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Interview

Les confidences de Jane Birkin à propos de son dernier album

Les confidences de Jane Birkin à propos de son dernier album

«Mes chansons parlent du coup de foudre! Ce moment incroyable où l’autre vous rafle, où tout devient urgent!» - Jane Birkin

© SEBASTIEN AGNETTI

À peine suis-je entrée dans la chambre d’hôtel que Jane Birkin dit: «J’ai faim, j’ai envie d’une fondue.» De dehors, le soleil éclaire ses cheveux, ça fait une jolie lumière. Je lui réponds qu’exceptionnellement je n’ai pas pris de caquelon aujourd’hui mais qu’on peut aller en manger, juste en face, aux Bains des Pâquis. Trop compliqué pour l’équipe qui l’accompagne et, en outre, Jane Birkin vient de se casser le coccyx et le col du fémur. Elle a néanmoins fait le déplacement à Genève pour présenter son nouveau disque Oh pardon tu dormais et la tournée du même nom qui démarre. Une tournée annulée en 2021.

Pour cause de Covid? «Surtout parce que j’ai fait un AVC, je suis restée quatre mois à l’hôpital. Maintenant c’est fini.» On la regarde, son intelligence et son charisme irradient, mais elle paraît à peine remise des inquiétudes de santé qui l’ont accablée l’année dernière. Ce n’est pas trop fatigant après un AVC et avec le coccyx cassé d’entamer une tournée de plus d’une année? «Non, au contraire. C’est moins fatigant que la vie!»

«Une heure et demie sur scène, vous savez quelles chansons vous allez chanter, avec quels musiciens, c’est un pur bonheur.»

«Faire des trajets avec des gens que j’aime, se taper des fondues… C’est une vie protégée et joyeuse. C’est la vie ordinaire qui est compliquée et qui fait qu’on se lève la nuit, qu’on tombe et qu’on se casse le coccyx.»

Jane Birkin inaugure un nouveau chapitre artistique après avoir passé cinq ans à interpréter les chansons de Serge Gainsbourg avec un orchestre symphonique. Elle a trotté dans le monde entier, écumé toutes les capitales. «Ce que j’ai fait pendant cinq ans avec Serge, je ne pouvais pas faire mieux, je l’ai porté le plus loin possible. Oh pardon tu dormais, c’est ma petite voiture à moi.»

Histoires de filles

Le disque sorti en 2020 est composé de chansons écrites par Étienne Daho, un travail qu’il souhaitait réaliser depuis vingt ans, ainsi que de quelques chansons composées par Gainsbourg pour Birkin. Fuir le bonheur, Les dessous chics ou Lost Song.

«Les plus belles chansons sur le déchirement, raconte Jane. C’est étrange de chanter un déchirement que j’ai moi-même provoqué.»

Au final, le répertoire tourne autour de ça: le déchirement quand des histoires d’amour qui ont été belles et fortes se terminent. Le déchirement aussi de perdre un enfant. «Dans Jeux interdits, il y a Kate et Charlotte. J’ai aussi mis un bébé qui est Lou, même si elle est arrivée bien plus tard. Ma fille Kate (décédée en 2013, ndlr) était très altruiste.

Dans le cimetière de Cresseveuille, en Normandie, elle trouvait injuste que certaines tombes soient ornées de petites pensées en porcelaine, que des disparus aient des phrases d’amour, comme «À mon cher papa», «À ma chère maman», et que d’autres n’aient rien du tout. Alors elles déplaçaient les écriteaux. Ensuite plus personne ne savait sur quelle tombe se recueillir. Jeux interdits racontent mes filles, dans ce cimetière.»

Des filles que Jane a eues à différentes périodes de sa vie. «J’ai eu Kate à 19 ans, Charlotte à 25, Lou à 36.»

«C’est formidable d’avoir des enfants à 40 ans, c’est une maternité différente qu’à 18 ans.»

«Je reconnais qu’à l’âge où j’ai eu Kate, je n’ai pas fait une vie tranquille pour elle. Charlotte est née en étant protégée par sa sœur, et Lou, arrivée tardivement, c’était juste du bonheur. Kate a essuyé les plâtres.»

Les confidences de Jane Birkin à propos de son dernier album
© SEBASTIEN AGNETTI

Saisir les moments joyeux

Dans le cimetière des jeux interdits de Jane Birkin, il y a aussi la gaîté des enfants qui courent dans la forêt, sautent de tombe en tombe. La tristesse et la joie vont-elles toujours de pair? Jane Birkin porte ses deuils avec une douleur assumée. «Oui, tout est mélangé.»

«Mais tout le monde n’a pas perdu un enfant quand même. Rien ne peut aider.»

«Personne ne peut vous aider. Ce n’est pas supportable que cette souffrance passe. Il faut juste essayer de profiter du temps qu’on a pour montrer à nos enfants qu’on les aime, saisir les moments joyeux, réconforter, essayer d’apprendre à faire mieux.»

On évoque aussi les autres chansons de l’album, j’y vois la peur de la vieillesse, la solitude, la jalousie de voir d’autres plus heureux que soi. «Mais pas du tout, ce n’est pas du tout ça!»

«Mes chansons parlent du coup de foudre! Ce moment incroyable où l’autre vous rafle, où tout devient urgent!»

«Et après, l’homme dort à côté de vous, inerte, vous essayez de le réveiller, pour qu’il vous dise qu’il vous aime. Vous l’emmerdez, vous le dérangez, il ne dit rien et il finit par partir. J’ai connu ça. C’est affolant, cette histoire de coup de foudre. Quand on l’a vécu et qu’il n’est plus, alors on devient morose. Mais ça n’a rien à voir avec la vieillesse!»

Entretemps, une salade César est arrivée. On parle de sa mère, grande actrice anglaise, à qui son père interdisait de jouer. Puis Dolly, le chien de Jane, a entrepris de sauter allégrement sur le photographe, le ciel a changé de couleur, on s’est mis à parler du docteur Jivago, puis de l’Ukraine à qui les recettes du concert à Genève sont dédiées par le biais de la Chaîne du bonheur. Et il a bien fallu s’arrêter, laisser Jane Birkin déjeuner en paix.

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