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Comment les personnages de reines ont conquis les séries

Reines series The Great Elle Fanning HULU GARETH GATRELL PRINCIPAL

«Cette figure de la souveraine [...] illustre, dans un monde encore largement acquis au principe de la domination masculine, l’exception qui confirme la règle.» - Mireille Berton, maître d’enseignement et de recherche en esthétique du cinéma à l’Université de Lausanne

© HULU/GARETH GATRELL

Tout le monde est obsédé par les serial killers sur Netflix, mais la vraie star des écrans, cet automne, c’est bien elle: la souveraine. Reines, impératrices, princesses héritières, régentes… Ces figures de pouvoir, qu’elles soient historiques ou fictionnelles, sont en train de conquérir les séries, s’emparant de nos douillets canapés de binge watchers comme autant de trônes où régner.

À commencer par feu Elizabeth II, qui reviendra le temps d’une cinquième saison dans The Crown dès le 9 novembre 2022. Et depuis quelques semaines, Sissi (The Empress), Catherine de Médicis (The Serpent Queen), Alicent Hightower (House of The Dragon), Diane de Poitiers ou encore Marie-Antoinette ont déjà débarqué sur les plateformes de streaming et les chaînes télé.

Sans parler des nouvelles saisons de The Great, qui brosse le portrait de Catherine II de Russie, ou de La chronique des Bridgerton, marquée par le charisme implacable de la reine Charlotte.

Dans l'élan post-MeToo

Si les têtes couronnées féminines ne sont pas un sujet neuf en soi, elles n’ont jamais été aussi nombreuses ni autant mises en valeur. Signe que la souveraine est devenue LE personnage bankable, qui attire et qui parle à nos contemporains, après des décennies où les héros ont presque exclusivement été des hommes dans les productions.

«Ces séries s’inscrivent dans une tendance qui a débuté dans les années 2000, consistant à placer au centre du récit une protagoniste féminine, analyse Mireille Berton, maître d’enseignement et de recherche en esthétique du cinéma à l’Université de Lausanne. Le mouvement MeToo n’a fait qu’accélérer et exacerber cela dans des séries qui, soit par opportunisme soit par conviction, accordent davantage de poids à ces personnages.»

La pionnière de Versailles

Grâce à des fictions ou des biopics qui osent désormais approfondir son rôle, la souveraine des productions modernes gagne en complexité. Pourtant, la reine sur les écrans revient de loin, puisque ce personnage était autrefois plus souvent traité sous le mode princesse sentimentale que dans le style dame à poigne.

L’archétype de cette représentation, c’est évidemment Sissi l’impératrice, maintes fois incarnée au cinéma ou à la télé, qui, bien qu’au sommet de l’Empire austro-hongrois, n’est pas présentée comme celle qui dispose du vrai pouvoir. C’est en effet davantage la dimension glamour et conte de fées, puis l’issue tragique, qui motive son apparition à l’écran.

«Cette souveraine a d’abord intéressé les scénaristes pour des choses assez parallèles au pouvoir politique», observe Delphine Jeanneret, maître d’enseignement et responsable adjointe du département Cinéma à la HEAD de Genève.

Icône préféministe

Idem avec la Marie-Antoinette de Sofia Coppola, en 2006, où l’on suivait une reine réduite à des fonctions essentiellement décoratives et reproductives. «Néanmoins, ce film constitue un jalon important dans la manière de représenter les souveraines, relève Delphine Jeanneret, avec une épaisseur psychologique, une complexité émotionnelle rarement vue auparavant. Marie-Antoinette y a quelque chose de très réel.»

La réalisatrice américaine a d’ailleurs quasi fait de l’épouse de Louis XVI une sorte d’icône préféministe, qui tente de tracer sa propre voie malgré tous les carcans et les obstacles imposés par les hommes et l’Histoire.

On peut même dire que nombre de souveraines des séries de 2022 sont les descendantes spirituelles de la Marie-Antoinette campée par Kirsten Dunst, symboles du combat pour l’indépendance des femmes face à un pouvoir majoritairement concentré entre les mains masculines.

Mais si les reines des séries modernes sont de moins en moins des victimes et de plus en plus des décideuses, elles n’en restent pas moins des personnages ambivalents. Bien plus ambivalents que celui du roi, dont la capacité à exercer le pouvoir apparaît comme naturelle.

Une chimie instable

Car si ce dernier est souvent indiscuté et respecté dans sa fonction, formant un tout organique avec elle, «la souveraine, elle, dérange car elle n’est pas vraiment à sa place», fait remarquer la spécialiste de la HEAD. Qu’elle soit montrée sous des traits de princesse sous influence ou de monarque absolue, la reine ou l’impératrice incarne ce que notre société semble avoir toujours tant de mal à concevoir, à légitimer: le pouvoir féminin.

«Cette figure de la souveraine qui tend à se multiplier sur nos écrans est la manifestation des questionnements, mais aussi d’une fascination de notre société sur la femme de pouvoir, note Mireille Berton. Elle illustre, dans un monde encore largement acquis au principe de la domination masculine, l’exception qui confirme la règle.»

Des reines sous tension

En cela, The Crown, House of The Dragon, The Serpent Queen ou encore The Great fonctionnent comme des laboratoires étudiant en direct, façon expérience scientifique, la trajectoire d’une femme dominant tout le monde, même les hommes. Et à en croire ces histoires, cette aventure se déroule rarement bien. «Dans le passé comme aujourd’hui, les reines sont souvent présentées comme ayant des tares», confirme Delphine Jeanneret.

La reine dans Blanche-Neige? Laide et maléfique. Cléopâtre? Trop belle et trop puissante pour survivre. La reine Margot ou Catherine la Grande? Trop nymphomanes pour garder la tête froide. Marie-Antoinette? En flagrant délit de frivolité.

Vouées au malheur privé

«La question n’est pas de savoir si des représentations de femmes puissantes sont possibles aujourd’hui dans les séries TV ou au cinéma, mais comment ces femmes sont représentées, et quel est le prix qu’elles doivent payer en contrepartie», interroge Mireille Berton.

Et ce prix est le plus souvent affectif: «Elles ont des problèmes avec leur mari, leurs enfants, elles souffrent de problèmes mentaux. C’est un stéréotype qui existe depuis des décennies au cinéma: les femmes douées intellectuellement, politiquement, artistiquement, sont forcément vouées au malheur privé. Seuls les hommes peuvent être à la fois intelligents, professionnels, efficaces, équilibrés, posés.»

Décidément, un retour de bâton (ou de sceptre) guette encore et toujours les femmes, même les souveraines, qui bousculent le patriarcat.

Les reines des séries actuelles

The Serpent Queen

Disponible depuis septembre 2022 sur Sky Watch et Canal+.

«On n’en fit pas plus de cas que d’une chèvre morte», écrivit en 1589 un chroniqueur à la mort de Catherine de Médicis, qui était venue de Florence à l’âge de 14 ans pour épouser l’un des fils de François Ier. C’est dire le degré de popularité très relatif de cette régente, surnommée la reine sorcière pour son goût prononcé pour l’occultisme. Samantha Morton l’incarne avec mordant et panache dans cette série historique américaine.

© STARZ/SHANNA BESSON

Marie-Antoinette

Les 8 épisodes sont diffusés depuis le 31 octobre 2022 sur Canal+.

On pensait que Sofia Coppola avait tout dit dans son célèbre film, mais cette série française, avec Emilia Schüle, explore un peu plus la dimension féministe de la reine au destin tragique.

© CANALPLUS/CAROLINE DUBOIS

The Crown

La saison 5 sera diffusée dès le 9 novembre 2022 sur Netflix.

Elizabeth II et ses 70 ans de règne incarnent la royauté sous toutes ses facettes: des gloires, des passions, des trahisons, des faux pas, des décadences, des secrets, des rivalités. La série britannique décortique aussi la difficulté de régner sur un monde encore patriarcal lorsqu’on est une femme.

© NETFLIX/KEITH BERNSTEIN

The Empress

Disponible depuis le mois d'octobre 2022 sur Netflix.

Difficile de penser à Sissi sans voir immédiatement le visage de Romy Schneider. Mais Elisabeth de Wittelsbach, impératrice d’Autriche et reine de Hongrie assassinée à Genève en 1898, a également inspiré d’autres productions plus récentes, preuve que la fascination exercée par la souveraine s’avère inépuisable. Après Dominique Devenport en 2021, c’est Devrim Lingnau qui campe ce riche personnage historique dans une nouvelle série allemande.

© NETFLIX/JULIA TERJUNG

La Chronique de Bridgerton

Les deux premières saisons sont actuellement disponibles sur Netflix. La saison 3 est en cours de tournage.

Plongée dans l’écosystème sentimental et politique de la haute société londonienne du début du XIXe siècle, la série de Shonda Rhimes met en lumière le règne de Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, reine du Royaume-Uni de 1761 à 1818, qui pourrait avoir eu des origines africaines à en croire certains auteurs.

© NETFLIX/LIAM DANIEL

House of the Dragon

La première saison est disponible depuis le mois de septembre 2022 sur Sky Watch et Blue TV.

Il divise énormément chez les fans de «Game of Thrones». Reste que le préquel de la légendaire série inspirée de l’œuvre de George R.R. Martin met d’accord au moins sur un point: sa volonté de mettre en avant les personnages féminins. C’est le cas de la reine Alicent Hightower, dans la saison 1. Évoluant parmi un entourage dont elle ne peut avoir confiance, avec de grandes responsabilités sur les épaules, elle traverse un kaléidoscope d’émotions.

© HBO/OLLIE UPTON

The Great

Sortie en 2020, la série est disponible sur Apple TV.

Elle Fanning sous les traits de Catherine II de Russie, dite La Grande. La série américaine suit le parcours de cette souveraine iconique depuis ses jeunes années jusqu’à son accession au trône. Une impératrice que les historiens dépeignent autant comme une lettrée, une conquérante, qu’une croqueuse d’hommes.

© HULU/GARETH GATRELL

Victoria

Diffusée en 2016, la série n'est malheureusement pas disponible sur une plateforme de streaming.

Avec les deux Elizabeth, elle est l’autre souveraine mythique de la monarchie anglaise. Elle signe également le second règne le plus long de l’histoire du Royaume-Uni, imposant sa forte personnalité entre 1837 et 1901. «La grand-mère de l’Europe», comme on l’appelait à la fin de sa vie, posa les bases de la famille royale moderne et de l’Empire britannique. Une œuvre immense que tente d’illustrer la série anglaise du même nom, avec Jenna Coleman dans le rôle-titre.

© ITV

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