivre un amoureux. L’idée de faire du théâtre l’habite de plus en plus. «Là-bas, loin de chez moi, je me suis dit qu’il fallait que j’essaie, sinon je le regretterais toute ma vie.» Elle rentre en France et s’inscrit à une session d’été du Cours Florent à Paris. Coup de foudre: en cinq minutes, sa décision est arrêtée. Elle sera comédienne. Elle entre au Conservatoire et se voit offrir l’un de ces rôles qu’on ne refuse pas. Celui de Dona Elvire dans Don Juan, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon, dans une production de la Comédie-Française.

La voilà pensionnaire de la Maison de Molière, où elle côtoie ses astres: Roland Bertin, Catherine Hiegel, Christine Fersen. Un moment fondateur. Mais, très vite, les dorures lui pèsent. «C’est un monde qui fonctionne en vase clos, et cela ne me correspondait pas du tout.» Elle prend la clé des champs.

Au cinéma, au théâtre et dans la musique, elle fait des rencontres intenses, fulgurantes. Parfois, l’intimité s’en mêle. Mathieu Amalric, rencontré sur Mange ta soupe, devient son compagnon et le père de ses deux enfants. Elle vit des histoires d’amour avec l’écrivain Pierre Alferi, le musicien Philippe Katerine, le metteur en scène Frank Castorf… Mais elle élude, préférant parler de ses relations artistiques incandescentes. «Jacques Rivette et Guillaume Depardieu m’ont énormément marquée. J’ai aussi eu un lien très fort avec Emmanuelle Béart et Ramzy Bedia dans Merveilles à Montfermeil, mon premier film en tant que réalisatrice.»

La poésie contre la noirceur

Humaniste, Jeanne Balibar se mobilise pour les opprimé-e-s, notamment dans la lutte pour les sans-papiers.

«Je ne me vois pas comme quelqu’un de militant, mais comme citoyenne blessée par la souffrance des personnes qui sont maltraitées dans mon pays.»

«Je ne comprends pas cette volonté d’écraser des gens qui sont pauvres ou ballottés par l’histoire. L’hospitalité est une valeur que des êtres humains ont défendue depuis la nuit des temps et la nuit des textes.»

Lorsqu’on lui demande quels sont ses espoirs, elle prend un temps. Une respiration. «Je vous avoue que ces jours-ci, je ne sais pas. Je ne sais plus quels chemins il faut emprunter pour rencontrer des possibilités de paix.»

Peut-être l’art a-t-il un rôle fondamental à jouer? «L’irruption de la poésie dans une vie reste une manière de dire qu’on peut être ensemble autour de quelque chose qui nous émeut. C’est quelque chose qui persiste de la beauté de l’humanité.»

La poésie s’instillera aussi dans le prochain film d’Anne Fontaine. Un projet particulier pour Jeanne Balibar, puisqu’elle y renoue avec ses premières amours. Elle incarnera Ida Rubinstein, étoile des Ballets russes et muse de Ravel dans Boléro (sortie en 2024). «J’ai recommencé la danse et je suis folle de joie!» Preuve que la petite fille avait raison de rêver.

Sa bio express

  • 1968 Naît à Paris.
  • 1993 Entre à la Comédie-Française.
  • 1997 Naissance de son fils, Antoine, fruit de son union avec Mathieu Amalric. Pierre naîtra en 1999.
  • 2003 Premier album, Paramour
  • 2018 César de la meilleure actrice pour Barbara, de Mathieu Amalric.
  • 2019 Réalisation de son premier long métrage, Merveilles à Montfermeil.

Jeanne Balibar au Théâtre de Vidy à Lausanne. En concert pour présenter son dernier album «D’ici là tout l’été» le 17 novembre, et dans la pièce «Les historiennes», les 18 et 19 novembre 2023. Cet article a été initialement publié dans Le Matin Dimanche du 12 novembre 2023.


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