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Club mythique: New York Club, la parenthèse enchantée

New york club la parenthese enchantee

Sous le choc, des centaines de nightclubbers se réunissent dans la rue pour se rebeller contre l’annonce de la fermeture de leur club préféré. Après 1995, le New York Club ne rouvrira jamais ses portes.

© DR

Fin 1980, début 1990. Le monde de la nuit pulse au rythme des nouveaux sons électroniques. C’est l’ébullition, une révolution internationale. A New York, les club kids et leurs looks extravagants envahissent le Limelight, l’ancienne église néo-gothique reconvertie en discothèque située à l’angle de la sixième avenue. Pionnière en la matière, la Suisse s’y met en même temps. Tous les chemins de la house mènent alors au New York Club de Neuchâtel, au numéro 3 de l’avenue de la Gare. Ancien Cercle des travailleurs, le New York Café bénéficie des horaires 24 h sur 24 h, 7 jours sur 7 des cercles typiquement neuchâtelois. Pendant ce temps-là, les hordes de clubbers se pressent dans l’escalier menant au club et son célèbre lustre qui descend sur les fêtards à mesure que l’excitation monte. Emma* n’a que 18 ans lorsqu’elle monte les marches pour la première fois: «Je me souviens des files d’attente faramineuses, des cars qui venaient d’Italie pour écouter des DJ comme Gianni Parini. Quand il arrivait dans la cabine au centre de la salle, la foule sifflait. Le son nous happait, les gens dansaient sur les échafaudages installés sur les côtés, ça donnait des frissons! Pendant le dernier morceau, tout le monde tapait du pied, personne ne voulait rentrer. C’était de la folie!»

L’humeur est à la fête, propice au défoulement, à la déconnexion du quotidien. Aujourd’hui libraire à Besançon en France voisine, Pierre Alexandre n’a que 23 ans lorsqu’il commence à travailler au Café, où il restera cinq ans, jusqu’à la dernière nuit. Il qualifie cette période comme la plus belle de sa vie:

«Nous étions jeunes, c’était la fête. On ne vivra plus une époque aussi fabuleuse. Entre-temps, le monde s’est malheureusement rétréci au niveau de la morale.»

Extravaganza!

Gravitant autour de Sarah, la directrice artistique du club, la clique des kids ne lésine pas sur les moyens et ne compte pas les heures pour confectionner des looks fantasmagoriques. Objectif: être la star de la soirée. Le milieu de la nuit aime la mode, le strass et les paillettes.

«Tous les week-ends, j’avais l’impression d’assister à un défilé, c’était incroyable, se rappelle Pierre Alexandre. Il fallait s’apprêter pour se faire remarquer. C’était la guerre pour danser sur les podiums!»

Les miracles ne se produisant jamais seuls, le New York Club n’aurait pas connu sa fulgurance pour s’inscrire parmi les clubs qui font l’histoire sans sa tête pensante, Eveline Cavatassi. Redoutable femme d’affaires au flair infaillible, elle construit pierre après pierre l’édifice pour en faire un empire nocturne jamais égalé. Pierre Alexandre ne tarit pas d’éloges: «Elle m’a tout appris. C’était la patronne, une grande femme. Elle était une vraie killeuse, intraitable en négociation. Je l’ai perdue de vue, mais je l’admire encore aujourd’hui.» Les meilleurs DJ internationaux se bousculent aux platines de son établissement. Consciente que le diable se cache dans les détails, elle habille ses équipes en noir de la tête aux pieds dans des pièces signées Marithé+François Girbaud.

La signature du New York Club, c’est son imposant lustre qui descend sur la foule, comme pour mieux accompagner l’excitation des clubbers, jusqu’au paroxysme. © DR

Avant Shazam et les téléphones portables

Alors que les discothèques traditionnelles se ringardisent avec l’arrivée des musiques électroniques, la patronne fait appel au DJ lausannois Mandrax pour sa première soirée house en 1989. «Elle nous a bookés avec le DJ anglais Eddie Richards et Mr. C qui rappait, se remémore-t-il. A l’époque, les gens avaient l’habitude de danser sur de la variété et de l’eurodance, comme la chanteuse Sandra par exemple. Au bout d’une demi-heure que nous jouions, un tiers du club s’était vidé, un tiers voulait nous tuer (rires), et le dernier tiers trouvait ça assez drôle et innovant. Cavatassi a décidé de recommencer malgré tout, elle sentait bien le tournant. A partir de la deuxième soirée, tout s’est bien passé, ensuite elle n’a fait plus que ça. Il n’y avait plus aucune barrière sociale, tout le monde s’amusait ensemble.» Mandrax explique le phénomène de la house music par son côté très novateur et fédérateur, et par le fait qu’elle n’était pas facilement disponible, obligeant les clubbers à voyager pour trouver de la musique. Il souligne aussi que mis à part la drum’n’bass à la fin des années 1990, aucun nouveau mouvement n’est né entre-temps.

«Aujourd’hui, les jeunes aficionados se tournent vers la musique de Détroit ou de Chicago des années 1980, les nouveaux producteurs reproduisent inlassablement ces sons-là. Mais à cette époque, les gens étaient tournés vers la musique du futur.»

Comme il n’y a pas de lumière sans ombre, la face sombre de cette ère est caractérisée par la consommation massive de drogues dures pour danser jusqu’au bout de la nuit, et plus encore si affinités. Les afters sont organisées aux quatre coins de la Suisse, l’ecstasy est le sésame permettant de tenir le coup pour ne jamais s’arrêter de danser. Extrême et farouchement opposé au concept des limites, le milieu festif se rallie sous l’égide du smiley jaune de l’acid house.

Ne voyant pas cette fête sans fin d’un bon œil, la Ville de Neuchâtel décide de fermer les portes du club, peut-être trop fabuleux, certainement trop urbain pour la commune moyenne du littoral qu’elle est. Conséquence de cette sévère et brutale décision, une marche est organisée dans les rues pour sauver le New York Club. En vain. Après la fermeture définitive en 1995, Neuchâtel ne sera plus jamais la même, et le New York Club aura vécu comme un mirage flamboyant.

* prénom d’emprunt

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